Un cauchemar pour le gouvernement

Le poids écrasant des importations

El Watan, 14 février 2017

Alors que les revenus du pays ont baissé de plus de la moitié, le gouvernement, qui prépare actuellement la liste des nouvelles licences, peine à diminuer substentiellement la facture de l’importation.

En dépit des mesures décidées par les pouvoirs publics instaurant des quotas et des licences pour l’importation de certains produits, le commerce extérieur de l’Algérie demeure déficitaire et la contraction enregistrée de l’activité import a été, l’année dernière, sans conséquence sur la balance commerciale.

En effet, après plus d’une décennie d’excédents commerciaux, l’Algérie a vu, dès 2015, sa balance commerciale basculer dans le rouge, avec un déficit de 13,71 milliards de dollars. Une année plus tard, en 2016, la différence, en termes de valeur monétaire entre les exportations et les importations se creuse davantage, enregistrant un déficit de 17,84 milliards de dollars, en augmentation de 4,8%. Cette hausse s’explique essentiellement par un recul enregistré dans les exportations, notamment ceux des hydrocarbures dont les prix ont connu une baisse sur les marchés internationaux.

Les chiffres fournis par les services des Douanes algériennes révèlent aussi que le taux de couverture des importations par les exportations a été, en 2016, de 62%, contre 67% en 2015, 107% en 2014, 120% en 2013 et 143% en 2012. Mais, globalement, les importations algériennes ont enregistré une baisse 9,62% par rapport à l’année 2015, passant de 51,7 milliards de dollars à 46,72 milliards de dollars. Leur répartition par groupe de produits fait ressortir des baisses pour les groupes «biens alimentaires» de 11,72%, les «biens destinés à l’outil de production» avec une proportion de 10,25%, les «biens d’équipements» de 10,4% et enfin les «biens de consommation non alimentaires» de 4,62%.

Les «biens d’équipements», qui représentent une part de 30,67% des importations, sont constitués essentiellement des appareils électriques pour la téléphonie, de véhicules de transport de personnes et de marchandises, de turboréacteurs et turbopropulseurs, d’articles de robinetterie et organes similaires, de tracteurs et de bulldozers. Viennent ensuite, en 2e position, les biens destinés au fonctionnement de l’outil de production. Il s’agit surtout des huiles de pétrole, des matériaux de construction (barres en fer ou en acier, tubes et tuyaux, bois, etc.), ainsi que les huiles destinées à l’industrie alimentaire.

Le groupe de «biens de consommation non alimentaires» vient en troisième position dans la structure de nos importations avec la quote-part de 17,71% et un volume de 8,27 milliards de dollars, enregistrant ainsi une diminution de 4,62% par rapport à l’année 2015. Les principaux produits de ce groupe sont : les médicaments, les véhicules de tourisme, les parties et accessoires de véhicules automobiles, les pneumatiques, les réfrigérateurs, les congélateurs, les meubles, les livres et brochures. Le dernier rang dans la structure de nos importations est occupé par le groupe des «biens alimentaires», avec une part de 17,6% du volume global, soit 8,22 milliards de dollars. Par rapport à l’année 2015, ce groupe a enregistré une diminution de 11,72%.

Les Douanes algériennes notent que la baisse des importations des produits alimentaires, obtenue en 2016, a concerné les céréales avec 20,61%, les laits et produits laitiers (15,83%), les viandes (10%), et les légumes secs (7,69%). Quant à la hausse, elle a concerné les sucres (21,44%), le café et le thé (4,7%). Elle a également concerné les produits pharmaceutiques avec une hausse de 2,38%, équivalant au montant de 2,02 milliards de dollars, contre 1,97 milliard en 2015. Les huiles alimentaires ont aussi connu une hausse de 11,22%, avec une valeur de 579 millions de dollars en 2016, contre 520 millions de dollars en 2015.

130 millions de dollars en fruits frais et exotiques

En ce qui concerne les fruits frais, les chiffres des Douanes montrent qu’il a été importé pour plus de 87,3 millions de dollars de bananes durant les 5 premiers mois 2016, (contre 79,2 millions de dollars sur la même période de 2015), et pour 42,8 millions de dollars de pommes (contre 68 millions de dollars).

La facture a été de près de 15 millions de dollars pour les amandes (contre 10,6 millions de dollars), de 13,8 millions de dollars de raisins secs (contre 13,1 millions de dollars) et de 3,4 millions de dollars d’abricots secs (contre 4,3 millions de dollars), alors que les importations des pruneaux secs se sont chiffrées à 7,1 millions de dollars (contre 7,3 millions de dollars).

Quant aux légumes frais, l’Algérie en a importé, en 2015, pour près de 16 millions de dollars dont 15,7 millions de dollars d’ail et 40 350 dollars d’oignon. Le pays a également importé d’Espagne, du Maroc et d’Egypte pour 11 millions de dollars d’agrumes, selon les chiffres fournis par la Chambre d’agriculture de la wilaya de Blida.

Interpellés par les agriculteurs, les pouvoirs publics ont fini par prendre la décision d’interdire les importations des agrumes et légumes frais. La Banque d’Algérie a récemment adressé aux banques de la place une note les instruisant à la «suspension immédiate» des domiciliations bancaires des opérations d’importations de ces produits, «compte tenu de leur disponibilité sur le marché local».

Surfacturation : Principal moyen pour les transferts illicites de devises

La majoration de la valeur en douane déclarée à l’importation, ou la surfacturation, fait supporter au Trésor public, chaque année, des sommes faramineuses. En 2016, les services des contrôles a posteriori des douanes ont recensé 362 infractions de change et estiment le montant frauduleusement transféré à 8,25 milliards de dinars, soit plus de 72 millions de dollars. Les auteurs de ces délits financiers ont été au nombre de 89 opérateurs économiques activant sous le statut de personnes morales (85 sociétés et 4 personnes physiques).

Selon les Douanes, la surfacturation représente encore la grande majorité des modes opératoires utilisés par les fraudeurs, bien que le phénomène soit en diminution. En 2015, les services de lutte contre la fraude avaient constaté 547 infractions de transfert illicite de devises pour un montant de 14 milliards de dinars, soit près de 127 millions de dollars.

Lyes Mechti


Un flux d’importations de plus de 8 milliards de dollars

La Chine en grand gagnant

La Chine est le premier bénéficiaire de l’emballement des importations dont la facture globale a presque triplé en dix ans.

Produits électroménagers, textiles, véhicules, équipements industriels, etc. L’Algérie, dont l’économie demeure peu diversifiée, importe à tout-va, notamment de la Chine, première puissance asiatique et deuxième économie mondiale. Pour la quatrième année consécutive, le géant asiatique a terminé l’année 2016 comme premier fournisseur mondial de l’Algérie, une position conquise au détriment du fournisseur historique du pays, à savoir la France.

En 2016, les exportations chinoises vers l’Algérie représentaient un volume commercial de 8,39 milliards de dollars, selon un document du Centre national de l’informatique et des statistiques des douanes (CNIS) dont El Watan détient une copie. Ce chiffre représente une part de 17,97% des 46,72 milliards de dollars que représentent les importations totales de l’Algérie durant l’année précédente. Déchue de son piédestal depuis 2013, la France a occupé la seconde place des pays exportateurs vers l’Algérie avec 4,74 milliards de dollars (10,15% des importations globales), suivie par l’Italie (4,64 milliards de dollars, 9,93%), l’Espagne (3,59 milliards de dollars) et l’Allemagne (3 milliards de dollars), selon les chiffres provisoires des Douanes.

Ces dernières années, Pékin a maintenu le même rythme d’exportation à destination de l’Algérie, alimentée par une importante demande interne. En 2015, les achats de l’Algérie en provenance de ce pays asiatique se chiffraient à près de 8,22 milliards de dollars, contre un montant de 8 milliards de dollars en 2014. L’Algérie, qui avait décidé de traiter avec la Chine en yuan, importe principalement des biens d’équipements industriels et des biens de grande consommation, mais aussi de plus en plus de produits de haute technologie.

Dans le détail, les téléphones pour réseaux cellulaires figurent en tête des principaux produits importés en 2016 avec une valeur de 294,03 millions de dollars (3,5% de l’ensemble des exportations chinoises), suivie par les récepteurs de télévision en couleur (278,56 millions), les tubes et les tuyaux de cuvelage des types utilisés pour l’extraction du pétrole ou du gaz (194,68 millions), des dispositifs photosensibles à semi-conducteur, y compris des cellules photovoltaïques (180,66 millions), des appareils pour la réception, la conversion et la transmission ou la régénération de la voix, d’images ou d’autres données (174,60 millions), des machines automatiques de traitement de l’information numérique (173,92 millions), et les véhicules automobiles pour le transport de marchandises (140,21 millions).

En outre, l’Algérie a importé des tubes et des tuyaux destiné aux oléoducs (123,53 millions), des tubes et tuyaux de forage et de sondage (110,73 millions), des pneumatiques neufs en caoutchouc (104,04 millions), des tissus (96,76 millions), des collections dite CKD destinées aux industries de montage de véhicules automobiles (95,87 millions), des bois contreplaqués (55,13 millions dollars), du triple concentré de tomate (48,72 millions), des véhicules automobiles pour le transport de deux personnes ou plus (41,63 millions), des chaussures (39,34 millions), des carreaux et dalles de pavement (36,61 millions de dollars), des voitures de tourisme (35,13 millions), des meubles en bois, (35,25 millions), de la vaisselle et autres articles de ménage (24,17 millions), du thé vert non fermenté (21,98 millions), des vis et des boulons (19,43 millions), des machines à laver (17,74 millions). Globalement, il apparaît que la Chine est le premier bénéficiaire de la hausse des importations dont la facture globale a presque triplé en dix ans.

Mais ce pays est le partenaire avec lequel l’Algérie enregistre un déficit commercial chronique. Les exportations algériennes, constituées essentiellement d’hydrocarbures, demeurent dérisoires. D’ailleurs, la Chine ne figure même pas dans la liste des principaux clients de l’Algérie au courant de l’année 2016, dominé par l’Italie avec 4,779 milliards de dollars et une part de marché de 16,55% des exportations du pays. C’est dire que la relation commerciale entre les deux partenaires est des plus d’équilibrées.
Hocine Lamriben


Brahim Guendouzi. Professeur d’économie

«Il faut s’attendre à un durcissement de l’octroi des licences»

- Alors que les recettes du pays ont été divisées par deux en raison de la crise pétrolière, la facture d’importation continue à être faramineuse. Comment analysez-vous cet état de fait ?

Depuis maintenant 2015, la balance commerciale de l’Algérie est déficitaire. Le déficit est même lourd en 2016 puisqu’il a atteint 17,84 milliards de dollars d’après les statistiques de la douane. Le taux de couverture qui est le ratio qui montre si nos exportations couvrent nos importations s’est inversé, passant à 62%.

Le niveau des importations a baissé de 9,62% par rapport à 2015, s’établissant à 46,7 milliards de dollars en 2016. Mais en même temps, les exportations ont reculé de 16,69% par rapport à l’année d’avant, soit 28,8 milliards de dollars. D’où l’inquiétude des pouvoirs publics sur cette nouvelle tendance du commerce extérieur, dont il faudra prendre des mesures conservatoires pour éviter des effets pervers, surtout sur le niveau des réserves de change.

Plusieurs facteurs ont milité en faveur de ce niveau élevé des importations. On peut citer le démantèlement tarifaire opéré depuis le début des années 2000 avec la signature de l’Accord d’association avec l’Union européenne et l’adhésion à la Grande zone arabe de libre-échange (GZALE), mais également il y a l’allégement du contrôle des changes décidé conformément aux recommandations du FMI.

Aussi, tout importateur qui respecte les règles de domiciliation bancaire peut financer en devise sa transaction commerciale quelle que soit la nature de la marchandise importée. Le résultat est connu : des produits de toutes sortes sur nos marchés, dont certains sont de qualité douteuse, voire de contrefaçon.

- La politique des licences et des quotas instaurée par le gouvernement est-elle efficace pour compresser réellement les importations ?

Les licences d’importation ont été instaurées en 2016 pour justement juguler le niveau des importations et en même temps protéger la production nationale de la concurrence déloyale. Comme il s’agit d’une mesure administrative, sa portée reste limitée, d’autant plus que seuls trois produits ont été ciblés : l’automobile, le rond à béton et le ciment.

Aussi, pour cette année, il faut s’attendre à un durcissement pour l’octroi des licences d’importation sur le double plan des quantités et du nombre d’opérateurs à qualifier, d’une part, et l’élargissement vers d’autres produits, d’autre part. L’inconvénient de ce type de dispositif est la réciprocité qui pourrait être exigée par les partenaires commerciaux de l’Algérie dès lors que notre pays cherche également à promouvoir des exportations hors hydrocarbures.

- Dans quelles proportions les pratiques de surfacturation participent-elles à gonfler les importations ?

De nombreuses opérations d’importation sont réalisées juste pour pouvoir transférer des devises le plus normalement du monde par le canal bancaire grâce à la domiciliation bancaire qui n’est en réalité qu’une autorisation de change. La surfacturation aidant, il y a fuite de capitaux vers l’étranger. Il existe aussi des marchandises qui sont importées, mais qui n’ont aucune utilité ni pour le consommateur algérien ni pour l’entreprise, mais pour engager uniquement le processus de paiement avec l’étranger. Ce phénomène est difficile à cerner car cela nécessite une coordination entre tous les acteurs de la chaîne du commerce extérieur.

- Dans quelle mesure peut-on effectivement réduire les importations, sachant que la production nationale est loin de suffire à satisfaire la demande domestique ?

La réduction des importations nécessite une connaissance fine des besoins des consommateurs algériens (biens alimentaires et biens de consommation non alimentaires), ainsi que de l’outil de production (inputs et biens d’équipements), qui reste très dépendant des approvisionnements de l’étranger. D’où la nécessité d’une politique sectorielle pour mieux définir les priorités et effectuer des arbitrages. A partir de là, réguler le financement en devise en fonction des réels besoins de l’économie nationale.

A moyen terme, la diversification de la production nationale ainsi que la création d’un grand nombre possible d’entreprises (TPE et PME) sont incontournables. La densification du tissu industriel, la dynamisation du secteur agricole, mieux cerner la balance des services et promouvoir les exportations hors hydrocarbures, tout cela peut constituer une démarche sûre allant dans le sens d’une maîtrise du solde commercial extérieur.
Akli Rezouali


Ali Bey Nasri. Président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal)

«Nous soupçonnons des pratiques de surfacturation»

- Avec une facture de 8,3 milliards de dollars, la Chine a terminé 2016 en tant que premier fournisseur commercial de l’Algérie pour la quatrième année consécutive. Pourquoi l’Algérie importe-t-elle autant de produits de ce pays asiatique ?

D’abord, il y a un contexte mondial. On s’inscrit dans les exportations mondiales de la Chine et ce pays a détrôné depuis trois ou quatre ans l’Allemagne sur le plan mondial. Dans ces conditions, pour nous c’est un phénomène naturel. Si des importateurs algériens se sont adressés à la Chine, c’est parce que ce pays a montré une grande offensive mondiale.

Nous importons pratiquement tout de Chine parce que ce pays est devenu l’atelier du monde. A titre d’exemple, l’automobile, la téléphonie mobile et les produits électroménagers grand public représentent un très grand segment des importations du pays. Il y a aussi le rapport qualité-prix qui est plus avantageux, même si la Chine est confrontée à une forte concurrence turque, notamment en matière d’habillement.

Ceci dit, en Chine il y a des produits originaux et des produits contrefaits. Aujourd’hui, la contrefaçon constitue une niche de la compétitivité chinoise. Actuellement, il y a beaucoup de différends entre l’Union européenne et la Chine en matière de lutte conte la contrefaçon sur le textile et l’habillement. Au-delà des produits importés, c’est surtout leur médiocre qualité qui constitue un danger pour la santé du consommateur. Nous constatons que le marché algérien est inondé de produits chinois contrefaits. Et, pire encore, il n’y pas de garde-fous ni de garanties.

En Europe, le phénomène de la contrefaçon chinoise est pris en charge car il y a des sociétés de contrôle à l’origine. En outre, il y a beaucoup de produits chinois importés qui transitent par Dubaï via une zone franche de très grand trafic. La question du paiement des importations transitant par Dubaï reste une énigme. Il y a deux flux : l’un est physique et l’autre financier. Dans le cas du flux financier, on commerce beaucoup avec Dubaï. Quand il y a ce phénomène-là, ce n’est pas normal ! Est-ce que ces paiements sont effectués en Chine ou à Dubaï ?

Nous soupçonnons des pratiques de surfacturations. Je dois aussi souligner qu’avant 2016 on n’avait pas un éclairage sur les opérations du commerce extérieur en Algérie. On avait seulement 6000 sous-positions tarifaires. Mais, avec le nouveau tarif douanier, intervenu en septembre dernier, on est passé à 15 940 sous-positions tarifaires. Une première depuis l’indépendance. Ce n’est que maintenant qu’on va avoir un éclairage exhaustif.

- La Chine est le partenaire avec lequel l’Algérie enregistre un déficit commercial chronique depuis plusieurs années. Pourquoi, d’après vous, les exportateurs algériens n’arrivent pas à se positionner sur le marché chinois ?

Les Chinois importent d’Algérie surtout de la matière première dont des huiles acides et des déchets de cartons. Nous avons des possibilités d’exportation de produits agricoles, notamment de la datte vers ce pays où vit une grande communauté musulmane. Mais les exportateurs algériens de produits agricoles sont confrontés à un sérieux problème : ils (Chinois) demandent à ce qu’il y ait une convention bilatérale pour l’accès des produits agricoles algériens en Chine.

Actuellement, les produits agricoles transformés sont interdits d’accès. Nous avons saisi par écrit le ministère de l’Agriculture, mais il n’y a aucun écho. Or, on devrait automatiquement appliquer le principe universel de la réciprocité, c’est-à-dire interdire l’entrée des produits agricoles chinois. Si on avait adopté ce principe, les Chinois auraient vite réagi. Je considère qu’il y a une négligence au niveau du ministre de l’Agriculture. Il n’y a pas de doute, la relation commerciale entre les deux pays est à sens unique.

- Ne pensez-vous pas qu’il faudrait définir une nouvelle stratégie d’exportation hors hydrocarbures, notamment en termes d’accompagnement, de soutien et d’allégement des procédures bureaucratiques ?

On en est encore loin ! A mon sens, on n’a pas posé les vrais problèmes. Ceux-ci ont été contenus un peu dans la stratégie industrielle de 2007, mise en place par Abdelhamid Temmar. Exporter, c’est d’abord la connaissance de la demande mondiale. Un pays, c’est comme une entreprise. Dans le cadre de la chaîne des valeurs, quels sont les avantages comparatifs que le pays s’insère ?

La question fondamentale est de savoir quels sont les métiers mondiaux d’un pays. Soit bâtir à partir d’une industrie existante ou des atouts existants, soit aller vers une industrie qui n’est pas encore née mais qui irait vers une demande mondiale dynamique. A titre d’exemple, dans le secteur gazier, il y a un produit dérivé qui s’appelle l’éthane avec lequel on peut avoir par vapocraquage d’autres produits dérivés (éthylène et propylène). C’est une industrie en amont décisive pour la compétitivité des produits plastiques.

L’Algérie importe en moyenne 1,2 milliard de dollars de dérivés de plastiques. Si on s’insère dans cette vision globale, l’Algérie, grâce à la matière première, peut attirer des investisseurs et faire de la plasturgie son métier. Pour les produits agricoles, le pays a aussi les conditions nécessaires pour l’exportation, notamment vers la partie européenne.

La vision stratégique consiste à bâtir sur des filiales préalablement identifiées sur la base d’analyses. Or, actuellement la vision du gouvernement est figée et ce n’est pas le bon chemin. Récemment, le PDG du groupe Sonatrach affirmait qu’il n’y aura pas de pétrole en 2040-2050. Ça serait dramatique pour le pays ! Comment allons-nous vivre, sachant que l’essentiel des revenus proviennent des hydrocarbures ? C’est inimaginable alors qu’on n’a pas encore construit des instruments alternatifs.
Hocine Lamriben

 

 
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