30 août, à l'occasion de la Journée internationale des victimes de disparition forcée, Algeria-Watch appelle à la vigilance

Algeria-Watch, 29 août 2014

Le Groupe de travail sur les disparitions forcées de l'ONU a indiqué dans son rapport annuel du 4 août 2014, rendu public il y a quelques jours, que le gouvernement algérien lui avait adressé une invitation officielle de visite pour 2014. L'organe onusien demande depuis l'année 2000 de pouvoir se rendre en Algérie, requête restée sans suite. A ce jour aucune date de visite n'a, à notre connaissance, été arrêtée. Il est recommandé que les défenseurs de droits de l'homme et les familles de disparus soient vigilants et se préparent à cette visite de laquelle ils ne doivent pas être exclus.

Depuis la promulgation des dispositions d'application de la Charte sur la réconciliation nationale en 2006, les autorités algériennes ont pris un certain nombre de mesures pour clore le dossier épineux des disparitions forcées sans que les circonstances de la disparition de milliers de personnes durant les années 1990 n'aient été élucidées. Ces dispositions prévoient notamment qu'« aucune plainte de victime n'est recevable à l'encontre des éléments des forces de défense et de sécurité » et stipule que « toute déclaration, écrit ou autre acte interprété comme pouvant nuire à l'image de l'Algérie est passible d'une condamnation de trois à cinq ans de prison ».

Dès 1998 des avocats algériens et des ONG de défense de droits de l'homme ont fait parvenir à l'ONU des informations sur des cas de personnes disparues après avoir été arrêtées ou enlevées par des agents de l'Etat ou de structures relevant de la responsabilité de l'Etat. Depuis, dans un combat inlassable, les familles de disparus demandent que des enquêtes soient diligentées pour établir les responsabilités et que les auteurs de ces disparitions forcées soient jugés et condamnés.

Face à la ténacité et la persévérance du combat des parents, épouses et enfants de disparus qui ont bravé les interdits de rassemblements et la répression policière, l'Etat a fini par reconnaître le fait que des milliers de personnes avaient disparu. Il s'est déclaré responsable du problème tout en déclinant toute culpabilité. Officiellement plus de 8000 disparitions ont été reconnues et les familles ont été contraintes de déclarer leur parent disparu comme décédé et d'accepter les indemnisations. En conséquence, le dossier est considéré officiellement comme clos.

Or dans la majorité des cas, aucune information sur le sort réservé aux personnes arrêtées ou enlevées parles forces de sécurité n'a été transmise aux familles qui continuent de réclamer en vain leur droit à la vérité et la justice.

Face à ce blocage, les familles de disparus ont fait appel au groupe de travail sur les disparitions forcées et déposé des plaintes auprès du comité des droits de l'homme. Malgré les nombreuses relances des organes de l'ONU et les recommandations adressées au gouvernement algérien de se conformer à ses obligations internationales, ce dernier se refuse à les appliquer.

Aujourd'hui, 14 ans après la première demande du Groupe de travail sur les disparitions forcées d'autorisation de se rendre en Algérie, le gouvernement semble disposé à recevoir les experts. Les familles et défenseurs des droits de l'homme doivent pouvoir les rencontrer et faire état du blocage du dossier ainsi que des revendications qu'elles continuent d'adresser au gouvernement algérien. Le groupe de travail de l'ONU doit les accompagner dans cette démarche en appuyant leurs revendications de:

- mener des enquêtes approfondies sur tous les cas de disparitions forcées ou rendre publics les résultats de celles qui auraient été menées,

- établir les responsables et les commanditaires de ces disparitions, les juger et les punir en conformité avec la loi,

- divulguer l'identité des milliers de personnes enterrées sous X,

- reconnaître l'existence de charniers et procéder à l'identification des dépouilles.

Voir d'autres documents d'Algeria-Watch sur le sujet:

Arrestation de Mohamed Smain à Relizane (AW, 19.06.12)

Mohammed Smaïn et l'affaire des charniers : une justice qui couvre les responsables de disparitions forcées (AW, 08.03.12)

La répression des familles de disparus en Algérie : les scandaleuses déclarations de Me Farouk Ksentini (AW, 06.09.10)

L’Algérie et le Conseil des droits de l’homme de l’ONU : mensonges et double discours (AW, 18.05.10)

Plus de 100 autres cas de disparition forcée de la région de Jijel devant l'ONU (AK, AW, 31.12.09)

Jijel en 2009 : Le cauchemar de la disparition forcée resurgit (Micha'al+AW, 20.12.09)

Justice pour les militaires assassins : l’Argentine donne l’exemple (AW, 13.12.09)

La pratique des « disparitions forcées » constitue-t-elle un crime contre l’humanité en Algérie ? (Interview de O. de Frouville, AW, 22.05.09)

17 ans après le putsch : Le combat pour la Vérité et la Justice continue (AW, 11.01.09)

L'autoamnistie des généraux criminels est inconstitutionnelle et illégale (Algeria-Watch, 05.03.06)

 

 
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