Le cynisme au bout du crime

Algeria-Watch, 28 septembre 2017

Ali Mecili, avocat et membre fondateur du Front des forces socialistes (FFS), a été assassiné le 7 avril 1987. Le meurtrier, le proxénète Abdelmalek Amellou porteur d’un ordre de mission de la Sécurité Militaire Algérienne (police politique secrète) a été rapidement identifié et arrêté par la police française. Sur ordre du gouvernement français, Amellou a été expulsé peu après en procédure d’urgence en Algérie où il vit à visage découvert sur un grand pied dans l’impunité totale et bénéficiant de la protection de l’Etat Algérien.

Le tueur Abdelamalek Amellou a été désigné par le RND, un parti artificiel créé par la dictature, en tant que candidat aux prochaines élections locales. Cette candidature scandaleuse d’un assassin à un scrutin est l’illustration la plus exacte de la réalité du système de pouvoir algérien, évaluation précise de ce que valent les élections qu’il organise et de ce que représentent les pseudo-institutions qu’il met en avant.

Nul ne peut prétendre l’ignorer, le régime algérien n’a que peu à voir avec le droit et la morale. Né d’un coup de force militaire et se maintenant par la violence et la corruption, le régime est nu. Cette organisation subversive, antidémocratique et antipopulaire, ne s’embarrasse de formes que pour complaire à ses partenaires occidentaux, soucieux d’apparences qui ne trompent que ceux qui veulent bien l’être. Au fil de l’effondrement d’un Etat dévoyé, avec la participation annoncée d’un criminel avéré à une consultation électorale, les accommodements avec le droit et la raison, familiers à la dictature, ont néanmoins atteint un degré de cynisme inédit.

L’abject proxénète qui a lâchement assassiné l’opposant Ali Mecili sort de l’ombre où il a échappé avec facilité aux molles poursuites de la justice française et apparaît en pleine lumière sur la scène politique très verrouillée d’une Algérie en route vers l’abîme. On se perd en conjectures sur les raisons qui ont poussé le sommet du régime a choisir une telle tête d’affiche. Y aurait-il pénurie de candidats-mercenaires ou serait-ce un mode d’expression de la gratitude officielle à un tueur en service commandé ? Cela confirme bien la déchéance et la perte de sens d’un système « qui se reproduit par amputations successives » selon la formule incisive de Hocine Aït-Ahmed.

Il demeure que l’assassin de l’avocat Ali Mecili, exfiltré en procédure d’urgence par les ministres de sinistre mémoire Pasqua et Pandraud, est ainsi publiquement assumé par ceux qui dirigent l’Algérie derrière un écran de fumée institutionnel. Les Algériennes et les Algériens ne seront pas surpris par cet aveu décomplexé de complicité entre ceux qui usurpent l’Etat et de vulgaires assassins : les uns et les autres procèdent en effet de la même culture criminelle.

Les tuteurs néocoloniaux du régime seront-ils gênés aux entournures par une telle provocation ? Exerceront ils des pressions pour que cette candidature cynique soit retirée ? En tout état de cause, personne n’oublie que leur justice a conclu par un non-lieu l’instruction du meurtre d’Ali Mecili, clôturant ainsi dans l’indignité une procédure qui insulte la mémoire de la victime et l’action de tous ceux qui luttent pour le droit en Algérie. Car, qu’on ne s’y trompe pas, l’Etat néocolonial partage bel et bien avec le néo-protectorat d’Alger le déshonneur de la réhabilitation politique du criminel Abdelmalek Amellou.


L'affaire Mécili (Couverture et présentation)

Préface de Hocine Ait-Ahmed

L'affaire Mécili de Hocine Ait- Ahmed

Le 7 avril 1987, Ali Mécili, avocat au barreau de Paris, figure marquante de l’opposition démocratique au régime d’Alger, était assassiné devant son domicile parisien. Deux mois plus tard, la police française arrêtait le tueur, un petit truand algérien aux ordres de la Sécurité militaire, les services secrets de l’armée algérienne. Mais au lieu d’être remis à la justice, il était… réexpédié à Alger. Et, depuis vingt ans, ce crime qui déshonore la Ve République est resté impuni. D’où l’importance de ce livre, publié pour la première fois en 1989, pour comprendre la vraie nature du régime algérien et les réseaux secrets de la « Françalgérie ».
Grande figure de la lutte d’indépendance algérienne et opposant historique au régime militaire qui contrôle l’Algérie, Hocine Aït-Ahmed y retrace en détail les circonstances du meurtre de son ami de toujours, ainsi que l’attitude scandaleuse de la police et de la justice françaises. Mais aussi, à travers l’évocation du parcours exemplaire d’Ali Mécili, la lutte d’opposants courageux contre un « pouvoir de l’ombre » qui a confisqué dès 1962 la lutte de libération du peuple algérien. Et, dans une postface inédite, il évoque le « bain de sang » dans lequel ce pouvoir a plongé son pays à partir de 1992, et l’incroyable omerta qui continue depuis à recouvrir, en France comme ailleurs, les crimes contre l’humanité d’une junte de généraux corrompus.

 

 
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