Alors que la grille des salaires est contestée dans l’éducation

Le gouvernement fait la sourde oreille

El Watan, 24 septembre 2007

Près de dix représentants de syndicats du secteur de l’éducation nationale ont fait hier le déplacement jusqu’à l’Institut de formation et de perfectionnement des maîtres (ex-ITE) situé à Ben Aknoun pour assister à la journée d’étude consacrée au statut particulier des travailleurs de l’éducation nationale organisée par le département de M. Benbouzid.

Les représentants des travailleurs de ce secteur névralgique ont répondu favorablement à l’invitation du ministre de tutelle dans l’espoir de le convaincre de plaider leur cause auprès du gouvernement pour qu’il revoie la nouvelle grille des salaires qualifiée par eux de décevante et d’injuste. Depuis une année, les pouvoirs publics n’ont pas cessé de nous marteler que la nouvelle grille des salaires réglera nos problèmes et rendra sa dignité à l’enseignant. On nous a promis monts et merveilles et finalement c’est la montagne qui a accouché d’une souris. Notre salaire n’a pas changé, alors que le salaire est une question d’avenir et du devenir de l’école », a tonné M. Ider, président de l’UNPEF. Ce dernier a refusé de soumettre à la tutelle leurs propositions concernant le statut de l’enseignant arguant, en guise de réponse au ministre, qu’un syndicat n’a pas pour mission de proposer mais de négocier. « Le fait de ne pas soumettre de propositions n’est pas une stratégie comme l’a souligné le ministre, mais une réponse à une stratégie adoptée par notre tutelle. Nous n’avons pas à proposer pour qu’ils en disposent », fera remarquer le représentant de l’UNPEF. Hier, la déception était visible sur les visages des syndicalistes. Ils sont sortis déçus parce qu’ils ont constaté que l’élément fondamental concernant de près l’enseignant et ayant trait aux salaires ne figurait pas à l’ordre du jour de la réunion. « Je ne suis pas venu à cette réunion pour débattre du recrutement des enseignants mais de la nouvelle grille des salaires. Le Pest a été rabaissé et dégradé. Personne n’est dupe : ces augmentations des salaires ne dépasse pas les 15% », a souligné M. Ider regrettant, par la même, que le statut particulier qui doit être un complément du statut général est devenu un appendice. « Les responsables de la Fonction publique ont limité notre champ d’action, nous n’avons pas le droit de sortir du cadre tracé », a soutenu notre interlocuteur. De son côté, M. Mériane du Cnapest, sans tergiversations, pense que l’Etat ne peut pas faire face à la masse salariale. « Ces augmentations ne prennent pas en considération la réalité sociale du citoyen algérien et ne répondent pas aux aspirations des travailleurs de l’éducation, et puisque le ministre est dans l’incapacité de nous aider à réparer cette injustice, nous allons mener des actions de protestation. Nous ne baisserons pas les bras », a souligné M. Mériane. L’ensemble des syndicats ont affiché leur mécontentement et envisagent après consultation de la base d’adhérer pleinement à toutes les actions de protestation, notamment celle du 6 octobre. La majorité des syndicats a dénoncé la décision du gouvernement d’augmenter les salaires sans recourir aux partenaires sociaux. Ils ont, en outre, relevé que la nouvelle grille des salaires a omis certaines primes. Pour sa part, le ministre de l’Education s’est montré très disponible à travailler avec les syndicats de son secteur tout en tentant d’expliquer que la nouvelle grille des salaires est étroitement liée au statut particulier de l’enseignant. « Il y a lieu de préciser que les augmentations des salaires sont conséquentes et elles seront mises en évidence une fois le statut particulier de l’enseignant achevé. Cependant, en tant que ministre, je peux vous assurer que l’Etat ne révisera pas ce document qui a été adopté par le Conseil des ministres. Il faut être réaliste ! », s’est exclamé le ministre. Abordant, lors de l’ouverture de la journée d’étude, le projet portant sur le statut particulier de l’enseignant, le ministre rappellera qu’après l’annonce de l’élaboration d’un nouveau statut de la Fonction publique le 15 juillet 2006, le secteur de l’éducation a ouvert le dossier du statut particulier de l’enseignant, devenant le premier secteur à suivre ce processus, et installé une commission nationale d’élaboration des propositions des partenaires sociaux dans ce sens. Selon le ministre, une loi est en cours d’élaboration. Celle-ci permet de conférer un caractère spécial à la fonction de l’enseignant et d’en définir les perspectives. La réunion d’hier, a précisé le ministre, vise entre autres à évaluer l’action entreprise par la commission centrale chargée de ce dossier, y compris les contributions des syndicats qui activent dans le secteur. S’adressant aux représentants des syndicats présents, le ministre a lancé : « Nous sommes appelés à travailler ensemble en toute sincérité, transparence et objectivité pour élaborer un statut conforme aux aspirations de l’enseignant algérien », a-t-il dit en appelant dans ce contexte les partenaires sociaux à « finaliser le statut de l’enseignant avant fin octobre prochain afin qu’il soit soumis à l’approbation du gouvernement et du Parlement ».

Nabila Amir

 


La FNTE se joint à la fronde

La nouvelle grille des salaires telle que décidée pour le secteur de l’éducation ne répond pas aux attentes de la Fédération nationale des travailleurs de l’éducation (FNTE).

Dans une déclaration sanctionnant la réunion du secrétariat national, la fédération affiliée à l’UGTA dénonce « le manque de sérieux » du ministère de l’Education nationale. « Le ministère a osé établir un tableau de classification des différentes catégories de travailleurs selon la nouvelle grille des salaires sans consulter le partenaire social, profitant pour annuler certaines primes », souligne la déclaration de la FNTE. Outre la question des salaires, la même fédération fustige la non-prise en considération par la tutelle du projet de statut particulier élaboré par le syndicat. « Il y a absence de sérieux de la part du ministère dans le traitement du dossier du statut particulier, qui continue d’ignorer les différentes recommandations du syndicat ». La fédération qui ne comprend pas le refus de prendre en compte le projet de statut élaboré par la FNTE s’interroge sur le fait que son secrétariat national ne se soit pas fait récipiendaire du projet de statut confectionné par le département de Benbouzid. La déclaration de la FNTE appelle à « plus de sérieux dans le traitement des dossiers décisifs pour les travailleurs du secteur de l’éducation ». Tout en renouvelant sa disposition à travailler avec la tutelle pour répondre aux attentes des travailleurs, la FNTE décide de la tenue d’une réunion nationale d’urgence des cadres syndicaux dans les prochains jours en vue d’arrêter les actions à entreprendre pour dénoncer les dispositions prises par la tutelle. La FNTE appelle ses adhérents à rester mobilisés et répondre à toute éventuelle mesure d’urgence.

Nadjia Bouaricha

 


Laïd Boudouha. Secrétaire général de la FNTE

« Nous sommes contre la grille des salaires »

Quelle est la raison de votre refus de prendre part à la rencontre organisée par le ministère de l’Education ?

Nous avons décidé de ne pas être présent parce que ce n’est pas une réunion de travail sérieuse, ce n’est qu’une rencontre médiatique à caractère informatif. Ce que nous demandons, c’est une réunion de travail officielle pour traiter du statut particulier et en finir une fois pour toutes avec cette question.

Vous êtes contre la manière dont le ministère de l’Education a abordé le statut particulier ainsi que la nouvelle grille des salaires ?

Nous sommes contre la grille des salaires telle que confectionnée par le ministère de l’Education et dans laquelle des primes ont carrément sauté. Si on augmente le point indiciaire à 45 DA et que des primes disparaissent, c’est comme si aucune augmentation n’a été opérée, le point indiciaire n’y changera rien et baissera même jusqu’à 23 ou 24 DA. C’est ce que nous dénonçons en tant que fédération. On aurait dû être consultés et ce point aurait dû faire l’objet d’un débat et de négociations. En tant que fédération, nous avons une responsabilité envers nos adhérents. Nous avons toujours prôné le dialogue, nous voulons servir le secteur pour que le secteur ne vive plus dans cette situation de marasme. Nous ne sommes pas de ceux qui sèment l’anarchie et la pagaille, nous sommes un syndicat qui travaille dans la sérénité avec une vision claire, un syndicat qui a des traditions et une expérience. Si on veut vraiment servir le secteur qui représente plus d’un demi-million de membres dans la Fonction publique, on doit commencer par définir un vrai statut particulier et non pas le confectionner dans un bureau sans consulter le partenaire social pour finir par le lancer comme un tract. Nous refusons cette démarche si peu sérieuse et nous l’avons fait savoir au ministère. Nous refusons que les choses soient faites de cette manière. Etudions ensemble le statut particulier de façon sérieuse, car il y va de l’avenir de générations d’élèves.

La FNTE a décidé d’appeler à une réunion d’urgence de ses cadres. Quels en seront les contours ?

Oui. Il s’agit d’une conférence nationale qui regroupera les cadres syndicaux de 48 wilayas devant décider des actions à entreprendre par la FNTE. La fédération décidera soit d’adresser une lettre au chef du gouvernement, soit d’opter pour une grève ou encore un débrayage sur une période donnée à raison d’un jour sur deux. La décision finale reviendra à la conférence nationale.

Vous dénoncez la nouvelle grille des salaires, pourquoi ne pas adhérer à l’appel à la grève lancé par les syndicats autonomes ?

Non, nous ne soutenons aucun autre syndicat. Nous avons des positions qui nous sont propres, ils ont les leurs. Nous avons élaboré un statut particulier que nous avons présenté en juillet dernier lors d’une conférence nationale. Jusqu’à ce jour, le ministère refuse d’étudier ce texte. A la différence des autres syndicats, la FNTE a pris sur elle l’initiative de confectionner un texte de statut particulier émanant de la base, à commencer par les sections syndicales, où plus de 400 enseignants et cadres ont participé à l’élaboration de ce texte qui a été distribué au niveau des 48 wilayas. Les autres syndicats, il est vrai, n’ont pas les moyens, mais il faut le dire, nos visions divergent et même nos démarches.

Nadjia Bouaricha

 
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