Crises au Sahel et en Libye

Alger au centre des tractations

Publié par Abla Chérif, Le Soir d'Algérie, 13 mai 2018

Le rôle de l'Algérie pourrait s'avérer déterminant pour l'avenir du Sahel, estime aujourd'hui la communauté internationale. Jugé incontournable, le pays est activement sollicité.
Abla Cherif - Alger (Le Soir) - Le représentant spécial du secrétaire général des Nations-Unies en Libye se trouvait, une fois de plus, à Alger hier dans le but d'accélérer la mise en œuvre du plan d'action onusien pour le rétablissement de la paix sur ce territoire.
Depuis sa nomination, Ghassen Salamé a effectué plusieurs déplacements durant lesquels il s'est entretenu avec les autorités algériennes sur l'évolution des événements. L'ONU a mis en place un processus politique et mène dans ce cadre des «concertations et des contacts réguliers» avec l'Algérie. Cette dernière entretient des rapports solides avec les principaux responsables libyens et des hommes pouvant contribuer à la résolution de la crise.
Faïez Esseradj, chef du Gouvernement provisoire national (libyen), effectue des déplacements réguliers à Alger laquelle semble également sollicitée pour jouer un rôle dans les nouveaux scénarios pouvant intervenir en raison des graves problèmes de santé du général Haftar considéré comme l'homme clé du conflit libyen. Il y a moins d'une semaine, cette question a occasionné le déplacement en Algérie du chargé des affaires libyen auprès de l'Elysée. Le dossier libyen est au centre de toutes les préoccupations de la communauté internationale en raison de ses répercussions sur le Sahel. Une zone où Alger est tout particulièrement sollicitée et de plus en plus franchement invitée à s'investir militairement. Son rôle prépondérant a été évoqué tant par les autorités françaises militaires que politiques. Il y a quelques jours, des sénateurs français ayant enquêté sur l'évolution de la présence militaire française au Mali ont abouti à une conclusion publiée par le Canard enchaîné et reprise par de nombreux médias français et internationaux. «Pas de paix au Sahel sans l'Algérie», concluent les trois sénateurs en relevant l'échec de la stratégie militaire française dans cette zone et au Mali tout particulièrement où se mène l'opération Barkhane. Fortement impliquée dans le processus pour le rétablissement de la paix dans le Nord du ce pays, l'Algérie mène, là aussi, depuis de longues années, une politique qui a permis la conclusion d'une trêve entre les factions rebelles et le gouvernement de Bamako. Mais trêve ne veut pas dire paix et la confusion a été mise à profit par les groupes terroristes qui tentent de prendre le contrôle de la région pour redoubler d'activité au Sahel.
La force du G5 conduite par la France et composée de soldats issus de cinq pays africains (Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso et Tchad) ne semble non seulement pas être suffisante pour faire face à la situation, mais elle est pointée du doigt par certains pays africains et accusée de ne pas avoir pris assez de précautions pour ménager les sensibilités ethniques.
Toujours selon le rapport des sénateurs français, les forces de l'armée algérienne, rompues à la lutte antiterroriste, sont indispensables dans la lutte qui se mène. Les conclusions sont flatteuses pour une Algérie qu'il s'est extirpée difficilement d'une longue période d'incertitudes mais une implication plus franche, militaire, demeure perçue comme porteuse de grands dangers.
Alger a fait savoir à plusieurs reprises qu'elle refusait de laisser le sang de ses soldats couler hors de ses frontières et s'interdit de s'ingérer dans les affaires internes de ses voisins, politique sans doute porteuse d'inimitiées et de lourds problèmes à long terme. De plus en plus, on se rend compte que les appels se concentrent cependant sur une implication exclusive en direction des groupes armés dangereusement amassés à ses frontières. Le fait n'est un secret pour personne, des centaines, peut-être plus, de terroristes tentent de redonner vie à leur organisation mise en déroute en Syrie et en Irak.
Des centres d'analyse internationaux ont récemment émis la crainte de voir ces groupes concentrés dans des camps s'emparer des pays sans Etat et de remplacer les établissements scolaires en place par des écoles islamiques. Récemment, l'aviation américaine a bombardé l'un de ses camps situé à la frontière algéro-libyenne. Les opérations de ce genre deviennent fréquentes dans ces zones. La situation évolue à vive allure. Pour l'heure, l'Algérie campe, malgré tout, sur ses positions.
A. C.

 
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Le Sahel sur fond de lutte géopolitique  
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