ÉRADICATION DE L’HABITAT PRÉCAIRE À ALGER

Le désarroi des habitants de Zaâtcha

Le Soir d'Algérie, 25 mars 2010

Tiraillés entre, d’une part, le besoin de quitter leurs chalets et fuir la précarité dont-ils font les frais depuis 1958 et, d’autre part, le spectre de se retrouver entassés dans des F2 exigus à Tessala- El-Merdja, une localité située à une trentaine de kilomètres à l’ouest d’Alger, dans la région de Boufarik, les locataires de la cité Zaâtcha, dans la commune de Sidi-M’hamed, sont dans un grand désarroi. Et les sorties médiatiques des P/APC tout comme celle du wali délégué, dans la daïra de Sidi-M’hamed, ne sont pas pour les rassurer. Plutôt des ballons-sondes ravivant la tension et accentuant le ressentiment d’exclusion et de mépris, estime-t-on.
Lyas Hallas – Alger (Le Soir) - Bien que promesse leur a été faite d’être relogés dans des appartements spacieux, les habitants de la cité Zaâtcha disent craindre que l’on ne leur attribue que des F2. «Le site d’habitations qu’ils nous ont promis, à Tessala-El-Merdja, abrite 1 300 logements dont les deux tiers sont des F2. Et une partie de ces appartements, réalisés avant que Bouteflika n’en interdise à jamais la construction, a été attribuée aux occupants d’un bidonville d’Hydra. 923 familles y ont été relogées au titre de la même opération. Qu’en restera-t-il pour nous accueillir ?» s’interroge Bachir, la quarantaine. Le président du comité du quartier, Tayeb Chiheb, précise que le baraquement de Zaâtcha compte exactement 291 foyers, dont 10 seulement sont des nouveaux mariés qui, éventuellement, pourraient accepter des F2. En ce qui concerne les autres, ajoutera-t-il, il s’agit de familles nombreuses qui comptent 7 à 10 personnes. «Qu’est-ce que pourrait signifier 291 foyers comparativement au bidonville d’Es-Semmar, par exemple, qui abrite des milliers de familles ? Et puis, cela fait 50 ans qu’on nous fait des promesses, sans qu’elles dépassent le stade de bonnes intentions. Devrait-on leur faire confiance encore une fois ?», renchérit un trentenaire. En tout état de cause, leur sort n’est toujours pas tranché, et les affectations des logements n’ont pas encore été rendues publiques. Leur recasement interviendra probablement au courant de la semaine prochaine. Or, les déclarations contradictoires des responsables de l’administration et du maire de Sidi-M’hamed ont suscité certaines appréhensions et alimenté la tension. «Au départ, le wali délégué de Sidi-M’hamed nous a réunis et promis de nous reloger dans des habitations décentes. Il a même évoqué la possibilité de nous laisser le choix d’opter pour d’autres sites, à Draria, aux Bananiers à Sebbala, entre autres. Maintenant, le maire multiplie les déclarations par presse interposée et avance que nous n’avons plus le choix. Le wali délégué, lui, déclare qu’il a, à Zaâtcha, seulement 129 familles à reloger. Mieux, on nous propose de quitter les lieux et d’introduire des recours dans le cas où les logements ne nous convenaient pas. En un mot, ils veulent nous mettre devant le fait accompli. Les bulldozers raseront aussitôt nos chalets, et les exclus ne sauront plus à quel saint se vouer», expliquera Bachir. Rappelons que la cité Zaâtcha a été, la semaine dernière, le théâtre d’incidents entre les forces de l’ordre et des habitants du quartier. Ces derniers ont, au lendemain des émeutes, dégagé toute responsabilité, incriminant des «intrus manipulés de l’extérieur», selon leurs propres dires. Il convient, enfin, de signaler que le programme d’éradication de l’habitat précaire en cours d’exécution à Alger prévoit le recasement de 12 000 familles entre mars et septembre 2010. Un programme destiné, par ordre de priorité, aux familles occupant des bidonvilles, puis à celles logeant dans des immeubles menaçant ruine ou vivant dans des cimetières. Le coût de ce programme est évalué à environ 88 milliards de dinars, pour un recasement dans près de 35 000 logements.
L. H.

 
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Dégradation de la situation sociale  
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