Etat de santé de Bouteflika: La réponse d'Ouyahia

par Mahdi Boukhalfa, Le Quotidien d'Oran, 11 septembre 2017

Le secrétaire général du RND et Premier ministre, Ahmed Ouhayia, est sorti de sa réserve concernant les appels à l'application de l'article 102 et de ses partisans.

Ouyahia a répondu samedi à ceux qui veulent appliquer l'article 102, en marge d'un regroupement de son parti consacré à la préparation des prochaines élections locales, que le président de la République ''vaque normalement à ses fonctions''. L'article 102 de la Constitution dispose que ''lorsque le président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l'impossibilité totale d'exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous les moyens appropriés, propose, à l'unanimité, au Parlement de déclarer l'état d'empêchement''. Et donc de constater la vacance du pouvoir et de changer de président. Selon Ahmed Ouyahia, ''les partisans de l'article 102 sont, premièrement sur le plan politique des oisifs, et deuxièmement, ils font partie d'un réseau qui était au courant des problèmes financiers du pays». ''Peut-être, précise-t-il, que l'Algérie allait se retrouver au mois de novembre ou avant la fin de l'année dans une situation difficile sur le plan financier». Mais, s'empresse-t-il d'ajouter, ''avec la révision de la loi sur la monnaie et le crédit, le problème financier est derrière nous maintenant». Dès son rappel début août dernier au Premier ministère, Ouyahia avait entamé la mise en place des orientations du Président Bouteflilka en matière de financements non conventionnels pour parer d'abord aux déficits, la baisse des recettes pétrolières, ensuite au tarissement du Fonds de régulation des recettes (FRR), le bas de laine constitué lorsque le brut était à plus de 100 dollars/baril. Lors de sa réunion mercredi dernier, le Conseil des ministres, présidé par le Chef de l'Etat, avait adopté, sur proposition du Premier ministre, le projet de loi portant amendement de la loi sur la monnaie et le crédit. Le but de cet amendement est justement d'appliquer dorénavant ''le financement non conventionnel au profit du Trésor public'', tel que stipulé dans le plan d'action du gouvernement, présenté et adopté lors de ce Conseil.

D'autre part, Ahmed Ouyahia, en réponse toujours à ceux qui veulent appliquer l'article 102, a indiqué que ''la plus forte réponse (sur l'état de santé du Président aux gens du groupe de l'article 102, NDLR) est venue justement mercredi dernier par le président de la République, qui a présidé le Conseil des ministres''. “Je rassure le citoyen que notre président exerce ses fonctions et s'occupe des intérêts du pays“, a assuré le Premier ministre. En fait, après une accalmie relative, les partisans de l'application de l'article 102 ont repris leur revendication la semaine dernière, avec des sorties dans les rues d'Alger. Le parti Jil Jadid est un des chefs de file de ce ''Mouvement Barakat'' (ça suffit), né pour dire ''non» à un quatrième mandat du Président Bouteflika. Des interpellations dans les rangs de ce mouvement avaient été opérées mercredi matin à la Grande Poste à Alger. Un cadre du parti Jil Jadid figurait parmi les personnes interpellées, avait écrit sur son compte Twitter, son président, Soufiane Djilali. Celui-ci avait déclaré lundi dernier : ''Montrez-nous le Président et on va se taire à jamais. On ne croit que ce qu'on voit». Il ajoute, à l'adresse des présidents de l'APN et du Conseil de la nation, que ''ce ne sont que des menteurs. L'état de santé du Président l'empêche d'exercer ses fonctions d'où la nécessité d'appliquer l'article 102 de la Constitution». Bien évidemment, la polémique politique autour de l'article 102 s'était invitée à l'ouverture de la séance annuelle du Parlement lundi 4 septembre. Saïd Bouhadja, président de l'APN, a estimé que ''les voix qui portent de faux jugements et qui dépassent l'éthique politique, et tentent par désespoir de cause de semer le doute sur les institutions de l'Etat et leur crédibilité, ignorent sciemment et pour des raisons obscures la logique constitutionnelle, car leur objectif apparent n'est rien d'autre que d'affaiblir les institutions constitutionnelles de l'Etat et de faire reculer le pays avec tous les risques que comporte cette aventure''. Pour lui, ''les élections sont la voie unique de la légitimité'' pour ceux qui veulent accéder au pouvoir. De son côté, Abdelkakder Bensalah, président du Conseil de la nation, relève que ''ces derniers temps, à l'intérieur du pays malheureusement, certaines voix marginales s'élèvent, demandant dans leurs discours l'activation des dispositions d'un article précis de la Constitution''. Selon Bensalah, les partisans de l'article 102 en font une mauvaise interprétation, et estime que l'Algérie est un Etat d'institutions qui tirent leur légitimité de la volonté du peuple. ''La légitimité au sommet de l'Etat a été tranchée lors des élections présidentielles de 2014'', a-t-il ajouté. Pour autant, au sein des partis d'opposition, le ton est autre. Dans un communiqué rendu public samedi, le RCD estime que ''la confusion sur la gouvernance générée par l'incapacité du pouvoir à circonscrire encore les luttes de chapelles dans le sérail indique que le pays est rentré dans une phase où le pire peut advenir''. Et sur l'invocation de l'article 102 par certains partis, le RCD explique que ''circonscrire une sortie de crise à la demande de la mise en œuvre de l'empêchement par voie légale de Bouteflika (article 102) équivaut à parrainer une alternance clanique, a fortiori dans le moment présent'', et souligne que ''l'heure est à l'action de mobilisation solidaire et non à des positionnements dans des luttes claniques conjoncturelles''.

Quant au SG du FLN, Djamel Ould Abbès, et membre du tiers présidentiel au Conseil de la nation, il a comparé la demande actuelle d'application de l'article 102 à celle qui avait prévalu avant le départ de Liamine Zeroual en 1998. ''Ce qui se dit actuellement nous rappelle les déclarations faites durant l'été 1998, notamment dans la presse. Il y a du copier-coller. Mais cela ne nous inquiète pas, cela me fait même rire. C'était avec Zeroual, mais celui qui ne connaît pas Bouteflika se trompe'', lance Djamel Ould Abbès aux journalistes, avant de rappeler que ''Zeroual a démissionné après trois mois de ces déclarations. Certains veulent rééditer le scénario de 1998''. ''Le Président Bouteflika va bien'', a-t-il insisté.

 
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