L’Algérie et les augures d’Occident

Omar Benderra; Libre Algérie, 10 mars 2016
http://www.libre-algerie.com/lalgerie-et-les-augures-doccident/10/03/2016/

Depuis quelques jours, des journalistes et des prévisionnistes occidentaux, s’accordent avec très coïncidente unanimité à tirer la sonnette d’alarme. Selon ces milieux, la situation économique se dégrade inexorablement et l’Algérie s’apprêterait à entrer dans une zone de très fortes turbulences. Des séminaires, des réunions, des dossiers de presse font surenchère dans les scénarios-catastrophes. Selon ces observateurs dont nul -n’est-ce pas - ne peut douter de l’indépendance, la chute verticale des prix pétroliers pourrait saper directement et à brève échéance la stabilité du pays et mettre en péril son unité. Des chiffres inquiétants sont égrenés comme pour fixer dans les esprits l’inéluctabilité du désastre. Ainsi, la révolte couve et les Algériens, privés des subventions autorisées par la rente, prendront avec quelque retard le train du printemps arabe…

Il est vrai que les perspectives ne sont pas rassurantes, nos propres compétences nationales les ont mises en lumière à maintes reprises et depuis longtemps. Nos « amis » ne nous apprennent rien de ce point de vue. Mais aussi douloureuse soit elle, les algériens le savent, ce n’est pas la contraction de la rente qui constitue le danger principal pour le pays. La plus effective des menaces est bien celle que nos experts ne nomment pas : le système de pouvoir tout entier. L’épée de Damoclès suspendue au-dessus de l’Algérie est bien ce régime qui marie incompétence et immoralité. Un régime dont l’irresponsabilité, autant que l’illégitimité, hypothèque l’avenir du pays et compromet la continuité de l’Etat.

A quoi répond donc cette flambée soudaine d’intérêt pour l’Algérie et son peuple ? Pourquoi peindre un futur algérien sous les couleurs d’une apocalypse de migrants, pervers et violents, fuyants un pays dévasté et affamé ? Certains du haut d’un douteux magistère nous prédisent même un sort comparable à celui de la tragique Syrie. S’agit-il de nourrir la vague fasciste qui submerge l’Europe dans le sillage lamentable de ses égoïsmes face à la vague migratoire originaire du Moyen-Orient ? Ou de faire pression sur l’Algérie au moment où les bellicistes occidentaux, qui n’ont décidément que la guerre et la mort à offrir aux peuples « barbares », s’apprêtent à une nouvelle expédition militaire en Libye ?

De quel désastre se délectent par avance ces Cassandre myopes et leurs supplétifs indigènes? Semer la démoralisation et le désespoir pour accélérer l’effondrement non pas du régime mais du pays tout entier ? Malgré la détestation de cette rente invalidante, beaucoup en arrivent à espérer un rebond des prix pétroliers pour faciliter un soft-landing pour le régime.et une issue avec le moins de préjudices pour la société. En tout état de cause, il faut rappeler à ceux qui font profession de nous ausculter et prétendent nous connaitre mieux que nous-mêmes que les révoltes algériennes, tout au long de l’histoire, n’ont été que rarement causées par la misère et le dénuement. Les Algériens se sont d’abord levés pour défendre leur dignité et leurs droits bafoués.

Le peuple algérien a traversé bien des crises dans son histoire et il les a surmontées. Le peuple algérien saura ainsi décevoir les prophéties auto-réalisatrices de ces augures de malheur. Il est vrai que la période actuelle est particulièrement complexe mais elle n’est pas plus redoutable que bien d’autres traversées au cours des temps. Des forces politiques responsables, superbement ignorées par cette expertise néocoloniale, activent pour créer les conditions d’une sortie politique pacifique et d’une dynamique de reconstruction. C’est sous cet angle qu’il faut comprendre les initiatives du FFS qui convergent avec celles d’acteurs politiques authentiques pour un consensus national démocratique, pour une transition maitrisée et responsable.

Ce peuple dépassera la crise de la rente et ira de l’avant dans la construction d’une économie et d’une société performantes pour autant que l’Etat de Droit supplante la dictature, que les libertés publiques soient assurées et que la justice souveraine soit l’arbitre ultime des conflits.

 
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