RASSEMBLÉS HIER AU CHU MUSTAPHA

Les résidents durement malmenés

Le Soir d'Algérie, 4 janvier 2018

Encore une démonstration de force de la part des résidents pour dire non au service civil. Leur rassemblement a tourné à une confrontation directe avec les forces de l’ordre. Ayant reçu instruction de ne pas laisser les résidents franchir le seuil du CHU Mustapha, les éléments des forces de l’ordre ont usé de leurs matraques blessant des dizaines de médecins et procédant à autant d’interpellations.
Nawal Imès - Alger (Le Soir) - La mobilisation des médecins résidents ne faiblit pas. Toujours en grève, ils se sont rassemblés hier à l’intérieur du CHU Mustapha-Pacha. Leurs tentatives de franchir le portail sont restées vaines en raison d’un déploiement inédit de forces anti-émeutes. Toutes les issues ont été quadrillées pour ne permettre à aucun résident de manifester en dehors de l’enceinte du CHU. Les médecins les plus téméraires ont, dès leurs premières tentatives de sortir, été matraqués. Des dizaines d’entre eux ont continué à manifester avec des blouses blanches tachées de sang. D’autres avaient tout simplement un membre dans le plâtre, à l’image d’un médecin réanimateur ayant reçu de violents coups sur le bras. Evacué par ses camarades, il reviendra quelque temps plus tard crier sa colère. Toute la matinée, les médecins résidents ont vainement tenté de franchir les différents portails du CHU. Ils ont été violemment empêchés de le faire par des policiers qui n’ont pas hésité à fermer l’ensemble des issues, prenant, de longues heures durant, en otage toutes les personnes se trouvant à l’intérieur de l’hôpital et souhaitant en sortir. Nullement découragés par le déploiement policier, les centaines de résidents contestataires ont crié leurs revendications, rappelant leur rejet du service civil et dénonçant l’attitude de la tutelle. Des représentants des résidents estiment en effet que la dernière entrevue avec le ministre de la Santé n’aura été d’aucun apport, elle a, au contraire, attisé la colère des résidents. Ces derniers affirment que le ministre de la Santé ne leur a pas accordé plus de dix minutes de son temps. Durant l’entretien, affirment-ils, il a eu le comportement d’un chef de service et non d’un ministre. Ils ajoutent que le ministre a laissé entendre que le résident était à la disposition du chef de service auquel il devait obéissance. Une attitude qui, disent-ils, ne plaide pas pour l’apaisement. Au cœur de ce bras de fer, la question de la suppression du service civil. Les résidents ne veulent ni plus ni moins que son abrogation. En face d’eux, un ministre qui refuse catégoriquement. Ce dernier avait laissé entendre que la couverture sanitaire de toutes les régions du pays exigeait le maintien de ce dispositif, promettant que ce dernier ferait l’objet d’une révision dans le cadre de la loi sur la santé qui devra faire bientôt l’objet de discussions à l’APN. Dans la mouture présentée, le service civil est dans deux articles du chapitre 5. L’article 205 stipule que «les praticiens spécialistes sont assujettis aux dispositions de la loi n° 84-10 du 11 février 1984 relative au service civil. L’Etat assure les moyens matériels et met en place les mesures incitatives nécessaires à l’exercice de l’activité de l’assujetti au service civil, notamment dans les wilayas du Sud et les Hauts- Plateaux. Les affectations des praticiens spécialistes assujettis au service civil s’effectuent au sein des structures et établissements publics de santé selon les priorités fixées par le ministre chargé de la Santé. Les modalités d’application du présent article, notamment la liste des spécialités concernées, les modalités d’accomplissement du service civil ainsi que les mesures incitatives d’accompagnement sont fixées par voie réglementaire». L’article 206, quant à lui, précise que «les praticiens médicaux spécialistes sont tenus d’accomplir l’obligation du service civil au sein des structures et établissements publics de santé avant de postuler à tout concours de maîtrise universitaire, de prétendre à un recrutement dans les structures et établissements de santé ou d’exercer à titre libéral». C’est dire que les changements annoncés risquent de n’être que des chimères.
N. I.

 
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