Qu'est-il parti faire Messahel en cet Orient «compliqué» ?

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d'Oran, 12 août 2017

Notre ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel a achevé en fin de semaine dernière un marathon diplomatique ayant consisté à visiter l'ensemble des capitales arabes du Proche-Orient à l'exception de Damas et Beyrouth et bien entendu Sanaa dont le gouvernement légal se trouve en exil à Ryadh. Officiellement, Abdelkader Messahel a entrepris son périple chargé par le président Bouteflika de remettre de sa part une lettre personnelle adressée par lui à chacun des chefs d'Etat des pays visités dans laquelle il leur a fait part de ses sentiments « fraternels » et réitéré la position algérienne sur les crises et conflits qui secourent leur région et sur les différends opposant les uns et les autres.

En toute certitude, ce n'est pas dans le seul but d'accomplir cette mission que Bouteflika a dépêché son ministre des Affaires étrangères. Elle est partagée par tous les observateurs qui inclinent à penser qu'il l'a fait c'est au constat que l'Algérie est au centre de sollicitations régionales et internationales l'ayant pressé de proposer sa médiation dans les crises et conflits dont ces pays arabes sont les acteurs. Ce qui en l'absence de toute confirmation que c'est bien ce que Messahel est allé faire savoir aux dirigeants arabes auxquels il a rendu visite reste une supputation mais qui a du sens quand on constate qu'Alger a été ces dernières semaines la scène d'un spectaculaire défilé de hauts responsables arabes y compris ceux dont le pays est présenté comme étant en « froid » avec l'Algérie.

L'accueil réservé à Abdelkader Messahel dans les pays où il s'est rendu donne indéniablement de la consistance à cette supputation sur une éventuelle médiation algérienne si ce n'est dans tous les conflits et crises auxquels le monde arabe est en proie, du moins sur celui qui a le Yémen pour théâtre. Si médiation algérienne il y a par conséquent à entrevoir au Proche-Orient, c'est celle qui concernerait effectivement le conflit yéménite. Cela au vu que le camp belligérant yéménite qui compte dans ses rangs l'ancien président Abdallah Saleh et les partisans qui lui sont fidèles a émis à plusieurs reprises la proposition que soit confiée à l'Algérie l'entreprise d'une médiation entre les protagonistes du conflit et que le ministre des Affaires étrangères du gouvernement yéménite légal en exil est venu à Alger peu avant que Messahel n'entreprenne son périple moyen-oriental. La venue de ce haut responsable yéménite ne peut que nourrir l'hypothèse d'une médiation algérienne possible pour le Yémen car avant cela le camp qu'il représente et bien qu'officiellement reconnu par l'Algérie en tant que celui de l'autorité légale yéménite semblait avoir «zappé » la destination Algérie au motif de sa présumée « sympathie » pour ses compétiteurs en rébellion contre lui.

Si médiation algérienne il y aurait, celle suggérée ici est la plus plausible. En tout cas plus que celle sur le conflit en Syrie où la multiplicité des intervenants est telle que la diplomatie algérienne n'a pratiquement aucune chance de faire dialoguer les Syriens sur une sortie de crise de leur pays, et que celle dans la crise que connaissent les relations entre le Qatar et les autres pétromonarchies. Laquelle a la dimension d'une querelle « familiale » opposant des dynasties monarchiques au conflit mû par des différends dont elles sont seules à connaître les origines même s'ils s'y greffent des antagonismes d'ordre géopolitique.

 
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