Une requête remise à Bedoui

Les notables demandent la grâce pour les détenus des événements de Ghardaïa

par Notre Envoyée Spéciale A Ghardaïa Ghania Oukazi, Le Quotidien d'Oran, 11 octobre 2017

  Les notables de Ghardaïa ont remis hier au ministre de l'Intérieur une requête par laquelle ils demandent au président de la République de gracier, à l'occasion du 1er Novembre, des jeunes en détention depuis les tragiques événements qui ont secoué la région en 2014.

«Les notables de la ville de Ghardaïa m'ont remis une requête pour que je la transmette en leur nom au président de la République; ils lui demandent d'accorder, à l'occasion du 1er Novembre, la grâce à certains jeunes qui ont été arrêtés durant les événements qu'a connus la région, » a fait savoir hier Bedoui aux journalistes en marge de sa visite au siège de la commission locale de surveillance des élections. «Nous la lui transmettrons fidèlement et nous sommes sûr qu'il l'examinera avec toute l'attention qu'il faut et prendra les décisions qu'il jugera justes, » a-t-il affirmé.

Il faut admettre que Ghardaïa a visiblement retrouvé son calme et sa sérénité après ce qu'elle a vécu de plus tragique durant de longs mois. De 2008 à 2014, Arabes et Mozabites se sont affrontés jusqu'à ce qu'il y eut mort d'hommes de part et d'autre. Plusieurs personnes ont malheureusement été tuées au milieu d'un désordre dramatique. «Depuis 2014, le calme est revenu mais les esprits ne se sont pas vraiment apaisés parce qu'on a oublié d'appliquer ce que nous recommande Dieu de faire dans pareilles circonstances, » nous dit un Mozabite. A ceux qui estiment que la signature «d'un pacte ou d'une charte pour la paix et la réconciliation entre les tribus de la région peut régler complètement cette violente crise », des notables répondent « l'Algérie a déjà sa charte pour la paix et la réconciliation nationale, on n'a pas besoin d'en avoir d'autres, ce qu'il nous faut c'est d'appliquer ce que Dieu et le Coran nous recommandent pour que les blessures se cicatrisent. » Rencontrés hier à Ghardaïa, nos interlocuteurs sont persuadés qu'il ne peut y avoir de paix dans cette région que « si Arabes et Mozabites acceptent de payer la diya (une sorte de dîme) comme l'islam nous l'exige quand une vie humaine est tuée. » Pour eux, «il y a eu mort d'hommes, les décisions politiques peuvent apporter des solutions mais elles resteront conjoncturelles, par contre payer « la diya » aux familles de part et d'autres qui ont perdu des proches est une action qui apaisera les esprits de toutes les tribus, des deux rites. » De nombreux notables affirment examiner minutieusement cet aspect de l'épineux dossier et avancent d'ores et déjà que «la réflexion est très avancée à ce sujet, beaucoup de Mozabites sont pour son application mais les Arabes la refusent. » L'on admet à Gharadaïa que ceux qui ont perdu le plus de biens sont les Mozabites.

Il est évident que ce soit ainsi étant entendu que les Mozabites sont plus riches que les Arabes. « Tout le monde sait ça, des demeures et des commerces de Mozabites dont l'évaluation est hors prix ont été complètement saccagés, les dégâts sont énormes, qui les rembourseront? », interrogent des citoyens.

L'on nous précise que «le paiement de la diya ne devra pas être fait avec des sommes faramineuses, elle doit être symbolique, et ce n'est pas l'individu qui la paie mais c'est la tribu. » Seule, selon eux, « une réelle volonté de réconciliation venant de notre profonde foi permettra d'éloigner le spectre de la violence de cette région où la tribu a toujours réglé les problèmes de la cité sans provoquer le diable. » Le paiement de « la diya » permettra «de dissiper les rancœurs, les tribus de part et d'autres auront fait preuve d'une foi saine et pure pour ce qui est de leurs contentieux, sans aucune démagogie ni hypocrisie,» nous renseigne un des notables.

Ceux d'entre eux qui approuvent ce passage «obligé à l'application des préceptes de l'Islam pour ce qui concerne le paiement de la dîme et de ce que Dieu nous exige quand la vie humaine est touchée » - et ils sont nombreux selon nos sources-, pensent laisser les élections communales et de wilayas passer et revenir à la charge. « Nous n'avons pas besoin d'autres troubles, nous voulons que les élections se tiennent dans le calme, nous nous sommes promis de relancer nos réunions après ce rendez-vous pour convaincre le plus de monde possible de la nécessité de l'application de ce que nous exige le Coran et du respect de la volonté de Dieu, si la foi est pure, les âmes reposeront en paix et les vivants continueront de vivre ensemble sans frictions,» soutiennent-ils.

Ghardaïa a pour rappel, connu des événements tragiques en 1980, en 1985. Des escarmouches éclataient de temps à autres depuis, mais, en 2008, la situation s'était totalement dégradée entre tribus arabes et mozabites et jusqu'en 2014 où les pouvoirs publics ont engagé des pourparlers entre les deux. Problèmes sournois de cohabitation entre les deux depuis la nuit des temps ? Fort probable. « Mais cette fois, c'était la véritable guerre, on est conscient que des contestations ont été transformées en de tragiques confrontations sous l'effet d'une manipulation interne et externe, » nous dit un notable.

Il est convaincu, comme tous, que «le téléphone portable et les réseaux sociaux ont joué un rôle funeste, ceux qui les ont manipulés ont voulu plonger cette région dans le feu et dans le sang avec comme objectif et on en est certain, celui d'atteindre toutes les régions du pays. »

 

 
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M'zab: Qui provoque les affrontements?  
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