Fatigues

par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 18 décembre 2007

Pas de lait. Les épiciers sont fatigués de le répéter et de redire aux clients habituels qu'ils doivent se rabattre sur le «Candia» s'ils veulent du lait. Les clients sont excédés de ne pas trouver leur lait et de se retrouver, contraints, à subir cette «hausse du prix» que le gouvernement ne veut pas. De facto, c'est ou payer le lait très cher ou bien se priver. Telle est la situation du consommateur qui subit de plein fouet une hausse générale des prix, qui rend bien risibles les augmentations de salaires consenties par les pouvoirs publics.

Officiellement, l'Etat a mis la main à la poche pour assurer la disponibilité du lait au prix de 25 dinars. Concrètement, pour la seconde fois en quelques mois, les consommateurs font face à la pénurie du «sachet à 25 dinars» et à la disponibilité onéreuse du lait «de marque». Beaucoup n'essayent même plus d'écouter les explications des uns et des autres et estiment qu'ils subissent les défaillances des pouvoirs publics.

Ce qu'ils savent, et ils le disent, est que l'Algérie a beaucoup d'argent et que cela n'a aucune traduction dans leur vie de tous les jours. Les responsables de ce pays devraient écouter les commentaires économes, lapidaires et définitivement blasés d'Algériens se rencontrant devant un bac de lait vide. Cela les dispenserait totalement de faire des exégèses compliquées sur les raisons qui poussent les Algériens à ne pas se mêler des urnes et des messes électorales. Ils découvriront, s'ils ne le savent déjà, que pour l'Algérie de la base, il n'y a presque rien à attendre du haut. Pire, ils découvriront une conviction qui se généralise, selon laquelle cette conjugaison de facteurs qui rend leur vie quotidienne éprouvante, voire impossible, n'est qu'une stratégie destinée à les «occuper» et à les empêcher de «penser».

Comme quoi un sachet de lait qui manque, cela peut mener très loin des calculs d'épicier. Loin de ces laitiers privés qui s'énervent, s'inquiètent... et précisent qu'ils «ne font pas grève» mais qu'ils sont financièrement dans le rouge et dans l'impossibilité de travailler.

Loin des ces explications confuses sur le différentiel qui ne couvre pas les coûts, sur les difficultés d'approvisionnement, loin de cet ONIL (Office national interprofessionnel du lait) qui affirme disposer de quantités suffisantes de poudre de lait pour approvisionner tout le monde, public ou privé, ils suspectent une conjuration destinée à imposer une hausse des prix. Mais ils ne s'y intéressent presque plus, ils ne s'en offusquent même pas.

Les Algériens font mine de le constater seulement, avec cette attitude faussement froide de ceux qui font un effort terrible pour se contenir. Les Algériens commencent à montrer des signes qu'ils sont à bout, excédés par tout ce qui leur tombe sur la tête, par cette combinaison morbide de la rente et de l'incompétence qui fait de l'Algérie un pays bloqué, alors qu'il a tout pour décoller.

 
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