ELLES ONT MANIFESTÉ HIER

Le calvaire des familles des détenus de Ghardaïa

Le Soir d'Algérie, 30 avril 2017

Les familles des détenus de Ghardaïa pleurent le sort qui s’est abattu sur elles. «Libérez nos papas», scandaient hier avec un accent de naïveté bouleversant les enfants de ces prisonniers venus en compagnie de leurs mères crier leur désarroi face à la Maison de la presse Bachir-Attar.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Les scènes qui se sont déroulées alors ont généré une émotion qui s’est emparée et des passants et des policiers appelés en renfort pour gérer une situation à laquelle ils ne s’attendaient pas. Il est 10h30 lorsqu’une longue rangée d’enfants, vêtus pour la plupart de vêtement mozabites, s’aligne face à la Maison de la presse. Leur âge varie de trois à dix ans.
Petits comme grands brandissent des affiches mais aussi des portraits de détenus. Derrière eux, les mamans se mettent en place. Comme le veut la tradition mozabite, la plupart d’entre elles portent le célèbre «bouaouina» qui ne laisse apparaître qu’un seul œil. Avec leurs enfants, elles reprennent en chœur les mots d’ordre lancés par un homme âgé dont la tâche est d’encadrer les familles. «Rendez-nous nos maris», «Nos pères n’ont rien fait, laissez-les rentrer à la maison», «Nous sommes des Algériens».
Les familles entonnent l’hymne national. Des policiers arrivent et questionnent Me Salah Dabbouze, avocat des détenus. Ils exigent que les familles se retirent. L’avocat refuse. Les forces de l’ordre acheminent alors un bus et demandent au chauffer de se garer en travers de la route. Le moteur qui continue à tourner étouffe les voix des enfants qui pleurent leurs pères. Les femmes refusent de monter dans le bus. Elles tiennent d’abord à transmettre leur message. «140 familles sont détruites. Chez nous, la tradition veut que les femmes ne sortent pas de chez elles, ne travaillent pas, nous dépendons totalement de nos maris, de nos pères ou de nos frères pour certaines. Depuis leur arrestation, nous n’avons plus de quoi vivre. Pas de couches, pas de lait, nous vivons de la solidarité des autres.
Parmi nous, cinq familles qui vivaient de la boulangerie de Fekhar. Ils l’ont mise sous scellés pour des raisons que nous ignorons, mais c’est nous qui en souffrons. Nos familles sont détruites, les enfants sont en déperdition scolaire, et nos maris encourent de lourdes peines et même la peine capitale.» De nouvelles discussions s’engagent entre les policiers et Me Dabbouze. Ils exigent à nouveau la dispersion des familles.
L’avocat, visiblement fatigué, a dernièrement parcouru 400 km en direction de Ghardaïa. L’action largement relayée par les réseaux sociaux avait pour but de soutenir Fekhar et l’inciter à suspendre sa grève de la faim en entamant des actions qui lui redonneraient espoir. Le détenu, accusé d’être à l’origine des évènements qu’a connus Ghardaïa ces dernières années, a accepté de répondre à la demande de son avocat. Aujourd’hui, il tente d’aider comme il le peut ces familles qui le sollicitent. Prudent, il évoque les derniers développements survenus dans l’affaire Fekhar. Il confirme ainsi l’information largement diffusée sur le net, relative à la demande faite par des avocats étrangers de renommée internationale de venir lui prêter main-forte pour plaider la cause de son client.
L’Américain Henry Loîc et un confrère canadien ont renouvelé leur intention il y a moins d’une semaine. La défense préfère pour l’instant temporiser. Des informations en cours indiquent que les Nations-Unies, saisies autour de ce dossier, ont adressé aux autorités algériennes une lettre dans laquelle elles demandent aux responsables d’expliquer les raisons d’une détention aussi longue.
Me Dabbouze confie, cependant, : «Nous ne pouvons pas commenter cette information, la loi nous l’interdit tant que la réponse définitive n’est pas fournie par les Nations-Unies.» La réponse algérienne sera connue le 17 mai prochain, a-t-on appris. Un autre évènement est attendu entre-temps.
Par mesures exceptionnelles, la Cour suprême a rouvert trois dossiers jeudi dernier. Celui de Fekhar y figure. La réponse de cette étude sera connue dans les tout prochains jours.
A. C.

 
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M'zab: Qui provoque les affrontements?  
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