Report du procès de deux miliciens à Relizane alors que l'impunité pour les forces de sécurité est codifiée

Algeria-Watch, 23 février 2006

Le procès des deux miliciens Ahmed Draou et Mohamed Ferrague, membres de la milice à Relizane entre 1994 et 1997, devait se dérouler le 20 février 2006 devant la cour de Relizane. Il a été reporté à une date ultérieure pour "complément d'enquête".

Mohamed Ferrague, l'un des ex-miliciens suspectés d'avoir enlevé et fait disparaître plusieurs personnes, se trouvait sous mandat de dépôt. Il a été libéré ce même jour et mis sous contrôle judiciaire. Ahmed Draou était déjà en liberté provisoire.

Une plainte contre les deux hommes avait été déposée par la famille de Menaouer Miloud Ameur, né en 1948 et père de 5 enfants dont deux filles handicapées. Il avait été enlevé par la milice de Relizane le 02 novembre 1995 et a disparu depuis. Le domicile de la victime ainsi que le matériel agricole ont été saccagés avant d’être incendiés. Durant les faits Mohamed Ferrague et Ahmed Draou ont été reconnus comme membres de la milice.

La seconde plainte avait été déposée par la famille Abdallah Brahimi, né en 1964, père de deux fillettes. Il avait été enlevé le 13 mai 1995 par ces mêmes miliciens qui ont été reconnus par la famille. Lors de l'enlèvement, Ahmed Draou lui a tiré une balle au niveau du genou. Gravement blessé, il a été embarqué dans une voiture banalisée et depuis la famille est sans nouvelle de lui. Son domicile avait également été pillé.

Ce report de procès n'est pas très surprenant et il faut s'attendre à son annulation pure et simple. Le procès de miliciens devant une justice neutre et indépendante mettrait à nu les responsabilités d'hommes politiques locaux, de militaires locaux dans les enlèvements suivis de disparition d'un grand nombre de citoyens algériens. Une telle action révèlerait les accointances entre les chefs miliciens et le pouvoir central et les chaînes de commandement militaire permettant de remonter au plus haut de la hiérarchie de l'armée.

Le report du procès des deux miliciens et la mise en liberté d'un des suspects se déroulent au moment où le gouvernement met en place un dispositif juridique garantissant l'impunité pour les militaires et policiers et pour les forces qui leurs sont subordonnées, en l'occurrence les milices. Le Conseil du gouvernement s'est réuni le 21 février 2006 pour débattre de l'avant-projet d'ordonnance portant mise en œuvre de la charte pour la réconciliation et la paix. A l'issue de cette réunion un communiqué a été rendu public qui entre autres mesures stipule qu'"aucune poursuite ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à l’encontre des éléments des forces de défense et de sécurité de la République, toutes composantes confondues, pour des actions menées en vue de la protection des personnes et des biens, de la sauvegarde de la nation et de la préservation des institutions. Toute dénonciation ou plainte à l’encontre des concernés est irrecevable."

Tant que la Vérité sur les massacres, les exécutions sommaires et les disparitions ne sera pas faite et tant que les responsables et les commanditaires ne seront pas jugés, la réconciliation que prône le pouvoir algérien ne sera que leurre et la paix ne pourra être que celle dictée par les militaires soucieux de leur impunité et celle d'ex-chefs de groupes armés à leurs ordres.

 
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Le procès de deux miliciens à Relizane le 20 février 2006 (Algeria-Watch, 14.02.06)  
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