Libye – Exiger le départ immédiat de Kadhafi prolongera le conflit, selon Crisis Group

Abdelkader Zahar, Maghreb Emergent, 07 Juin 2011

L’intervention massive des avions de l’Otan et désormais des hélicoptères de combats causent des dégâts en Libye sans changer sensiblement la réalité du terrain. La Russie a dénoncé dans l’entrée en action des hélicoptères une «dernière étape avant une opération terrestre ». Le but de guerre de l’Otan - obtenir le départ de Kadhafi ou le tuer – ne se réalise pas. L’enlisement n’est pas une vue de l’esprit. Crisis Group estime qu’exiger un départ « immédiat » de Kadhafi est contreproductif.

Dans son dernier rapport (le 5e du genre) consacré aux "protestations populaires dans les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient", l’organisation International Crisis Group (ICG) affirme que l’exigence du départ immédiat de Mouammar Kadhafi "ne fera que prolonger le conflit militaire et approfondir la crise en Libye". Au lieu de cela, l’ICG suggère de "donner la priorité à la conclusion d’un cessez-le-feu immédiat" et de mener des "négociations sur la transition vers un système politique pour l'après-Kadhafi". En ce sens, l’organisation estime qu’il faut faire une " distinction entre «départ» de Kadhafi – c'est-à-dire qu’il n’ait aucun rôle politique ou toute autre autorité - comme un élément clé dans le résultat final politique souhaité et son «départ» comme une condition préalable à toute solution". Outre cette remarque, l’ICG dresse une liste de six autres recommandations pour arriver à une solution à la crise en Libye. Elle suggère : une "médiation (menée) par des tiers de confiance par les deux parties, (ce qui) peut-être une initiative commune de l'Union africaine et de la Ligue arabe", "un cessez-le en deux phases : d'abord une déclaration de trêve mutuelle entre le régime et le Conseil national de transition (CNT) qui permettra de s'entendre sur des questions telles que l'emplacement des lignes de la paix, le déploiement des forces de la paix et la prestation de l'aide humanitaire, et d'autre part, une déclaration mutuelle de cessation des combats et l'annonce des pourparlers sur la forme et les modalités de la transition vers un nouvel Etat libyen".

Offrir une autre solution de rechange que le CPI

L’ICG recommande aussi de "veiller à ce que le cessez le feu soit non seulement synonyme d’arrêt des combats, mais conduit aussi directement à des négociations politiques entre le CNT et le régime de Kadhafi". "Rendre clair dès le départ, ajoute le document d’lCG, que ni Kadhafi, ni aucun de ses fils n’occuperont des postes dans le gouvernement libyen ou dans l'administration intérimaire qui sera mise en place pour la période de transition". Il est également précisé que "tous les Libyens, y compris ceux qui ont jusqu'à présent servi le régime Kadhafi, devront jouir des mêmes droits civils, y compris le droit à la représentation politique, dans l'Etat post-crise libyenne". Un Etat qui devra "disposer d'institutions réelles", "fonctionner selon les règles du droit" et "garantir explicitement du pluralisme politique". Enfin, l’ICG propose de "fournir à Kadhafi une solution de rechange à un procès devant la CPI".

 
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