Emeutes du logement à Alger et dans l’Algérois

Ali Bouazid, Maghreb Emergent, 30 décembre 2010

De façon, récurrente, à chaque distribution de quotas de logements sociaux à travers le pays, des incidents éclatent. Cette fois-ci c’est dans la capitale et la périphérie que gronde la colère. Les autorités locales se sont engagées à répondre aux nombreuses demandes en attente.

Pneus brulés pour bloquer la circulation routière et jets de pierre sur les forces de l’ordre, c’est le scénario qui se répète dans de telles circonstances. A Alger, dans le quartier central de Belouizdad (Belcourt), dans le périmètre de Laakiba, des habitants ont vu de jeunes gens porteurs d’épées au milieu des contestataires. En plus des quartiers populaires de Diar Echems et Oued Ouchayeh, à l’Est de la capitale à Rouiba et Baraki, cette colère sociale s’est également manifestée. On déplore, officieusement, une cinquantaine de policiers blessés et une trentaine d’arrestations.

De nouvelles promesses

Pour tenter de désamorcer ces fortes tensions, la wilaya d’Alger a annoncé nouveau programme de relogement. Selon le directeur du Logement, Saïd Smaïl, cité par l’Agence APS, «cinq mille logements seront réceptionnés dans le courant du premier semestre 2011 au profit de 5 000 familles issues de la wilaya d’Alger et vivant dans des habitations précaires et des immeubles vétustes». Il a précisé que 84 000 logements sont en cours de réalisation dans la wilaya d’Alger, dont 48 000 logements socio-locatifs et 18 000 logements participatifs. «Ce n’est qu’une question de temps, tous les postulants à des logements neufs de la wilaya d’Alger seront relogés», a-t-il souligné. Les algérois ne sont pas convaincus par ces engagements parce que, dans un passé récent, la réalité les a démentis. Ils citent, en exemple, les personnes engagées totalement dans des programmes « Aadl » et qui n’ont pas eu satisfaction ou en attente pour un logement social depuis des lustres. Des chiffres officiels n’incitent pas également à l’optimisme.

La réalité du terrain

Sur le site du premier ministère figure le « bilan des réalisations des infrastructures socio économiques du premier semestre 2009 ». Dans la rubrique « habitat », sur le premier semestre 2009, le premier ministère enregistre un total de 84 814 logements, tous types confondus, c'est-à-dire : logement public locatif (17 000), logement social participatif (14 463), habitat rural (40 196), location+vente Aadl-Cnep ( 2 043), promotionnels (2096) et auto construction (8 451).

Ces chiffres montrent clairement que c’est en allant à la campagne qu’on a le plus de chances d’avoir un toit et qu’à l’échelle nationale, on construit très peu de logements sociaux urbains. Or, c’est à ce niveau que la demande est la plus forte. Elle émane en partie des occupants de l’habitat précaire. Cet habitat précaire, plus explicitement ces bidonvilles, auquel les pouvoirs publics travaillent au démantèlement repousse très vite, et assez souvent au même endroit ! Ce phénomène est constatable à Oued Ouchaiyeh, Zéralda et dans d’autres communes. Pour les observateurs, il est du au laxisme des autorités communales. Certains observateurs avancent l’existence d’un lucratif trafic immobilier autour des espaces que constituent les bidonvilles d’une part et des logements sociaux, d’autre part. Celui-ci serait facilité par l’inexistence d’un fichier national des logements sociaux.

 
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