Qui se souvient des martyrs du 14 juillet 1953 ?

Le Soir d'Algérie, 16 juillet 2017

Alors que Paris célébrait la fête nationale dans une saine ambiance populaire et dans la joie traditionnelle, de sanglantes échauffourées se sont produites place de la Nation.
Sept personnes ont été tuées, un Français et six Algériens : Daoui Larbi 29 ans de Aïn-Sefra, Ameur Tabjadit 26 ans de Tifna (G.Kabylie), Mouhoub Illoul 20 ans d’Amizour (Béjaïa), Tahar Madjène 26 ans de Chréa (Kabylie), Abdallah Bacha 25 ans de Tazmalt (Kabylie), Abdelkader Draris 31 ans de Nédroma, alors que 126 autres, dont plusieurs gravement atteintes, ont été transportées à la hâte dans les hôpitaux. C’était le 14 Juillet de l’année 1953.
Parmi les sept morts, le chahid Daoui Larbi, tué, l’emblème national à la main. A la fleur de l’âge, 26 ans, célibataire, natif en 1924 à Aïn-Séfra.
En 1948, il effectua un voyage en Palestine pour la cause palestienne, avant de rejoindre les rangs des nationalistes en France en 1950. Le quotidien français Le Figaro dans sa livraison du mercredi 15 juillet 1953, rapporte à la Une : «2 000 Nord-Africains défilant devant l’état-major communiste à la place de la Nation, déclenchent une échauffourée. Pour se dégager, le service d’ordre doit faire usage de ses armes : 7 morts, 126 blessés». «Sinistre bilan dont la responsabilité incombe à ceux qui, ouvertement, cherchent leurs alliés – leurs troupes de choc – parmi les adversaires avoués à la France. Et que les dirigeants communistes, qui bénéficient chez nous d’une faiblesse à laquelle il faudra bien mettre un terme, ne crient pas à la provocation policière. On les a vus évacuer en désordre leur tribune dès que déferla le premier groupe de manifestants algériens exigeant en hurlant la libération de Messali Hadj», souligne le journal dans sa première page.
Guy G. Walrand, rédacteur en chef de l’information, poursuit : «Les émeutiers qui, hier (14-7-1953), place de la Nation, ont fait couler le sang, sont les instruments trop dociles de ceux qui, pour servir une politique contraire aux intérêts de la France, n’appuient leur activité néfaste que sur l’exploitation de la colère ou du fanatisme.»
Les martyrs ont été tués d’un coup de feu, comme le constatent les Drs Paul et Baurès (extrait fait foi). La cérémonie de sépulture a été faite sous haute sécurité française, selon le rite musulman. Les cercueils étaient arrivés couverts du drapeau algérien au port d’Alger, où une cérémonie de recueillement a été organisée en leur honneur par les ouvriers du port et les militants du MTLD, avant d’être transférés vers leurs villes.
Qui s’en souvient donc, sans doute personne, car aucune mémoire n’est à retenir de ces figures historiques. Ni pensée dans la journée du Chahid, ni célébration de leur mort, pas une place, pas une école, ni même une ruelle n’est baptisée en leur nom. Ils restent méconnus dans l’anonymat total, mais voilà que l’histoire n'oubliera jamais, puisque les martyrs du 8 mai 1945 (avant le déclenchement de la guerre, sont reconnus chahid).

Commémoration à Paris, ignorance à Alger !

Un programme très riche, en hommage à la commémoration des victimes du 14 juillet 1953, a été concocté avec la collaboration du cinéaste le réalisateur du film et auteur du livre Les balles du 14 juillet 1953, M. Daniel Kupferstein et l’association des amis de l’humanité. Le grand rassemblement a été fait le 6 juillet à 15h, place de la Nation à Paris, commémoration de la plaque en hommage aux victimes du 14 juillet 1953, au niveau de l’immeuble du 12, avenue du Trône, en présence des familles des victimes venues pour la commémoration, notamment d’Algérie.
L'historien Emmanuel Blanchard fera une introduction sur «La police parisienne et les Algériens» ensuite la projection du film et la présentation du livre.
Par ailleurs, il y a lieu de signaler que la manifestation a débuté le 3 juillet dernier avec un riche programme, notamment des conférences, des débats et la projection du film Les balles du 14 juillet 1953, par des conférenciers algériens et français, à l’exemple de Rosa Moussaoui du journal l’Humanité, ou encore une projection-rencontre organisée par les amis du Monde diplomatique et la Ligue des droits de l’Homme-Paris, avec Akram Belkaid journaliste au Monde diplomatique et Gilles Manceron, historien et membre de la LDH. Notons enfin, que plusieurs personnalités (les familles des martyrs entre autres) sont conviées à cette grande manifestation, on note la présence de M. Boudaoud Ahmed, neveu du martyr Daoui Larbi. Malheureusement en Algérie, aucune reconnaissance, aucune baptisation, aucune commémoration à la mémoire de ces victimes, parmi les premiers chouhada du pays, avant même le déclenchement de la guerre de Libération nationale.
B. Henine

 
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