Entreprises publiques: "Pourquoi mettre en péril des vrais emplois pour en sauver de faux?" (Ferhat Ait Ali)

Amar Ingrachen, Maghreb Emergent, 10 août 2017

Selon une source au ministère de l’Industrie, « les entreprises publiques sont maintenues à mi-chemin entre la vie et la mort : on efface leur dettes pour qu’elles ne meurent pas mais on ne consolide pas leur assise financière pour leur permettre de se relever et se développer ».

Pour restructurer les entreprises publiques en difficulté, le gouvernement les finance virtuellement, et les déclarations des responsables sur leurs volonté de les restructurer sont toutes infondées, a affirmé à Maghreb Emergent une source au ministère des Finances.

« Dans ce que les responsables appellent la ‘’restructuration des entreprises publiques’’, il n’y a, en vérité, rien de concret. L’opération consiste essentiellement à effacer leurs dettes à travers des artifices comptables. C’est ni plus ni moins un jeu d’écriture », a assuré notre source. De plus, a-t-elle ajouté, contrairement à ce qui se dit, « il ne s’est jamais agi de recapitalisation ou de dotations en trésorerie ». Et d’expliquer que « les entreprises publiques sont maintenues à mi-chemin entre la vie et la mort : on efface leur dettes pour qu’elles ne meurent pas mais on ne consolide pas leur assise financière pour leur permettre de se relever et se développer ».

La Banque centrale : Les EPE ont avalé plus de 7 milliards de dollars depuis 2015

Ces propos s’inscrivent parfaitement en porte-à-faux avec les déclarations de certains responsables qui présentent les entreprises publiques comme étant « un gouffre pour l’argent de l’Etat ». Un de ces responsables est le gouverneur de la Banque d 'Algérie qui a déclaré récemment que 7 milliards de dollars avaient été décaissés par le Trésor public pour éponger les déficits des entreprises publiques rien qu’en 2015 et 2016. « La situation financière nette de l’État envers le système bancaire a connu un bouleversement entre décembre 2014 et décembre 2016. L’État est, au cours de cette période, passé d’une situation de créancier net des banques, avec 1.992 milliards de DA, à celle de débiteur net avec une dette de 2,73 milliards de DA envers les banques », a-t-il indiqué en avril 2017, évoquant « le rachat, en 2015 et 2016, des créances bancaires non performantes, dues sur des entreprises publiques, par le Trésor (767 milliards de DA) à travers l’émission d’obligations ».

Le ministre de l’Industrie et des Mines, Mahdjoub Bedda, a lui aussi déclaréque deux groupes publics, Sider et la SNVI, avaient bénéficié récemment de la mise en place de plans de restructuration, en cours d’application, et qui prévoient, pour chacun d’entre eux, des investissements de près d’1 milliard de dollars.

« Financer des cadavres d’entreprises est une atteinte à l'égalité des Algériens devant la loi »

Qui dit vrai ? Selon Ferhat Ait Ali, expert financier, « beaucoup d’entreprises publiques, à l’image de la SNVI, ont eu les fonds et le plan de charges avec, mais n'ont rien fait ». « Il n y a strictement rien à renflouer, même les actifs sont obsolètes, et le sureffectif tue toute chance de redressement dans l'œuf., Une entreprise qui a un déficit égal aux deux tiers de sa masse salariale, elle-même égale aux deux tiers de son chiffre d'affaires, n'est pas une entreprise mais une œuvre de charité », estime-t-il, soulignant que « ce n'est pas en injectant des fonds qu'on sauve une entreprise vouée à des déficits chroniques ».

Pour Ferhat Ait Ali, « en droit commercial, aucune entreprise publique n'aurait pu échapper au tribunal des faillites, et en droit constitutionnel, financer des cadavres dits publics avec la fiscalité d'autrui, en mettant en péril de vrais emplois pour en maintenir de faux, est une atteinte à la Constitution et à l'égalité des citoyens devant la loi ».

Concernant les déclarations de Loukal, cet expert financier dit qu’elles tiennent la route : « Loukal a parlé d'assainissement et pas de restructuration, et il a bien précisé que les fonds provenaient du Trésor, aujourd'hui lui-même endetté auprès de la Banque d'Algérie. » Et d’ajouter : « Dans les faits, sans émission monétaire massive, ni le Trésor ni les banques ni les EPE, ne sauveront leur peau de cet exercice. »

 
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