En vigueur depuis le 24 novembre 2015

L’état d’urgence prolongé d’un mois en Tunisie

El Watan, 17 mai 2017

Béji Caïd Essebsi a annoncé, dans un discours, le recours à l’armée pour protéger les sites de production des mouvements sociaux susceptibles d’empêcher leur exploitation.

En vigueur depuis un an et demi suite à une série d’attentats djihadistes, l’état d’urgence a été prolongé d’un mois en Tunisie, selon l’AFP citant une source à la Présidence tunisienne. Le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, «a décidé, après des consultations avec le chef du gouvernement et le président de l’Assemblée des représentants du peuple, de prolonger d’un mois l’état d’urgence à partir d’aujourd’hui (16 mai, ndlr)», a indiqué ladite source. La prolongation de cette mesure d’exception est nécessaire en raison de «la poursuite de la guerre contre le terrorisme», a-t-elle ajouté. L’état d’urgence octroie des pouvoirs d’exception aux forces de l’ordre.

Il permet aussi l’interdiction des grèves et des réunions «de nature à provoquer (...) le désordre», et l’adoption de mesures «pour assurer le contrôle de la presse». Cette mesure est en vigueur depuis un attentat contre la Garde présidentielle le 24 novembre 2015 en plein Tunis. Douze agents avaient été tués dans cette attaque revendiquée par le groupe extrémiste Etat islamique (EI). Deux autres attaques majeures revendiquées par l’EI ont eu lieu en mars et juin 2015, respectivement au musée du Bardo à Tunis ainsi que sur une plage et dans un hôtel de Sousse à l’est du pays.

Soixante personnes, dont 59 touristes étrangers, ont été tuées. Les autorités tunisiennes ont régulièrement relevé les progrès et efforts faits dans la lutte contre le terrorisme, mais appellent toujours à la vigilance. «La situation sécuritaire est sous contrôle, mais les menaces existent toujours», a déclaré le chef du gouvernement, Youssef Chahed, fin avril, après une opération antiterroriste à Sidi Bouzid, au centre du pays.

Contestation sociale

Outre le problème du terrorisme, la Tunisie est confrontée à une situation socioéconomique difficile. L’actuel gouvernement d’union dirigé par Youssef Chahed, à l’exemple de ses prédécesseurs, se trouve face à une grogne sociale croissante et à la montée de mouvements sociaux, Mercredi dernier, le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, a annoncé dans un discours le recours à l’armée pour protéger dorénavant les sites de production des mouvements sociaux susceptibles d’empêcher leur exploitation.

«Nous savons que c’est une décision grave, mais elle doit être prise», a déclaré le président tunisien. «Toute personne voulant manifester peut manifester, et ce, dans le cadre de la loi (...). Mais si tu veux manifester et que la première chose que tu fais, c’est stopper la production de la Tunisie (...), si vous bloquez notre peu de ressources, où allons-nous ?» s’est-il demandé. Car «qu’avons-nous en Tunisie ? Nous avons du phosphate, un peu de gaz et de pétrole, et nous avons du tourisme, de l’agriculture», a-t-il ajouté.

Or, «le phosphate s’est arrêté pendant cinq ans», a relevé le Président en allusion aux protestations sociales ayant bloqué la production pendant de longues périodes, dans le bassin de Gafsa au centre du pays. «C’est pourquoi, du fait de toutes ces considérations (...), la décision, c’est qu’à partir de maintenant l’armée va protéger les sources de production», a déclaré Béji Caïd Essebsi. Pour le Président, «l’Etat a le devoir de protéger ses ressources, les ressources du peuple tunisien (...)». La démocratie, «sa condition essentielle c’est l’Etat de droit».

Et une fois que l’armée commencera à protéger les sites, traiter avec elle sera «difficile». «Je vous mets en garde dès maintenant», a indiqué Béji Caïd Essebsi. Samedi passé, à l’appel du collectif Manich Msamah (Je ne pardonnerai pas) ainsi que de 52 ONG tunisiennes et internationales et des partis de l’opposition, plus de 2000 personnes ont manifesté à Tunis contre le projet de loi proposé en 2015 par la Présidence, prévoyant l’amnistie des faits de corruption en échange d’un dédommagement.

Cette mobilisation répond à un discours du président Essebsi qui a défendu mercredi son projet d’amnistie présenté en 2015, affirmant qu’il sera examiné au Parlement, sans toutefois donner de date. Ce projet dit «de réconciliation» prévoit l’amnistie de personnes, entre autres hommes d’affaires, anciens du régime du dictateur déchu Zine Al Abidine Ben Ali, poursuivies pour corruption en échange du remboursement à l’Etat des sommes indûment gagnées et d’une pénalité financière. «Il n’y aura pas de réconciliation sans dévoiler la vérité et sans la poursuite judiciaire et le jugement des corrompus.

Ce mouvement de protestation va continuer et dans tout le territoire tunisien», a déclaré le chef du Front populaire (gauche) Hamma Hammami. Vendredi, des ONG ont mis en garde contre ce texte qui menace, selon elles, «la justice transitionnelle». Ce processus lancé en 2013 vise à faire la lumière sur les multiples violations des droits de l’homme des dernières décennies, mais aussi à stimuler la réconciliation en donnant un sens de justice aux victimes d’abus du temps de la dictature, y compris de la corruption.
Amnay idir

 
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