BTPH : Le risque de faillite inquiète les entrepreneurs

El Watan, 18 mai 2017

La crise financière qui frappe l’Algérie depuis 2014 en raison de la chute des revenus pétroliers, n’a pas épargné le secteur du BTPH, autrefois l’un des plus dynamiques du pays.

Confrontées à des difficultés financières, les entreprises du secteur du BTPH risquent actuellement de faire faillite, si des mesures ne sont pas prises urgemment pour prévenir l’irréparable, prévient Khelloufi Mouloud, président de l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA). «Toutes les entreprises sont en difficulté notamment en raison de situation d’impayés. Le problème ne concerne pas seulement les entreprises affilées à l’AGEA, mais touche l’ensemble des entreprises du BTPH implantées à travers le territoire national.

Un grand risque pèse actuellement sur la préservation des emplois et la survie même des entreprises», s’inquiète Khelloufi Mouloud joint hier par téléphone. Asphyxiés financièrement, les entrepreneurs n’auront par conséquent d’autre choix que d’arrêter les projets entamés, pour les plus chanceux, ou de mettre la clé sous le paillasson, pour les plus vulnérables d’entre eux, a-t-il ajouté. Environ 60% des 3500 entreprises de BTPH en Algérie, soit près de 2100 sociétés, risquent de déposer leurs bilans, mettait en garde, la semaine passée, Nabil Hedjazi, vice-président de l’Association nationale des sociétés algériennes, sur les ondes de la Radio nationale.

Avec la faillite de ces entreprises, ce sont près d’un million d’emplois qui seront supprimés. Selon Nabil Hedjazi, le niveau des créances des entreprises activant dans le secteur du BTPH, détenues auprès du Trésor public, s’élève à plus de 1,5 milliard de dinars. Interrogé sur les accusations formulées par le ministre de l’Habitat à l’encontre du ministère des Finances et du CPA, à qui il reprochait d’être à l’origine du retard dans le paiement des créances impayées, le président de l’AGEA s’emporte : «De grâce, qu’il arrête d’accuser tel ou untel ! C’est sa faute à lui, c’est lui le premier responsable.

Dois-je rappeler que c’est lui qui a fermé tous les canaux de discussion avec les organisations patronales ?» Face à la gravité de la situation, l’AGEA avait soumis, en avril dernier, 11 propositions de sortie de crise au Premier ministre. «L’ensemble des propositions ont été acceptées par le Premier ministre. Elles visent à sortir les entreprises du secteur du marasme», explique Khelloufi Mouloud. Mais les ministères des Finances et du Travail ne jouent pas le jeu. Pour parer à «l’urgence», le gouvernement avait décidé d’accorder un échéancier pour le paiement des arriérés fiscaux et des cotisations sociales, ainsi que l’annulation des pénalités de retard des projets.

L’AGEA, qui tiendra samedi prochain son Assemblée générale en vue de «sortir avec des solutions constructives», espère, selon son président, que les propositions soumises au Premier ministre seront mises en œuvre dans le but de faire face à la chute de la commande publique.

Dans sa plateforme, l’association patronale réclame plus de liberté dans l’activité de la promotion immobilière en faveur des entreprises souhaitant investir dans le secteur, la création de zones d’activités dédiées à leur métier pour identifier tous les opérateurs dans ce domaine et permettre la création de plus de postes d’emploi, ainsi que des centres de formation spécialisés pour la mise à niveau de ces entreprises. En outre, les entrepreneurs réclament leurs dus auprès des maîtres d’ouvrage afin de pouvoir faire face à leurs engagements financiers et poursuivre la réalisation de leurs projets.

Autre proposition, l’élargissement de la short-list des entreprises de réalisation et l’intégration d’autres sociétés nationales dans la réalisation des projets. L’organisation patronale a aussi réclamé l’accompagnement financier des banques et l’abaissement des taux d’intérêt des crédits bancaires à une fourchette oscillant entre 4 et 5% contre 7 et 8% actuellement.

Hocine Lamriben

 
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