Visite d’Emmanuel Macron à Alger et d’Ahmed Ouyahia à Paris

Relancer un partenariat économique en chute libre

Liberté, 6 décembre 2017

Après maintes déceptions, il s’agit de convaincre encore une opinion publique indifférente car désabusée par les promesses non tenues d’un partenariat d’exception entre les deux pays.

Le président Emmanuel Macron est aujourd’hui à Alger pour une visite éclair qualifiée officiellement de visite d’amitié et de travail. Une opportunité inscrite dans son agenda depuis plusieurs mois visant à donner un nouvel élan au partenariat économique entre l’Algérie et la France. Elle se situe dans un contexte morose marqué par la chute des investissements français en Algérie et par la part de plus en plus réduite de l’Hexagone dans le commerce extérieur algérien. On est encore loin du partenariat d’exception, recherché par Alger et Paris depuis plusieurs années. Le président français est attendu justement à Alger pour afficher la nouvelle vision de la France en matière de coopération économique avec l’Algérie. “Ma volonté est de porter une vision ouverte, dynamique et d’avenir pour donner plus de densité au partenariat entre l’Algérie et la France” , déclarait-il lors de sa visite à Alger en février dernier en tant que candidat à la présidentielle française. Il s’agit, alors qu’il porte aujourd’hui le costume de chef d’État, de concrétiser sur le terrain ses intentions. En ce sens, il évoquera sans doute et sa démarche et les nouvelles pistes de partenariat : l’économie numérique, les énergies renouvelables, l’innovation entre autres. D’ailleurs, selon une source française, Emmannuel Macron déjeunera avec de jeunes entrepreneurs algériens à la tête de start-up, ces microentreprises dédiées à l’innovation dans le secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Un indice d’un changement de trajectoire ?

Rencontre Ouyahia-hommes d’affaires algériens en France
Le lendemain, à Paris, les deux Premiers ministres algérien et français présideront le haut comité intergouvernemental algéro-français. Il s’agira de signer, au cours de ce rendez-vous, des accords de partenariat censés faire évoluer les rapports économiques entre les deux pays. Jean-Michel Levet, le haut commissaire français à la coopération technologique, a soulevé, à partir de Tlemcen, un coin du voile concernant le contenu de ces accords qui seront signés dans la capitale française. Il a indiqué qu’un accord sera conclu, portant sur la production en Algérie de téléphériques par l’entreprise française Pomagalski, un autre sur une coopération entre l’Inapi et l’Institut français de normalisation, un autre encore suivant lequel l’Afnor aidera 300 laboratoires de biologie médicale algériens, un autre enfin, sur la création d’un pôle numérique dans le secteur de la santé entre les universités de Tlemcen et de Rennes. Par ailleurs, au cours de sa visite à Paris, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, rencontrera la diaspora algérienne en France, en particulier les hommes d’affaires algériens établis dans l’Hexagone, a indiqué une source sûre proche de cette communauté. Il aura notamment une entrevue avec les représentants de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie Caci France.
Ces rencontres s’inscrivent dans le sillage de l’appel du Premier ministre algérien à la contribution de la diaspora algérienne à l’étranger au redressement économique du pays touché par la crise par le transfert de leurs capitaux vers l’Algérie. L’objectif est également de constituer un lobby algérien en France. Une mission difficile car il s’agit de regagner la confiance des Algériens en France déçus par les nouvelles dispositions constitutionnelles sur les binationaux.
En somme, ces efforts restent fort modestes par rapport au potentiel d’opportunités du marché algérien tant que, de part et d’autre, on n’a pas déblayé encore le terrain des obstacles au développement d’un grand partenariat entre les deux pays.

K. Remouche

 
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Algérie, chasse gardée de la France  
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