Le ministère veut y mettre fin: Le cercle vicieux des bidonvilles

par Houari Saaïdia, Le Quotidien d'Oran, 16 décembre 2017

«Moi, je n'encourage pas les constructions illicites». C'est avec cette affirmation terre-à-terre que Temmar a répliqué, jeudi à Oran, à la demande d'un apport en programme RHP (réhabilitation de l'habitat précaire) pour éradiquer les bidonvilles. «On débarque, on érige sa petite baraque et on obtient le lendemain un logement neuf. Il faut mettre un terme à cette spirale, à ce cercle vicieux».

Pas besoin de décrypter les propos d'Abdelwahid Temmar; il est connu par son franc-parler. Pour le ministre de l'Habitat, continuer dans la même logique pavlovienne consistant à trouver vaille que vaille des solutions aux occupants des bidonvilles, au nom du processus RHP, c'est une forme d'incitation à ce phénomène. Les revers, voire les méfaits de ce mode de gouvernance des villes sont multiples, à commencer par le fait qu'il s'opère sur le dos des «autochtones» en droit d'accéder à un toit, eux qui doivent prendre leur mal en patience jusqu'à ce qu'on en finisse avec les occupants des baraques. C'est-à-dire jusqu'à l'infini. Outre le fait qu'elle encourage de nombreux citoyens de tous bords à séjourner dans ces camps greffés aux tissus urbains, partant de l'assurance que leur tour viendra par vagues successives de relogement, cette façon de faire porte atteinte aux instruments de planification et à toute programmation. Le cadre de la wilaya d'Oran, qui a eu à exposer le chapitre «habitat précaire», l'un des onze axes autour desquels s'articulait le tableau synoptique du secteur local, croyait bien plaider le dossier par devant le ministre en l'étoffant de statistiques du recensement 2007-2017 pour appuyer sa demande d'un bon quota LPL en renfort. Bien mal lui en a pris. Sa méthode a eu un effet boomerang. Les chiffres énoncés (par lui) se sont retournés finalement contre (sa) wilaya.

30.000 habitations illicites de fraîchedate à Oran

Au recensement de 2007, Oran comptait 9.500 habitations dans le bidonville des Planteurs, à lui seul, et 1.800 autres dans 47 sites précaires répartis sur 13 communes. En 2017, elle en compte 20.000 aux Planteurs et 21.083 sur les autres sites, soit près de 30.000 foyers ayant émergé dans l'intervalle. Par une simple petite comparaison, on conclut que le nombre d'habitations illicites a plus que doublé aux Planteurs et plus que triplé dans le reste des sites. Un boom qui démontre le peu de sérieux du dispositif anti-illicite et du coup la perméabilité du système d'alerte. Difficile de prétendre le contraire, a fortiori devant un ministre architecte-urbaniste de formation ayant passé 23 ans de carrière (1988-2011) à Oran. Et c'est en connaissance de cause que Temmar a appelé à la mise en place, pas uniquement à Oran mais à chaque wilaya, d'une brigade mixte anti-constructions illicites composée des services de la wilaya, des inspecteurs de la DUAC, de l'APC et des services de sécurité. «Cette brigade doit fonctionner H/24. Elle doit sillonner tout le territoire de wilaya et riposter dans l'immédiat. On ne peut plus continuer comme ça. Il faut au moins arrêter le phénomène, le circonscrire. Cette logique de solution par relogement là où il y a baraque, c'est fini !», a-t-il affirmé. Le ministre part d'une réalité toute simple, d'un constat même : les migrations des zones rurales vers les villes ne cesseront pas tant que le mouvement d'urbanisation agit comme une pompe aspirante. Et paradoxalement, l'urbanisation est provoquée essentiellement par l'afflux de citoyens de zones rurales que les pouvoirs publics n'ont de cesse de reloger dans une logique de spirale infernale.

Brigades mixtes anti-illicite

A priori, Temmar veut donc rompre avec la politique du «fait accompli», sachant pertinemment que le logement est un enjeu social, mais aussi politique, lequel fait appel donc à un usage sans démagogie car il risque de faire éclater la cohésion sociale et partant, réduire à néant les progrès accomplis en matière d'habitat par l'Algérie, seul pays au monde à distribuer (presque) gratuitement le logement social. Le ministre a par ailleurs insisté sur la nécessité de rattraper le retard accusé dans la réalisation de 18.548 LPL, inscrits à l'intitulé de la wilaya entre 2006 et 2013, annonçant dans la foulée la tenue d'une prochaine rencontre nationale avec les entreprises de réalisation en situation de retard dans leurs projets LPL, et ce à l'instar de ce qui a été fait récemment pour l'AADL. Temmar a fait savoir qu'un nouveau programme d'habitat a été attribué à cette même wilaya, avec un quota de 5.000 logements location-vente de type AADL sur les 120.000 inscrits au niveau national pour l'année 2018.

Ce quota supplémentaire est pour répondre à un déficit de 7.000 demandes, que représentent les souscripteurs ayant versé leur première tranche mais qui n'ont été affectés vers aucun programme. Il a annoncé également qu'Oran bénéficiera de 2.000 habitations rurales collectives. Détaillant l'échéancier de réalisation du nouveau programme national portant sur 120.000 logements location/vente AADL, le ministre a dévoilé que le filtre administratif a débusqué 25.000 demandeurs ayant déjà bénéficié d'un logement.

Des promoteurs qui n'ont rien à voir avec le domaine

Après une cérémonie de remise de clés de 1.341 de logements LPL et LPA, tenue au pôle de Belgaïd, le ministre de l'Habitat a quitté Oran pour se rendre à Aïn-Témouchent, deuxième point de sa tournée de jeudi.

A partir de cette ville, Temmar a affirmé que les mesures adoptées dans le nouveau programme LPA permettront d'éviter des problèmes liés au retard du promoteur dans la réalisation de ses projets. Au détour de l'inspection d'un chantier dans la commune d'El Amria, le ministre a assuré que les mesures adoptées dans le LPA permettront de mettre fin au problème des listes des bénéficiaires qui retardait l'avancement des projets. «Les véritables promoteurs n'attendent pas les listes mais comptent sur eux-mêmes pour parachever les projets d'habitat», a-t-il souligné, ajoutant que «le promoteur doit disposer des moyens financiers requis pour lancer un projet d'habitat sans compter sur l'apport des bénéficiaires.

La réalité a prouvé que le promoteur compte sur les contributions des bénéficiaires pour pouvoir entamer les projets», a-t-il déploré. Le ministre a indiqué que 7.000 promoteurs immobiliers activent au niveau national dont 5.000 aux chantiers de réalisation de logements relevant du Fonds national de péréquation des œuvres sociales (FNPOS), faisant remarquer que les CV de certains promoteurs font apparaître qu'ils n'ont aucun lien avec le domaine.

 
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