Macron et l’Algérie : déjà un faux pas ?

Tewfik Abdelbari, TSA, 18 Mai 2017

Dix jours après l’élection d’Emmanuel Macron, l’incertitude règne quant aux intentions du 8e et plus jeune président de la République française, particulièrement concernant sa politique étrangère avec les pays du Maghreb et le Sahara occidental.

Mercredi, Emmanuel Macron a dévoilé son premier gouvernement. Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense sous François Hollande, a été nommé à « l’Europe et aux Affaires étrangères ». On ne connaît pas bien ses positions sur le Maghreb. Mais elles n’ont que peu d’importance, en réalité : la politique étrangère de la France est tributaire du positionnement de l’Élysée.

Du côté d’Alger, l’on attend justement des indications et une prise de position sur ce que serait cette « politique étrangère en général et sur les relations avec les pays d’Afrique du Nord en particulier », indique une source algérienne.

Le Sahara occidental comme point de repère

Quel pays visitera-t-il en premier ? Quels signaux enverra-t-il de part et d’autre ? Autant de questions qui devraient trouver réponse les semaines à venir. Dans le même temps, Emmanuel Macron a réservé son premier coup de téléphone (officiellement) au roi du Maroc, Mohamed VI. Pour sa première visite dans la région, le président français doit se rendre au sud de la frontière algérienne, au Mali, comme signe de soutien aux troupes françaises engagées dans la lutte anti-terroriste.

Le principal élément qui permettra de voir plus clair sur ce point est sans nul doute une éventuelle prise de position sur le conflit du Sahara occidental. Sur ce point, le nouveau pouvoir en France a déjà envoyé un mauvais signal en direction de l’Algérie : sous la pression du Maroc, la candidature de Leila Aïchi aux législatives sous les couleurs du parti de Macron a été retirée. Elle a été accusée par les lobbys marocains d’être favorable au Front Polisario.

Son tort ? En 2013, Leïla Aïchi a en effet lancé « un colloque sur le Sahara occidental » à Paris, parrainé par le Sénat français, durant lequel elle avait publiquement dénoncé « l’alignement systématique de la France sur la politique marocaine du Sahara, et ce malgré les graves violations des droits de l’Homme constatées par les ONG humanitaires ». On ne sait pas si la décision d’écarter Leïla Aïchi a été validée par Emmanuel Macron en personne, mais cet épisode n’a rien de rassurant pour l’avenir.

Au-delà de cet épisode, avec un gouvernement composé de plusieurs personnalités de droite ou de centre-droit, traditionnellement alignés sur la position marocaine, la France pourrait se résoudre à invoquer « la raison d’État ». En France, une idée est répandue dans la classe politique : la question du Sahara occidental est considérée comme « vitale » pour le Maroc, mais secondaire pour l’Algérie, aux yeux des gouvernements français successifs. « Nous verrons d’éventuels ajustements si la raison d’État l’emporte en ce qui concerne le Sahara occidental », conclut notre source diplomatique algérienne.

Mémoire : Macron otage de la droite

De manière générale, Emmanuel Macron semble vouloir sortir du conflit mémoriel permanent avec l’Algérie. Son geste, à travers ses propos sur la colonisation qualifiée de « crime contre l’humanité », démontre cette volonté de dépasser cette question. En cela, il semble coller à la perception de la nouvelle génération en France, qui condamne majoritairement la colonisation, selon un sondage de l’Ifop pour TSA.

Seulement, la marge de manœuvre du président sera réduite. Avec une droite généralement « pro-colonisation » à l’image d’un Christian Estrosi qui ne cesse de vanter ses prétendus « effets positifs » et une majorité hétéroclite au Parlement en cas de victoire aux législatives, Macron risque d’être pris au piège. Surtout, le nouveau président français compte mener d’importantes et profondes réformes, déjà controversées, sur le front économique et social de son pays. Il aura donc d’autres priorités et évitera d’ouvrir un nouveau front où il n’y aura que « des coups à prendre ».

L’on risque alors de retomber très vite sur les écueils rencontrés sous la présidence de François Hollande : de paroles fortes, des gestes symboliques – première visite d’État réservée à l’Algérie – mais qui ne donnent rien de concret et laissent place à un statu quo.

Enfin, avec la nouvelle génération de dirigeants en France, l’Algérie perd une partie de ses réseaux. Très actifs et bien implantés avec l’ancienne classe politique, cette situation pourrait lentement se déliter. Alors que ces relais tendent à diminuer, l’on ne relève pas non plus de « tropisme algérien » dans l’entourage de Macron. Son unique ministre issu de la diversité est d’origine marocaine. Et on connaît la fidélité des Français d’origine marocaine au Maroc.

Un fait qui tombe mal, à l’heure où le président de la République, Abdelaziz Bouteflika est diminué – il n’a pu recevoir la Chancelière allemande, Angela Merkel – et où l’Algérie ne dispose pas d’ambassadeur en France depuis décembre dernier. La diplomatie officielle semble donc, elle aussi, moins en capacité de peser. Or, c’est traditionnellement lors des 100 premiers jours de la présidence que les grandes orientations sont fixées.

L’Algérie a donc tout intérêt à nommer rapidement un nouvel ambassadeur de poids en France, qui enverrait un signal fort aux autorités françaises. L’on relève que les autorités algériennes ont accrédité le nouvel ambassadeur de France à Alger en un temps record. L’Algérie attendra sans doute un renvoi d’ascenseur.

 
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Algérie, chasse gardée de la France  
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