Malgré les promesses, El-Hadjar ne redémarre toujours pas

Un fleuron de l’industrie à l’agonie

Liberté, 20 mars 2017

Le 2 mars dernier, un conseiller d’Abdeslam Bouchouareb, ministre de l’Industrie et des Mines, avait organisé pour le compte du P-DG d’Imetal, Ahmed Yazid Touati, un point de presse pour lequel quelques journalistes ont été triés sur le volet. L’objet de cette rencontre, tenue au siège du groupe industriel sis à Hydra à Alger, avait trait notamment à la remise en service du haut fourneau du complexe sidérurgique d’El-Hadjar. C’était à la veille de la tenue de la tripartite à Annaba en marge de laquelle, le Premier ministre devait assister aux premiers essais à chaud. Sur le site même d’El-Hadjar, cette annonce avait suscité déjà des frayeurs chez les connaisseurs du “chaudron” tant celle-ci relevait du fantasme. Son auteur, Ahmed Yazid Touati, un retraité de l’entreprise publique Batimetal, n’est pas connu pour être un spécialiste en la matière. Il s’en est suivi ce que tout le monde a vu à la télévision : un “meeting politique” du duo Sellal - Sidi-Saïd où il s’agissait de rendre hommage à celui qui a “revivifié El-Hadjar”. En réalité, c’est à un “barbecue” auquel ont été conviés les travailleurs, un simulacre qui a consisté à allumer, sous l’œil des caméras, l’équivalent d’une brame d’acier constituée de copeaux, de rebuts et de déchets métalliques. Il n’était aucunement question de transformer du minerai de fer en acier liquide, principale activité du complexe sidérurgique. Il s’agirait plutôt d’une “mise en scène” pour laquelle des étrangers à l’usine auraient été mobilisés pour scander des slogans à la gloire du “sauveur” d’El-Hadjar. Si on ne compte plus les promesses non tenues d’un véritable redémarrage du haut fourneau, les délais contractuels dans l’exécution des travaux de réhabilitation et de modernisation, soit le revamping de cette installation névralgique par les nombreux intervenants étrangers, n’ont jamais été respectés, par ailleurs. L’italien Ferreti s’est même payé le luxe d’aller à l’arbitrage international pour gagner 20 millions d’euros au détriment d’Imetal suite à la résiliation de son contrat. Bref, dans cette affaire El-Hadjar, il y a à boire et à manger ! Un milliard de dollars aurait été ainsi dépensé en pure perte. En cédant, par ailleurs, “gratuitement” ses actions à l’État algérien, l’indien Mittal savait bien ce qu’il faisait. Depuis, il s’est même refait une santé en se délestant de sa participation dans le complexe d’El-Hadjar puisque le cours de ses actions connaît actuellement une embellie sur les principales places boursières. Ainsi, après s’être engagé à porter la production d’El-Hadjar à 5 millions de tonnes en dix ans, Mittal a préféré plutôt plier bagages, non sans avoir siphonné les compétences algériennes qu’il a envoyées aux quatre coins du monde et écoulé ses demi-produits comme des brames et des billettes d’acier, sorties de ses usines du Luxembourg ou d’Ukraine. Pour rappel, notre pays importe annuellement de 6 à 7 millions de tonnes/an d'acier pour une enveloppe financière de
7 milliards de dollars US.

Mohamed Cherif Lachichi

 
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