Conflit du sahara occidental

Escalade verbale entre Alger et Rabat

El Watan, 7 avril 2018

Rabat exige l’implication d’Alger dans le processus de règlement du conflit sahraoui. Pour Alger, ce conflit constitue une question de décolonisation que les deux belligérants doivent régler au niveau des Nations unies.

Au moment où le Conseil de sécurité débat d’un nouveau mandat de la mission onusienne au Sahara occidental, le ton monte entre le Maroc et l’Algérie. Jeudi, une source autorisée du ministère des Affaires étrangères algérien a déclaré à l’APS que le conflit du Sahara occidental constitue une question de «décolonisation», comme cela était le cas pour l’Algérie durant la lutte pour son indépendance.

Comme elle a rappelé que «la question sahraouie est reconnue comme telle par les Nations unies, depuis l’inscription de ce territoire dans la liste des territoires non autonomes en 1963». La même source a observé que «l’Algérie a un devoir de solidarité à l’égard du peuple sahraoui pour l’exercice de ses droits légitimes, tout comme le peuple algérien a bénéficié de la solidarité de ses frères marocains et tunisiens durant sa lutte pour son indépendance».

Concernant la position du Maroc pour impliquer l’Algérie dans les négociations sur la question du Sahara occidental, la même source a souligné que «le soutien de l’Algérie au peuple sahraoui et à son représentant légitime, le Front Polisario, ne signifie aucunement qu’elle devrait être impliquée dans ces négociations», ajoutant qu’«il était impensable que dans le cas de l’Algérie combattante, on aurait demandé au Maroc, ou à la Tunisie, de négocier l’indépendance de l’Algérie avec la France».

Discours belliqueux

La déclaration du ministère des Affaires étrangères algérien intervient en réaction aux déclarations la veille du chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, à travers lesquelles il demande aux Nations unies et à l'Algérie de prendre leurs responsabilités pour que le Front Polisario cesse son développement au Sahara occidental.

«Si le Conseil de sécurité n'assume pas ses responsabilités, le Maroc assumera les siennes», a indiqué le ministre des Affaires étrangères marocain après un entretien avec le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, auquel il a remis un message du roi Mohammed VI. «Le Maroc en tirera toutes les conséquences», a-t-il ajouté en précisant que son souverain en a parlé directement avec le chef de l'ONU.

Il lui a exprimé «le rejet clair, ferme et déterminé du Maroc de ces provocations, de ces incursions par le Polisario» dans une zone tampon du Sahara occidental, où l'ONU est chargée de superviser un cessez-le-feu. Le Maroc a alerté dimanche le Conseil de sécurité en affirmant que des combattants du Front Polisario étaient entrés récemment dans la ville de Mahbes, dans le nord-est du Sahara occidental, en violation d'un accord militaire sur une zone tampon.

Le lendemain, l'ONU a indiqué que la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso) «n'avait observé aucun mouvement d'éléments militaires dans le territoire nord-est». De son côté, le Front Polisario a démenti les accusations marocaines. «Ces agissements constituent une menace au cessez-le-feu» au Sahara et «compromettent sérieusement le processus politique», a poursuivi Nasser Bourita lors d'une conférence de presse.

Dans ce «différend régional qui dure depuis plus de 40 ans, l'Algérie a une responsabilité flagrante», a affirmé le ministre marocain. «L'Algérie finance, abrite, arme, soutient diplomatiquement le Polisario», a-t-il ajouté. C'est pour cela que le Maroc demande que l'Algérie «prenne une part importante dans le processus politique, assume ses responsabilités dans la recherche d'une solution et joue un rôle à la hauteur de sa responsabilité dans la genèse de ce différend régional».

A l'appui de ses accusations, le ministre a brandi des documents et des photographies aériennes prouvant, selon lui, la création de «beaucoup» d'installations militaires par le Polisario entre août 2017 et mars 2018. Et d’ajouter : «La situation est grave» et «le Maroc tire la sonnette d'alarme» car il s'agit d'une question relative à son «intégrité territoriale».

Amnay idir

 
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