Algeria-Watch

Paris, Berlin, le 21 septembre 2004

Répression d’une marche pacifique des familles de disparus à Constantine

Le 20 septembre 2004 a eu lieu un rassemblement de familles de disparus devant le siège de la Commission ad hoc sur les disparus à la cité Daksi à Constantine.

La police est intervenue pour disperser les manifestants. Plusieurs femmes ont été tabassées. Mme Louisa Saker a été interpellée par des éléments de la brigade mobile de police judiciaire et emmenée à la caserne de la BMPJ de la zone Palma à Constantine. Ni les membres de sa famille, ni son avocat Me Sofiane Chouiter n’ont été autorisés de lui rendre visite. Mme Saker a été relâchée le 20 septembre vers 18 h 30.

Mme Farida Oughlissi, mère de disparu, a été frappée et son corps est marqué par de nombreuses ecchymoses.

M. Hmamlia, un participant, frère de disparu, qui tentait de venir en aide aux personnes malmenées, a été arrêté et conduit au poste de police où il se trouvait toujours détenu au soir du 20 septembre. Il a, lui aussi été entre temps libéré

Les familles de disparus de Constantine ont organisé ce rassemblement pour protester contre les manœuvres du pouvoir qui, par le biais de la Commission ad hoc sur les disparus installée par la Commission nationale consultative de protection et de promotion des droits de l’Homme (CNCPPDH), tente de se débarrasser définitivement du dossier épineux des disparitions forcées.

Les familles de disparus de Constantine ont décidé de boycotter les travaux de la Commission ad hoc. Elles refusent de répondre aux convocations individuelles de cette dernière et de signer les formulaires qu’elle leur adresse. Ce boycottage des familles est motivé par le rôle joué par les structures mises en place par le président de la République, qui refusent de reconnaître la responsabilité de l’État et de ses institutions dans des milliers d’enlèvements et de disparitions. Sous couvert de soutien aux familles dans leur quête de Vérité et Justice, les représentants de l’État, en réalité, tentent d’acheter leur silence par l’octroi d’indemnisations.

Lors de la garde-à-vue de Mme Saker qui a duré quelques heures, les policiers ont tenté de l’intimider en lui présentant une bombe lacrymogène et un couteau et en lui faisant comprendre que si elle ne signait pas une déclaration de renonciation à ses activités, ils pourraient l’accuser d’avoir été en possession de ces « armes ». Mme Saker a refusé de signer tout document ainsi que le PV d’audition.

Mme Saker et Mme Oughlissi ont l’intention de porter plainte contre les policiers qui les ont malmenées. Elles ont consulté un médecin qui a constaté des traces de violences subies lors du rassemblement.

Ce n’est pas un hasard si les policiers venus réprimer une marche pacifique des familles de disparus ont arrêté Mme Louisa Saker. Mme Saker est Secrétaire générale de l’Association des familles de disparus de Constantine et, surtout, l’affaire de la disparition de son mari Salah Saker a été portée devant le Comité des droits de l’homme de l’ONU, qui pourrait saisir dans les semaines prochaines le gouvernement algérien. De nombreux documents établissent la responsabilité des forces de sécurité dans sa disparition : Salah Saker, né le 10 janvier 1957, marié et père de six enfants, professeur de mathématiques au lycée Ibn Taymia de Constantine, était membre du FIS et élu aux élections législatives du 26 décembre 1991. Il a été arrêté le 29 mai 1994 à 18 h 15 à son domicile par des éléments de la police judiciaire. Après avoir été atrocement torturé, il a été transféré à l’hôpital militaire puis civil. À sa sortie, il a été remis au centre territorial de recherche et d’investigation (CTRI) de la 5e région militaire le 3 juillet 1994 (PV n° 848 du 10 juillet 1994 de la police). Il n’a jamais réapparu.

Algeria-Watch dénonce vivement les tentatives d’intimidation et le harcèlement des familles de disparus qui, par des moyens pacifiques, exigent la Vérité sur les enlèvements et les disparitions de leurs parents.

Algeria-Watch dénonce les manœuvres de la Commission nationale consultative de protection et de promotion des droits de l’Homme (et son instrument ad hoc), qui se substitue aux services de l’État pour trouver un règlement définitif à l’épineux problème des disparitions forcées par l’octroi de compensations financières aux familles, alors que ces démarches n’entrent pas dans les prérogatives de cette institution.

Algeria-Watch dénonce les manœuvres du gouvernement qui prétend œuvrer pour la « réconciliation nationale » mais exige des familles de disparus de renoncer à la Vérité et à la Justice.

Il n’y a que la volonté de faire la lumière sur la tragédie que vit le pays depuis plus de douze ans et d’en établir les responsabilités qui permettra aux victimes d’emprunter le pénible chemin de la réconciliation.

 

 
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