Deux contributions à l'occasion de la commémoration du 60e anniversaire de la Conférence de Bandung

Algeria-Watch, 2 juillet 2014

Au mois d'avril 1955 à Bandung, en Indonésie, s'est déroulée une conférence réunissant les chefs d'Etat de 29 pays d'Asie et d'Afrique et une trentaine de délégués de mouvements de libération nationale. Des dirigeants tels le Chinois Zhou Enlai, l’Egyptien Nasser, l’Indien Nehru ou l’Indonésien Sukarno allaient se réunir avec des représentants de mouvements qui se battaient encore pour leur indépendance à l'instar du FLN algérien.

Dans ce monde marqué par la guerre froide et la montée d'un impérialisme brutal, de nombreux Etats refusaient de se positionner. La conférence de Bandung prônait pour sa part la neutralité mais surtout allait marquer l'émergence du « Tiers monde » qui revendiquera sa place au-delà des divisions entre les pays proches d'un des blocs. Elle peut être considérée comme le précurseur du mouvement des « non-alignés ».

Mais surtout, la conférence de Bandung condamnait vivement la colonisation et l'apartheid en Afrique du Sud et appelait les pays encore colonisés à se libérer en luttant pour leur indépendance.

En cette veille du 60e anniversaire de la Conférence de Bandung nous présentons deux contributions.

La première est un entretien avec l'historien Mohamed Harbi réalisé par Merouane Andaloussi pour Algeria-Watch

Mohamed Harbi, historien, apporte un éclairage sur cette Conférence en rappelant que sans le réveil des colonisés il n'y aurait pas eu cet « esprit de Bandung » dont on parle encore aujourd'hui. Il évoque les contradictions fondamentales entre les participants et qui apparaîtront beaucoup plus violemment par la suite. Il relève également le rôle annonciateur du mouvement des « non-alignés », réunis pour la première fois à Belgrade le 1er septembre 1961 ce qui a été l'occasion pour l'Algérie d'exposer ses principes de politique étrangère « tiers-mondiste » alors qu'elle n'avait pas encore recouvert son indépendance. Aujourd'hui, elle ne joue plus ce rôle car les forces rentières ne sont pas prêtes à changer le cadre de la politique du pays. Ne peut les y contraindre qu'une dynamique lancée par les forces populaires.

 

 

La deuxième contribution est le texte de l'intervention de Omar Benderra, lors d'une journée d'étude consacrée au bilan de la conférence de Bandung, 60 ans après

Omar Benderra, économiste et militant associatif, relève de son côté que l'« esprit de Bandung » a nourri un certain nombre de projets parmi lesquels celui de l'OPEP n'est pas le moindre. Avec la fin de la guerre froide, le mouvement des non-alignés a toutefois perdu son souffle. Mais face à l’hégémonisme impérial menaçant de faire sombrer une partie du monde dans le chaos, la contestation réunissant forces sociales et Etats apparaît. L'auteur voit en l'émergence du Brics et des multiples mouvements sociaux et politiques les « héritiers actuels, très divers et parfois contradictoires, de la dynamique enclenchée en Indonésie il y a bientôt soixante ans ».

 

 

 

 

 
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