Absence de moyens, faillite des autorités, population livrée à elle-même ...

Ces catastrophes qui révèlent la non-gouvernance

Liberté, 16 juillet 2017

Les autorités politiques ont brillé par leur gestion approximative, sinon par leur démission, laissant les populations se “débrouiller comme elles peuvent”.

Des milliers d’hectares de forêt ravagés, des centaines de familles sinistrées, des maisons et champs brûlés et des villages entiers livrés à eux-mêmes devant le silence, presque troublant, d’un gouvernement plus affairé à gérer un bac boudé par les candidats. Jamais dans l’histoire de l’Algérie indépendante, un gouvernement avec ses démembrements locaux n’a montré autant de démission face à une catastrophe d’une telle ampleur que depuis le début des incendies de ces derniers jours. Malgré les appels de détresse des populations dans certains villages, comme à Ath Yahia Moussa en Kabylie, village de naissance d’un certain héros de la révolution, Krim Belkacem, signataire des accords d’Evian, malgré les alertes relayées sur les réseaux sociaux qui se sont enflammés pour l’occasion et les conséquences provoquées dont la canicule qui a fini par toucher tout le pays, le gouvernement n’a pas montré de signe de compassion, ni d’empressement pour prendre gérer la situation comme cela se fait sous d’autres latitudes. Pas même une attitude à la hauteur de la catastrophe. Ni déclaration officielle ni déplacement de quelques hauts responsables sur les lieux des sinistres pour rassurer les populations. Si l’on excepte l’intervention, comme souvent discrète, des éléments de l’Armée nationale populaire dans certains endroits, comme l’a indiqué un communiqué du MDN, quelques élus locaux et les éléments de la protection civile, avec leurs moyens limités, les autorités politiques ont brillé par leur gestion approximative, voire leur démission, laissant les populations se “débrouiller comme elles peuvent”. Le bilan est effarant : Plus de 1 000 ha de forêt détruits et près de 300 ha de maquis incendiés, sans compter les récoltes et les maisons. Des décès et des blessés sont même enregistrés. Pour moins que ça, au Québec, au printemps dernier, tous les paliers du gouvernement se sont mobilisés après le débordement du fleuve Saint-Laurent, rappelle à juste titre un lecteur, établi au pays de l’érable, sur le réseau Facebook. On a vu comment à l’été 2016, l’ex-président des Etats-Unis, Barak Obama, s’est déplacé en Louisiane pour réconforter la population affectée par des inondations historiques. Il y a quelques semaines, alors qu’il était confronté à un incendie ravageur, le Portugal a pu mobiliser toutes ses ressources et solliciter l’appui de ses pays voisins dont l’Espagne et la France. Les autorités ont pu même évacuer de nombreux villages à temps sauvant des centaines de vies. Pourquoi alors notre gouvernement, si prompt à mater les manifestants avec des canons à eau, à épier les activistes y compris sur la Toile, malgré des ressources financières astronomiques engrangées ces quinze dernières années, est incapable d’anticiper ces sinistres, de développer une stratégie de protection, de réagir promptement en cas de catastrophe et de protéger la population ? Selon le responsable du syndicat des employés des forêts, cité hier par le quotidien El Khabar, les incendies enregistrés cette dernière semaine ont révélé “l’échec flagrant de l’administration des forêts pour affronter ce phénomène”. Outre l’absence d’une politique claire pour affronter le “danger qui menace l’anéantissement de la ressource forestière”, Abdelmadjid Tikouk pointe du doigt l’”absence de moyens matériels et humains”. Ce responsable préconise des formations au profit des populations habitant près des forêts, de leur accorder la priorité dans l’emploi et les intégrer dans une stratégie en leur offrant les moyens de protection. Mais au-delà de la question de moyens, ces sinistres, désormais cycliques, témoignent d’une certaine façon d’un problème de gouvernance. Handicapé par l’absence de légitimité, le pouvoir ne se sent pas visiblement dans l’obligation de rendre des comptes à sa population en cas de défaillance. A-t-on vu un jour, d’ailleurs, un responsable rendre son tablier pour avoir failli dans sa mission ? Habité par le souci de sa seule survie, le pouvoir donne des signes d’égarement, beaucoup plus préoccupé à transcender ses contradictions et à organiser la succession, objet de tiraillement en sourdine, qu’à gérer les problèmes. Ce n’est pas fortuit que le constat le mieux partagé chez nombre d’Algériens aujourd’hui est que l‘“Etat est absent”, les fléaux prolifèrent, les problèmes s’accumulent et la crise morale s’amplifie. C’est l’absence de gouvernance, conséquence aussi de l’absence du Président, qui fait que le pays est exposé à tous les risques, comme ces incendies dont il ne faut pas exclure qu’ils soient l’œuvre de la mafia du foncier, de mercenaires ou simplement de ceux qui s’emploient à distraire le peuple pour le détourner des véritables enjeux…

Karim Kebir

 

 
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