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BAD LIST
par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 7 février 2010
L'intégration de l'Algérie dans la liste des quatorze pays dont les ressortissants doivent subir des mesures de contrôle renforcées suscite l'incompréhension d'autorités algériennes qui se sont toujours targuées de la qualité de leur coopération sécuritaire avec les pays ciblés par le terrorisme.
Il y a de quoi en effet être irrité par ce qui apparaît clairement comme un manque de considération et une manifestation du peu de reconnaissance pour les efforts déployés par les autorités algériennes... Celles-ci découvrent, en définitive, qu'au-delà des discours chaleureux sur la grande coopération en matière de lutte contre le terrorisme, les appréciations du risque Algérie ne paraissent guère relever du rationnel. Ou du moins de standards comparables avec des pays qui échappent à ce classement infamant, jugement insidieux contre toute une population.
L'Algérie a montré qu'elle était fâchée, Washington fait mine d'avoir entendu. Pas plus. Les délégations de diplomates américains qui se succèdent à Alger répètent le même argument en compatissant devant l'indignation de leurs homologues algériens, sans s'engager clairement sur le retrait du pays de cette liste infamante. Le discours est hypocritement rodé. Il ressemble plus ou moins à l'argumentaire d'un service après-vente refusant poliment de reprendre un produit non conforme aux attentes du client. On perçoit même derrière le propos soigneusement calibré, comme répété par des robots diplomatiques, une certaine ironie.
Cette attitude désinvolte des Américains est sans doute à mettre sur le compte de l'inefficacité de la diplomatie algérienne. Même après la «rupture» du 11 septembre 2001, la diplomatie algérienne a beau avoir mis en exergue que le pays a été à l'avant-garde de la lutte antiterroriste, elle n'a pas su capitaliser en terme d'image. Sans doute existe-t-il des arrière-pensées, qui font que des pays dont les ressortissants ont été plus «actifs» en matière de terrorisme en Europe que les Algériens ne se retrouvent pas dans cette «bad list». Raison de plus pour les citoyens algériens de s'étonner que nos responsables se contentent de brandir le principe, universellement admis, de traitement réciproque au lieu de le mettre en application.
A l'évidence, faire dans le profil bas dans des mesures qui ont tendance à étendre le soupçon de terrorisme à toute la population algérienne n'est pas une bonne démarche. Le résultat est que les Américains, comme les Français, ne prennent pas de gants et inscrivent l'Algérie dans ces listes sans la moindre consultation préalable. Au-delà des considérations diplomatiques qui sont importantes, il est clair que pour la majeure partie des Algériens, les dispositions américaines sont secondaires. Peu d'Algériens rêvent d'aller au pays de l'Oncle Sam qu'ils ne perçoivent pas comme le pays de tous les possibles, mais comme une arrière-cour israélienne. Le double langage américain est parfaitement intégré par une opinion qui n'est pas dupe des logiques impériales et de la duplicité qu'elles impliquent. Les proclamations d'amitié américaines ne trompent que ceux qui souhaitent être dupés, l'Empire n'a pas d'amis : il a des intérêts et des vassaux. Il reste à notre diplomatie à se rapprocher davantage de la perception, pertinente, de l'opinion algérienne.
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Offensive américaine en Algérie |