Illusions, tragédie et résurrection

Dr Salah-Eddine SIDHOUM

Militant des Droits de l'Homme

Septembre 2000

 

 

La politique est une réflexion sur la manière de servir le peuple.
La «boulitique» est une somme de hurlements et de gesticulations pour se servir du peuple.

Malek Benabi

Il faut de longues années avant que les valeurs s'appuyant sur la vérité et l'authenticité morales s'imposent et l'emportent sur le cynisme politique ; mais à la fin, elles sortent victorieuses, toujours.

Vaclav Havel

Le bilan provisoire de la guerre programmée et imposée à notre Algérie meurtrie est horrible. Plus de 150 000 morts, 300 000 blessés (dont certains handicapés à vie), plus de 6000 «disparus», des dizaines de milliers de torturés et de prisonniers politiques, des dizaines de milliers de veuves et d'orphelins et plus de 500 000 exilés, tel est le résultat de l'acte irresponsable qu'a constitué le coup d'Etat du 11 janvier 1992 et qui se voulait en apparence «sauver l'Algérie et la démocratie du péril vert» mais qui en réalité, permettait de sauver les privilèges d'une oligarchie militaro-financière et de ses satellites menacés par le verdict populaire.

N'étant ni un intellectuel «indigène» assidu des palaces parisiens ni un habitué des salons feutrés de la lumpenbourgeoisie crasseuse et méprisée d'Alger, j'essaierais, avec ma franchise habituelle, loin du patinage et de l'hypocrisie sémantiques et encore moins du langage codé des «érudits » es-politique, d'apporter ma modeste contribution à l'analyse de la tragédie qui continue - après neuf années de guerre, de sang et de larmes - d'endeuiller notre patrie.

Il est clair maintenant et avec le recul, que la politique de terreur imposée pour faire taire les Algériens a abouti à l'effet inverse, à l'immunisation des citoyennes et citoyens dignes contre la PEUR. Et depuis un certain temps, Il nous semble constater une véritable prise de conscience chez beaucoup d'intellectuels et d'hommes politiques, dont certains avaient été trompés au début de la tragédie par la propagande du pouvoir et de ses commissaires politiques. « ..On peut tromper tout le monde un certain temps mais on ne peut tromper tout le monde tout le temps ». Pourvu que cette prise de conscience soit réelle et durable. Elle ne pourra qu'être salutaire pour notre pays et notre peuple. Car la gravité de la situation et la complexité de la crise interpellent la conscience de toutes les potentialités intellectuelles et politiques sincères et honnêtes pour tenter de sauver la patrie grandement menacée dans ses fondements par une politique suicidaire.

Et ce ne seront certainement pas les balles assassines des «GIA », encore moins les insultes et invectives d'une misérable poignée de janissaires de la plume en service commandé et aux abois qui feront taire les algériennes et algériens libres et dignes ou qui arrêteront le cours de l'Histoire. Cette décennie de crimes et de non-châtiments l'aura amplement prouvé.

Il est temps de mettre à plat et sans concessions, certaines vérités, en remontant très loin dans la nature de l'oligarchie et de la genèse de son moyen de gestion de la société : la VIOLENCE POLITIQUE.

Nature et origines de l'oligarchie militaro-financière :

Les manouvres de falsification de l'Histoire de la guerre de libération nationale n'ont pas permis aux algériens de lever complètement le voile sur de nombreuses zones d'ombre de cette période historique. Des bravaches, à la conscience tourmentée ont essayé d'en mystifier une partie et d'en effacer des pans entiers. Cette mystification imposée par les faussaires de l'Histoire n'avait en réalité pour but que de cacher les tares pour ne pas dire les trahisons de ceux qui ont confisqué une indépendance chèrement acquise et conduit le pays vers cette impasse sanglante.

Démystifier et dépoussiérer cette phase assez récente de notre passé est devenue une nécessité. Son interprétation sans complaisance est fondamentale. Le moment semble venu où l'Histoire et la Morale doivent se réconcilier dans notre pays. Et le rôle des intellectuels probes est primordial pour permettre une lecture saine et sereine de cette phase historique avec ses heures de gloire et de fierté mais aussi ses heures sombres.

Avec notre «naïveté » politique habituelle, tentons de répondre à quelques questions, parmi tant d'autres, de cette période de notre Histoire qui taraudent notre esprit rebelle :

  1. Quels intérêts Abane Ramdane  dérangeait-il au point de lui ôter la vie ? Et de quel droit un quarteron de colonels décida-t-il de l'assassiner ? Etait-il vraiment un danger pour l'avenir de la guerre de libération comme le prétendaient certains bravaches de la 25e heure ?
  2. Qui sont les chefaillons qui assassinèrent des centaines de lycéens et d'universitaires ayant rejoint les maquis des wilayas III et IV après la grève de mai 1956 et pourquoi certains milieux voulaient expressément désigner du doigt au lendemain de l'indépendance, le colonel Amirouche dans ces massacres ?
  3. Quel a été le rôle des politiques et des intellectuels dans le déclenchement et le cours de la guerre de libération ?
  4. Quelles sont les raisons réelles qui ont poussé le colonel Mohamed Zaamoum dit Si Salah, valeureux maquisard de la wilaya IV, dont personne ne peut mettre en doute le patriotisme, à tenter de négocier avec le général De Gaulle, la «paix des braves » et pourquoi, là aussi, les mêmes milieux nous ont-ils présenté ce vaillant combattant, au lendemain de l'indépendance comme étant un traître à la patrie ?
  5. Comment expliquer que le nombre de harkis était, à une certaine période (59 - 61), plus important que le nombre de maquisards en armes dans les djebels ? Tous les harkis avaient-ils rejoint l'armée coloniale par «amour » de la France  ? N'y avait-il pas d'autres facteurs qui avaient poussé ces algériens à se jeter dans les bras de la France coloniale ?
  6. Quel a été le rôle réel joué par certains sous-officiers déserteurs de l'armée française dans la guerre de libération et dans l'Algérie indépendante ?
  7. Quel a été le sens de la lutte fratricide entre le FLN et le MNA  à une période cruciale de l'histoire du pays ?

Tenter de répondre à ces questions, même sommairement, c'est comprendre en grande partie les dérives post-indépendance et le drame que nous vivons actuellement.

Il est indéniable que l'odieux et lâche assassinat d'Abane Ramdane fut une grave dérive dans la conduite de la guerre de libération. Les principaux commanditaires de ce crime sont depuis fort longtemps entre les mains du Maître des Cieux. Nous ne pouvons que L'implorer, en tant que croyants, pour qu'Il leur accorde sa Miséricorde. Ils en auront grandement besoin ! Mais nous pouvons dire que l'ignorance et la perfidie ont eu raison ce jour-là de la lucidité et de la clairvoyance politique. Et beaucoup considéreront cette date comme celle de l'entrée en vigueur du banditisme dans les moeurs politiques algériennes. D'autres hommes libres, de l'intérieur et de l'extérieur, seront mystérieusement liquidés. Nous sommes de ceux qui continuent à s'interroger sur les circonstances exactes de la mort des colonels El Haouès, Amirouche et Lotfi et ce, parmi tant d'autres, quand on sait que les deux premiers avaient pris le chemin de la Tunisie pour demander des comptes aux imposteurs des frontières et que le troisième, à savoir Lotfi, homme de culture et brillant officier de l'armée de libération nationale, était le seul gradé de ce rang à avoir mis en application la résolution du CNRA qui exigeait de tous les responsables militaires des frontières de rejoindre avec leurs troupes les maquis de l'intérieur. Et comme par hasard ces trois officiers et leurs hommes seront tués par l'armée coloniale suite à l'interception de leurs itinéraires de route. N'est-ce pas le colonel Lotfi qui disait déjà en 1959 à Ferhat Abbas : « Notre Algérie va échouer entre les mains des colonels, autant dire des analphabètes. J'ai observé chez le plus grand nombre d'entre eux une tendance aux méthodes fascistes. Ils rêvent tous d'être des sultans, au pouvoir absolu. Derrière leurs querelles, j'aperçois un grave danger pour l'Algérie indépendante. Ils n'ont aucune notion de la démocratie, de la liberté, de l'égalité entre les citoyens. Ils conserveront du commandement qu'ils exercent le goût du pouvoir et de l'autoritarisme. Que deviendra l'Algérie entre leurs mains ? Notre peuple est menacé ». Il est clair que les hommes de cette trempe et de cette culture n'avaient pas leur place dans les rangs de l'imposture et de l'intrigue. Ils étaient en ces temps de perfidie - érigée en valeur «révolutionnaire» - condamnés à disparaître.

Et ce banditisme politique aura depuis et malheureusement de beaux jours devant lui.

La campagne de massacres de jeunes lycéens et universitaires ayant rejoint les maquis est une autre tâche noire indélébile de notre guerre de libération. Ferhat Abbas, dans ses mémoires accusait un certain commandant Mahiouz d'avoir été le principal exécutant de cette diabolique manipulation des services spéciaux de Godart et Léger. Etait-il le seul, sur cette étendue wilaya de Kabylie ? D'autres anciens maquisards évoqueront les intrigues de certains chefaillons surnommés les «oulémas des zaouias », membres du commandement de wilaya qui, pris au piège de la manipulation et atteints d'une jalousie maladive et bestiale, voyaient en ces jeunes lycéens et universitaires des rivaux. Quelle est la part de vérité dans tout cela ? Et pourquoi accabler après l'indépendance le colonel Amirouche et tenter de lui faire endosser ces massacres ?

L'honnêteté intellectuelle nous pousse à dire que le rôle des hommes politiques et des intellectuels a été nul tant dans le déclenchement que dans le déroulement de la guerre de libération. Les rares hommes qui avaient une certaine culture politique disparaîtront précocement (Abane, Ben Mhidi..) ou seront emprisonnés (Aït Ahmed, Khider.). Les autres, qui rejoindront quelque temps après le mouvement de libération seront réduits par les seigneurs de la guerre à de simples auxiliaires. Il en sera de même des rares intellectuels qui rejoindront leurs frères de combat. Beaucoup mourront les armes à la main (Amara, Farès, Taleb, Benzerdjeb, Damerdji, Aït Idir..), d'autres comme nous l'avons vu, seront égorgés par leurs propres frères. Quant à la majorité, elle préférera suivre la guerre de loin, soit des.. frontières, pour les opportunistes, soit de .Paris pour les poltrons. C'est cette majorité, postée au carrefour des vents, qui se mettra avec zèle, au lendemain de l'indépendance, au service de l'imposture au pouvoir. C'est, ce que nous avons appelé les trabendistes du savoir. Elle demeurera ainsi, aujourd'hui comme hier, fidèle à sa trahison historique !

Beaucoup et peu à la fois a été dit sur les sous-officiers algériens déserteurs de l'armée coloniale. O combien de faits historiques ont été instrumentalisés ou galvaudés, toujours dans le cadre de la falsification de l'Histoire par les Tartarins des frontières ! La probité intellectuelle et le courage politique interpellent chacun de nous pour rétablir certaines vérités.

Il est indéniable que beaucoup de militaires algériens avaient déserté l'armée coloniale, répondant ainsi à l'appel de leur conscience, conscience qui les interpellait expressément pour rejoindre leurs frères des maquis afin de participer à la libération de leur patrie. Ils feront leur devoir national dans l'humilité et la grandeur d'âme. Beaucoup mourront au champ d'honneur. Les rares survivants, se retireront sur la pointe des pieds, au lendemain de l'indépendance, estimant avoir accompli humblement leur devoir et rien que leur devoir. La preuve de leur humilité est que beaucoup d'algériens ne connaîtront jamais leurs noms.

Il existe par contre une deuxième catégorie de «déserteurs » - une minorité - ceux qui n'ont pas répondu à l'appel de leur conscience mais aux consignes du 2e bureau et de Pierre Messmer. L'Histoire, implacable, malgré toutes les vaines tentatives de brouillage, retrouvera leurs traces lors des massacres de maquisards au lendemain de l'indépendance (2000 morts à Constantine, Ksar Boukhari, El Asnam, Sour El Ghozlane....), lors de la tentative de coup d'Etat de Zbiri contre le régime du colonel Boukharouba en décembre 1967 ( offensive contre les putschistes qui a fait près de 1000 morts à El Affroun), lors du massacre d'enfants d'octobre 1988 (600 morts) et lors de la guerre contre une partie du peuple algérien à partir du 11 janvier 1992 (plus de 150 000 morts).

La lutte fratricide entre le FLN et le MNA a illustré de manière tragique la conception violente de la politique au sein du mouvement national : à cette époque déjà, les divergences politiques ne se réglaient pas pacifiquement et de manière démocratique mais par l'éradication de l'autre. A côté de cette violence physique, existait aussi une autre forme de violence, symbolique celle-là, qui servait de moyen d'élimination politique et le cas de Messali Hadj l'illustre parfaitement. Ce père du mouvement national, quelque soient ses erreurs politiques et ses dérives autoritaires, ne méritait pas l'infamant titre de traître. Et nous voyons comme l'historiographie de l'époque, tout comme aujourd'hui, pouvait transformer un nationaliste en un renégat.

Nul n'ignore le rôle joué par ce que nous avons appelé les «imposteurs d"Oujda et de Ghardimaou » durant les dernières années de la guerre de libération nationale.

Alors que les maquisards de l'armée de libération nationale se faisaient griller au napalm, étaient écrasés par le rouleau compresseur des opérations «Jumelles », «Pierres précieuses », «Courroie » et autres, et étaient asphyxiés par les redoutables barrages électrifiés frontaliers dits «Morice » et «Challe », une poignée d'aventuriers qui n'avait pas tiré une seule cartouche contre l'armée coloniale, se taillait dans les camps frontaliers d'Oujda et de Ghardimaou une véritable armée sur mesure, évaluée à la veille de l'indépendance à près de 40 000 hommes et plus connue sous le nom de «l'armée des frontières ».

Et l'acte désespéré du colonel Si Salah, patriote et maquisard de la première heure, de négocier avec le général De Gaulle s'expliquait aisément par l'état d'isolement des maquisards, démoralisés non pas par les coups de boutoir de l'armée coloniale auxquels ils résistaient vaillamment et avec peu de moyens, mais surtout par les intrigues et l'impuissance de ceux qui étaient sensés les ravitailler de l'extérieur, plus préoccupés par le grenouillage politicien et la préparation de la prise du pouvoir que par le sort de leurs frères pourchassés dans les maquis.

Et ce sont les intrigues criminelles de ces chefaillons de l'extérieur et l'injustice de certains autres de l'intérieur qui pousseront beaucoup de nos concitoyens dans les bras de l'armée coloniale, pour constituer les cohortes de harkis et de comités d'autodéfense. Cette constatation n'est pas seulement la nôtre mais celle de ceux qui ont déclenché la guerre de libération nationale (nous disons bien ceux qui ont déclenché la guerre et non pas les faussaires de l'Histoire). Nous nous attarderons pas sur ceux qui avaient choisi leur camp d'emblée, en tant que caïds, bachaghas, harkis ou goumiers. Ceux-là, le tribunal de l'Histoire les a depuis longtemps sévèrement jugés et condamnés.

Ce sont ces mêmes aventuriers qui tenteront de saborder les accords d'Evian qui mettaient fin aux souffrances du Peuple algérien et ouvraient les portes de l'Indépendance, en votant contre ces accords lors de la réunion du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA).

La confiscation de l'indépendance

Ce sont ces mêmes individus sans scrupules qui confisqueront l'indépendance en lançant «l'armée des frontières » contre les maquisards survivants de la guerre de libération, durant l'été 62 et provoqueront les premiers affrontements fratricides qu'aura connue l'Algérie indépendante (2000 morts). C'était le premier coup d'Etat contre le gouvernement provisoire de la République algérienne. Il serait honnête de signaler que ce coup de force gravissime contre la souveraineté populaire naissante n'aurait peut-être pas réussi sans la complicité d'hommes politiques comme Ben Bella, Khider, Ferhat Abbas et autres qui ont servi, consciemment ou inconsciemment, de couverture politique à ces aventuriers.

Le nouveau coup de force du 19 juin 1965 n'aura été en réalité qu'un complément du coup d'Etat de l'été 62. Il permettait de balayer définitivement toutes les potiches politiques et montrait ainsi le vrai visage et la véritable nature du régime en place. Le colonel Boukharouba et son diwan très restreint du conseil dit «de la Révolution » deviendront les tuteurs de ce peuple considéré comme mineur et immature, un peuple pourtant sorti victorieux d'une des guerres de décolonisation des plus implacables. Et c'est ainsi au nom de la «légitimité historique » et des «martyrs » que les citoyens devront se taire. Les récalcitrants au silence seront - toujours au nom de la «révolution » et des «martyrs » - privés de leurs libertés, torturés et/ou assassinés par la tristement célèbre police politique, plus connue sous le nom de Sécurité militaire. Et c'est au nom de l'Islam qu'on nous fera admettre le fumeux socialisme spécifique et les avatars de la révolution agraire. Islam et nationalisme se transformeront en instruments de légitimation d'un pouvoir acquis par les armes.

Ce diwan restreint de colonels décidera de l'avenir politique et économique de la Nation. Ce que les citoyennes et citoyens lucides voyaient déjà comme une dérive qui se dessinait lentement mais sûrement à cette époque «d'euphorie révolutionnaire », était considérée par la faune d'opportunistes et d'aventuriers qui s'étaient accaparés des commandes du pouvoir comme étant la «grandiose Révolution socialiste triomphante ». Et ceux qui osaient dénoncer cette aventure qui mettait tout un peuple sur la touche et les fondements de la Nation en danger, étaient taxés de «réactionnaires » et de «contre-révolutionnaires ». On importait de la quincaillerie et de la ferraille clés en main et on nous parlait de «révolution industrielle ». On assassinait l'agriculture et on nous parlait de «révolution agraire ». On démobilisait les travailleurs et on nous parlait de «masses laborieuses ». Des centaines d'unités de production, minées par la gabegie et la désillusion des ouvriers, plongeaient dans les abysses de la faillite et voilà que des membres du diwan distribuaient des «bénéfices » aux travailleurs sous les caméras de l'organe télévisuel de propagande ! C'était «l'Algérie des miracles » et «l'âge d'or» de l'imposture. Les zélés et autres thuriféraires jouisseurs du système parlaient alors d'«acquis de la révolution ». Et trente années plus tard, les «miracles » de l'Algérie socialiste s'avéreront être des mirages. C'était le temps de la fausse fierté dans l'irresponsabilité.

Grâce à la distribution généreuse et à la dilapidation de la rente pétrolière, on faisait croire aux autochtones et au monde que l'Algérie se développait et avançait. On construisait certes, usines, écoles et routes mais on détruisait en même temps l'homme, le citoyen. Et c'est dans cette incommensurable incurie que commencèrent à s'amasser les premières fortunes, dès la fin des années 60, grâce aux détournements des deniers publics. Et dire que plus de 30 ans plus tard, certains de ces individus sans scrupules qui avaient inauguré la corruption d'Etat et ses détournements à grande échelle reviendront, profitant de la guerre imposée à leur propre peuple pour se faire «élire » à la chambre d'enregistrement et pour faire recycler leur argent sale dans les douteuses sociétés d'import-import de l'économie de Souk de l'oligarchie.

Tout observateur politique honnête se rendra compte quelques années après la libération du pays, que les mêmes pratiques et moeurs politiques coloniales avaient été reconduites par ceux qui se sont accaparés du pouvoir. Nous pouvons dire et sans hésiter que l'indépendance chèrement acquise et tant attendue par un peuple assoiffé de liberté et de justice s'était transformée malheureusement en une simple algérianisation de la politique coloniale de la part des gouvernants autochtones. Il n'y a pas eu de libération autre que territoriale car il n'y a jamais eu de rupture réelle avec le modèle imposé par la colonisation. Pour paraphraser et de manière provocatrice, Clausewitz, nous dirons tout simplement que l'indépendance a été la continuation de la colonisation par les mêmes moyens et des hommes différents.

Et c'est ainsi qu'a commencé à s'organiser et à se structurer ce qu'on appelle aujourd'hui l'oligarchie militaro-financière. Aventuriers des frontières, bravaches du 19 mars 1962, anciens collaborateurs de la France coloniale «repentis », opportunistes de tous bords, mais aussi et malheureusement certains chefaillons de maquis (qui avaient bradé honneur et dignité pour un bar, une licence dite d'importation ou une poignée de dinars) se donnaient la main, pour se partager l'Algérie indépendante, considérée comme un butin de guerre. C'est cette minorité de l'avoir et du pouvoir qui prenait en otage toute une nation. Elle sera rejointe par la suite par beaucoup de trabendistes du savoir.

Trente années d'imposture totalitaire et de triomphalisme béat avec son cortège d'injustices, de corruption et de crimes politiques nous mèneront tout droit vers la déflagration du 5 octobre 1988, une machination criminelle concoctée par l'un des clans de l'oligarchie avec le «soutien critique» de reliques staliniennes et qui explosera entre les mains de ses intrigants. Six cent enfants et adolescents payeront de leur vie cette ignoble intrigue du sérail.

La supercherie démocratique qui s'en suivra mettra à nu les ravages de trois décennies de pouvoir totalitaire sur la société. Une société rongée par la gabegie, la corruption et l'opportunisme. Les valeurs morales qui avaient fait la force et la grandeur de notre société durant la nuit coloniale s'étaient évaporées. Toutes les strates sociales étaient atteintes par cette gangrène. Du planton au professeur d'université, tous étaient atteints par le syndrome de la «kfaza dans le rokhss ». Que restait--il de la morale et de l'éthique quand un professeur de médecine se prosternait au début des années 90, devant un proxénète de son douar, faisant fonction de directeur central à la Présidence de la République pour lui faire obtenir la chefferie de service et faisait exiler par l'intrigue toutes les compétences qui risquaient de lui faire de l'ombre ? Et en tant qu'enseignants universitaires, nous connaissons tous, les moyens peu élogieux utilisés par ceux qui se faisaient parachuter aux hautes fonctions des différents départements de notre malheureuse université. La décence et la morale ne nous permettent pas de les décrire. «Pour grimper dans leur carrière professionnelle, ils descendaient l'échelle des valeurs humaines » dira un romancier algérien de cette faune d'alphabètes.

A coté de cette décomposition sociale, la supercherie démocratique du 5 octobre levait aussi le voile sur une autre tare : l'absence de classes politique et intellectuelle au sens noble du terme. Tout n'était que gesticulations et tromperies. Trente années d'étouffement de l'activité intellectuelle et de dévalorisation de l'action politique, avaient amplement porté leurs fruits. Une grande partie des compétences intellectuelles dignes avait pris durant les années 70 et 80, le chemin de l'exil pour faire le bonheur de beaucoup d'institutions et d'universités occidentales. Celles qui resteront contre vents et marées au pays seront réduites, devant la lâcheté et l'obséquiosité ambiantes érigées en vertus «intellectuelles», à obstruer leurs coronaires ou à ronger leurs ulcères. L'ignorance fardée de science devenait maîtresse des lieux, investissant nos universités et nos institutions. Cette médiocrité intellectuelle et cette indigence politique ainsi programmées et soigneusement cultivées permettaient à l'oligarchie de contrôler aisément tous les secteurs vitaux du pays et de se pérenniser ainsi en toute quiétude. Point de réflexion et donc de contestation !

Des débats «politiques » et «intellectuels » qui foisonneront après les événements du 5 octobre 88, deux sujets reviendront souvent : le rôle du «parti  unique» et de l'armée dans la gestion chaotique du pays.

Soyons sérieux et honnêtes et ayant le courage politique d'aller au fond des choses, en brisant certains faux tabous.

Nous savons tous que la mission originelle du FLN - la libération du pays du joug colonial - avait pris fin le 3 juillet 1962 à minuit. Encore une fois ce sont ceux qui ont créé ce glorieux front qui l'ont dit et répété et non pas ceux qui se sont érigés en faussaires de l'Histoire.

Que certains militants politiques sincères aient voulu que ce front libérateur se transforme après l'indépendance, en un parti pour la reconstruction du pays, nous le comprenons et le respectons, même si des réserves peuvent être émises. Mais de là à abuser de ce glorieux sigle appartenant à la mémoire nationale pour en faire un alibi et une couverture politique par et pour des aventuriers, cela ne peut être interprété par les citoyennes et citoyens dignes que comme une trahison de la mémoire des martyrs et une atteinte à l'honneur de la Nation. Nous savons tous comment le FLN sera transformé par la faune d'aventuriers et d'arrivistes en une véritable mangeoire où beaucoup trouveront leur compte. Ces derniers feront partie de ce qui deviendra rapidement la lumpenbourgeoisie crasseuse de l'Algérie des «miracles » qui papillonnera autour de l'oligarchie. Quant aux modestes et naïfs militants qui s'accrochaient encore à ces trois glorieuses lettres, et qui croyaient apporter leur contribution au développement du pays nouvellement indépendant, on s'ingéniera à développer et à aiguiser chez eux le réflexe pavlovien de la claque ! Il est clair que cet appareil n'avait aucun pouvoir et ne servait que de devanture politique et surtout de moyen de contrôle administratif à ceux qui dirigeaient réellement le pays. Et nous savons aussi, tous, par quels «complots scientifiques » (sic) seront évacuées les rares personnalités qui voulaient transformer ce parti-râtelier en un véritable parti politique au début des années 90 et le débarrasser des miasmes de l'opportunisme et de l'aventure !

Et nous nous interrogeons avec le recul et après tout le tapage fait au lendemain du massacre du 5 octobre, lorsque le FLN fut désigné à la vindicte populaire par certains milieux «politiques » et surtout «intellectuels » et l'amalgame sciemment réalisé entre le prestigieux front de la libération et celui peu glorieux de la liquidation post-indépendance, si tout cela n'entrait pas dans la stratégie de destruction des symboles et des valeurs nationales que symbolisait le FLN originel, celui appartenant à la mémoire collective de la Nation algérienne ? La vengeance des lâches sur l'Histoire.

Il en sera de même de l'institution militaire. Combien de fois n'avons-nous pas entendu dire que c'était l'armée qui dirigeait le pays ! Là aussi un dangereux amalgame est savamment entretenu pour faire accroire à cette version. Autre imposture !

Tout comme durant la guerre de libération où un groupe d'aventuriers militaires avait pris en otage des milliers de citoyens réfugiés au Maroc et en Tunisie pour mettre sur pied l'armée des frontières et en faire un instrument de prise du pouvoir en 1962, il en sera de même, par la suite et au lendemain de l'indépendance. Ce même groupe élargi à certains véreux de l'avoir - qui avaient prospéré à l'ombre du socialisme spécifique et de ses réseaux de la corruption - prendra l'institution militaire en otage par le biais de l'omnipotente police politique (SM), véritable colonne vertébrale du système, pour en faire un moyen de contrôle et de préservation du pouvoir.

Donc ni l'appareil administratif du FLN, faussement érigé en «parti unique », ni l'armée au sens d'institution n'avaient le pouvoir. Encore une fois, FLN et Armée ne furent que des alibis !

A toute chose malheur est bon ! La tragédie que nous continuons de vivre a permis de mettre à découvert les véritables détenteurs du pouvoir et leurs desseins.

Le pouvoir réel a été et est toujours aux mains d'une CASTE UNIQUE : l'oligarchie militaro-financière, amalgame d'une poignée d'officiers supérieurs et d'une faune d'affairistes véreux, qui sont physiquement en Algérie (plus souvent au port d'Alger, d'Annaba et d'Oran) mais dont l'esprit et le cour sont à Paris, à Monaco ou au Liechtenstein !

Les sanglants événements qui ont suivi le coup d'Etat de janvier 92 ont montré qu'il n 'était pas question pour cette caste de se plier à la volonté et à la souveraineté populaire, que la «démocratie » décrétée en 1988 n'était que supercherie et qu'on ne pouvait toucher aux fondements du système militaro-financier en place et de l'exercice du pouvoir. Après tant d'années de tromperie et de désinformation, tout le monde s'accorde maintenant à dire que la victoire du FIS ne fut qu'un alibi (encore un autre) dans l'arrêt du processus d'autodétermination des algériens. Tout autre courant politique légitimé par la volonté populaire à travers le suffrage universel aurait subi le même sort.

Il était clair que l'oligarchie ne pouvait admettre l'établissement d'un pouvoir issu de la volonté populaire et qui mettrait inéluctablement ses privilèges en danger. Tout ce qu'elle voulait était un décor démocratique avec des institutions et des hommes politiques factices. Une sorte d'adaptation artificielle aux changements mondiaux et ce, par un simple changement d'oripeaux. C'est ce que notre compatriote universitaire, Amina Kadi appellera la «démocratie sélective et conditionnelle ». Elle l'obtiendra par la loi de la force, la mascarade électorale et à un prix humain exorbitant, avec malheureusement la complicité d'une grande partie des classes dites «intellectuelle » et «politique ».

Ce qui se produira après l'acte irresponsable du 11 janvier 1992 dépassera tout entendement. Il est maintenant certain que durant la récréation pseudo-démocratique (88 - 91), les officines avaient déjà concocté leur plan de guerre contre ceux qui auraient l'impudence de remettre en cause leur illégitimité par la voie des urnes. C'est ce que les putschistes appelleront pompeusement et toute honte bue, le «le plan d'action global ». Un plan de très «haut niveau » selon eux (le «haut niveau » étant la clause sémantique que le lecteur devinera aisément et sans plus) et qui aura coûté plus de 150 000 morts.

Terreur et manipulations, mamelles de la guerre

Dans un premier temps et selon le «plan global d'action » l'oligarchie s'appuiera sur la terreur et la manipulation.

La terreur se caractérisera par des déportations de citoyens dans les camps de l'extrême-Sud, des arrestations massives, la torture à grande échelle, les tribunaux d'exception et leurs procès iniques, les exécutions sommaires, les kidnappings suivis de «disparitions ». La «peur devait changer de camp » pour reprendre la tristement célèbre devise d'un vieil affidé du régime.

"Il faut frapper de terreur les indigènes", proclamait au début de la nuit coloniale le gouverneur général Tirman. Un siècle plus tard, c'est la même proclamation que reprendront ceux qui déclaraient la guerre à une partie de leur peuple.

L'engrenage bien orchestré de la violence et de la contre-violence allait plonger l'Algérie dans les abysses de l'horreur. Il fallait, aux yeux des stratèges de l'imposture que les «autochtones » et l'opinion publique internationale comprennent une fois pour toutes qu'il n'y avait de solution ni de salut en dehors de l'oligarchie. Et pour cela tous les moyens étaient bons. La fin justifiait les moyens.

La haine d'un système véreux et honni, engrangée durant trois décennies d'injustice, de corruption et de déliquescence des valeurs morales, se libérera au grand jour. Aux têtes coupées par les islamistes  se mêlaient les têtes tranchées par les escadrons de la mort et les visiteurs cagoulés de l'aube. Les cadavres mutilés de dizaines de citoyens cueillis lors de ratissages et d'actions punitives de part et d'autre, joncheront les rues de Kouba, Frais-Vallon, Blida, Boufarik, Lakhdaria, Médéa, Berrouaghia, Mostaghanem, Laghouat, Ténès...

Il est indéniable que devant cette féroce et aveugle répression, les jeunes n'avaient d'autre issue que de répondre par une contre-violence de légitime défense d'autant plus que les décennies d'injustices, de marginalisation et de frustrations, offraient un terreau idéal à une telle action, voire explosion. Ils avaient le choix entre l'arrestation arbitraire et ses conséquences (torture, déportation, prison ou exécution sommaire) et les maquis. Et contrairement à la propagande du pouvoir et de ses affidés, les islamistes n'étaient nullement préparés à la lutte armée. Et cette thèse est corroborée par la facilité déconcertante d'infiltration et de manipulation de leurs maquis par les officines spéciales. Quelques rares observateurs avertis de la «boulitique » algérienne n'hésiteront pas de se poser la question brûlante et pertinente, qui est celle de savoir si cette répression aveugle et sauvage n'était pas savamment préméditée par les stratèges du chaos pour jeter dans les maquis et pousser à l'irréparable cette jeunesse sans présent ni avenir, afin de pouvoir ensuite la manipuler et ainsi neutraliser la société ? La question reste posée. Nous y reviendrons.

Il est certain que ces jeunes ont tué tout ce qui représentait ou symbolisait de près ou de loin le régime corrompu, non seulement ceux qui portaient des uniformes et des armes mais aussi ceux qui, par leur engagement politique s'étaient, par peur ou par calcul, rangés de son côté. Violence et contre-violence ont rapidement et allègrement franchi le seuil de l'intolérable. Des familles de militaires, de policiers ou de miliciens seront exterminées en représailles au massacre de familles d'islamistes ayant rejoint les maquis. Des cités d'habitations de policiers et militaires seront détruites à la voiture piégée en réponse au dynamitage des habitations de familles de maquisards. Et comme dans tout conflit interne, la part des règlements de compte ne sera pas négligeable. Les souvenirs encore frais de la guerre de libération nationale sont là pour nous le rappeler.

Mais cette terrible contre-violence de légitime défense d'une jeunesse se réclamant du mouvement islamique et ses excès n'expliquent pas toutes les dérives et tous les actes barbares perpétrés.

Et c'est là que la manipulation à grande échelle prendra toute son ampleur. Une manipulation à visages multiples (macabre, médiatique, diplomatique..) qui marquera de son sceau cette guerre cachée assez spéciale. Et pour reprendre un journaliste, «le drame algérien relèvera d'une manipulation qui dépassera la fiction». 

Le moment est venu de dire clairement que si certains, par ignorance ont commis des crimes impardonnables au nom de l'Islam, d'autres, dans le cadre de la manipulation ont commis d'horribles horreurs sous le masque de l'Islam.

En effet, à côté des maquis islamiques authentiques ou infiltrés, proliféreront de faux maquis tenus par de faux «barbus », des «chargés de missions » dont le rôle assigné par les officines était de démontrer à l'opinion publique nationale et internationale, le «caractère criminel et sanguinaire » du mouvement islamique. Les témoignages de citoyens de Berrouaghia, Médéa, Lakhdaria, Tablat, Relizane.et de déserteurs réfugiés en Europe commencent à confirmer au fil du temps les faits. Le but politique recherché par les putschistes était clair et il sera largement atteint. Qu'il s'agisse de maquisards infiltrés ou de faux maquisards, leurs horribles et odieux actes criminels auront grandement choqué l'opinion, tant nationale qu'internationale.

Et là, nous devons insister grandement sur la faiblesse criarde du mouvement politique islamique dans le domaine de la communication, plus particulièrement au début de la guerre, qui n'a pas su faire face à cette opération de désinformation et de manipulation médiatique qui lui faisait endosser tous les actes barbares sans exception.

Arrêtons-nous un instant sur certains actes criminels perpétrés par les tristement «groupes islamiques armés » - les «GIA» - que nous préférons appeler les «groupes infiltrés armés » et que d'autres ont appelé, à juste titre, les «groupes d'intérêts armés ». Il serait indécent et immoral pour nous d'accepter le qualificatif d'«islamique » à de tels groupes dont les actes n'ont rien à voir ni avec le mouvement politique islamique ni avec l'Islam. Toujours avec notre «naïveté » habituelle, interrogeons-nous sur certains de leurs actes.

Comment peut-on prétendre théoriquement vouloir instaurer un «Etat islamique » et aller pratiquement à l'encontre des principes fondamentaux de l'Islam en kidnappant des centaines de filles pour les violer ? Et que vient faire ce concept de «mariage de jouissance » introduit sciemment à une certaine période de la guerre dans certains «maquis », alors qu'il est totalement étranger à l'Islam sunnite ? Nous rappellerons seulement pour mémoire que ces viols furent orchestrés sous forme d'une véritable campagne qui terrorisera des milliers de familles et qui durera plusieurs mois avant de s'arrêter «spontanément ». Et nous savons ce que le terme «spontané » signifie dans notre pays ! Le relais sera pris par la suite par la diplomatie parallèle et les commandos médiatiques pour dénoncer la «barbarie islamiste ». Et nous sommes en droit aujourd'hui de connaître l'identité de ces criminels et autres voyous qui ont souillé au nom ou sous le masque de l'ISLAM, l'honneur de centaines de nos honorables concitoyennes et d'exiger qu'ils soient punis. Car de tels actes constituent en regard autant de la religion que du droit, un crime contre l'humanité.

Autre exemple. Nous avons tous en mémoire le tapage médiatique mené durant les premières années de la guerre suite à l'assassinat d'une jeune lycéenne de Meftah (Blida) par de prétendus «islamistes » pour avoir «refusé de porter le hidjab ». C'est la propre amie de la victime qui confondra les commandos médiatiques de l'oligarchie lors d'un meeting à Paris en déclarant devant des centaines de participants stupéfaits que son amie avait été tuée par son petit copain par «dépit amoureux » et que cela n'avait rien à voir avec les islamistes.

Nous sommes en droit là aussi, en tant que citoyens libres de nous interroger, comme le font aujourd'hui de très nombreuses familles de victimes, sur certains assassinats «médiatiques » et ils sont très nombreux. La mort de nombreux hommes politiques, universitaires, journalistes, officiers, policiers, magistrats et artistes pour ne citer que ces catégories (et elles ne sont pas les seules) continue de susciter de nombreuses interrogations. Nous sommes en droit d'exiger toute la vérité sur leurs auteurs et leurs commanditaires. Les étiquettes du «GIA» sont, après 9 années d'utilisation, périmées et ne collent plus.

L'autre tâche noire de cette guerre qui perdure est représentée par les massacres. Nous savons tous que les premiers massacres perpétrés par les «GIA » remontent à l'automne de l'année 94, à une période ou l'un des clans de l'oligarchie tentait de négocier avec les principaux chefs du FIS, un éventuel et illusoire partage du pouvoir. Ils cibleront dans un premier temps et à petite échelle, les familles de jeunes citoyens ayant rejoint les maquis. Ils toucheront plus particulièrement la région de la Mitidja. Nous avons tous en mémoire le massacre perpétré contre la famille d'un maquisard islamique de Birtouta, dont les deux soeurs seront égorgées après d'horribles sévices et le tapage médiatique assourdissant mené de part et d'autre de la Méditerranée. Qui étaient ces criminels qui avaient détruit toute une famille en cette nuit d'automne et que les janissaires de la plume nous avaient présenté comme étant des «intégristes du GIA » en omettant de nous dire que le frère des malheureuses victimes était un jeune citoyen qui avait rejoint les maquis ?

Puis les massacres prendront des proportions dramatiques, en passant de la tuerie de familles à l'anéantissement de quartiers et de villages entiers (Raïs, Bentalha, Béni-Messous, Meftah, Relizane, Mascara..)

Nous savons là encore que les plus grands massacres furent perpétrés à une période où des tractations avaient eu lieu entre l'un des clans de l'oligarchie et un groupe armé opérant dans la région de Djidjel, d'une part et entre la présidence et certains chefs du FIS emprisonnés d'autre part. Chaque clan négociait ou plutôt manouvrait à sa manière. Il s'agissait d'une véritable course de vitesse interclanique. Faudrait-il aussi rappeler que ces odieux massacres touchaient avec prédilection les quartiers et les villages connus pour leurs sympathies islamiques.

Comment prétendre vouloir combattre l'injustice du régime et instaurer un «Etat islamique » et dans le même temps, massacrer des citoyens appartenant aux couches les plus pauvres et les plus touchées par le règne de l'injustice et de la hogra qu'on était sensé combattre ? Plus grave encore, ces tueurs s'en prenaient aux femmes, enfants et vieillards. Qui était ce troisième larron qui voulait nous faire croire que tantôt, c'était les «islamistes » qui massacraient et tantôt l'armée ? Et c'est là que le fameux «qui tue qui» se pose avec acuité et prend toute son ampleur, n'en déplaise aux manipulateurs faussement effarouchés d'Alger et aux deux philosophes de l'imposture outre-Méditerranée. Au fait, que sont devenus les sinistres groupes armés aux visages hideux et à l'appellation blasphématoire «elghadhiboune aâla Allah » ? Ils se sont certainement évanouis «spontanément » dans les maquis !

Les pseudo-«émirs »  et autres «chefs » de ces groupes dits «islamiques » étaient-ils atteints de crétinisme congénital au point de massacrer ceux qui les soutenaient à bras le corps et qui leur assuraient la logistique dans les maquis ? Avouons honnêtement qu'il nous est difficile de comprendre la logique de ces tueries. Et devant autant de faits déconcertants se posent tout autant d'interrogations lancinantes.

Il n'est pas question pour nous, enfin de taire certains massacres perpétrés par des groupuscules armés autoproclamés islamiques tels que Hidjra oua tekfir qui avaient, de par leur ignorance criarde, tant politique que théologique, excommunié toute la Nation. Tout comme il serait honnête de dire aussi que ces «alliés objectifs » auront été fortement encouragés, pour ne pas dire entretenus, dans leurs ouvres maléfiques par ceux qui avaient fait de la guerre, un fond de commerce lucratif.

Les principaux vecteurs de la manipulation médiatico-diplomatique

La manipulation médiatique et diplomatique ira de pair avec la manipulation macabre et avec une synchronisation plus que douteuse. Deux vecteurs y joueront un rôle prépondérant : une poignée de janissaires de la plume et une pseudo-société civile préfabriquée dans les officines et qui s'autoproclamera représentante de la société algérienne avec la bénédiction du diwan Etalihine (à ne pas confondre avec Essalihine).

Il serait utile de clarifier les faits concernant ces deux vecteurs de la désinformation.

Il est certain qu'une poignée de plumitifs d'une certaine presse que nous refusons de qualifier de journalistes (le métier de journaliste étant assez noble pour l'abaisser aux caniveaux où ces individus, sans morale ni éthique trempent leurs plumes) auront joué un rôle important dans la suppuration des plaies et la culture des haines et des rancours. Les titres de la discorde se compteront, heureusement et à peine sur les doigts d'une seule main mais leurs agissements et dégâts, devant le vide sidéral tant intellectuel que politique et la lâcheté ambiante, seront énormes. Acoquinés aux divers clans du pouvoir dit occulte et agissant le plus souvent en service commandé, ils s'érigeront en politiciens, donneurs de leçons, leçons le plus souvent dictées par leurs maîtres des officines. Il est vrai que l'absence de véritable classe politique a permis tant de dérives à tel point que n'importe qui se substituait à n'importe quoi. De l'insulte à la grossière manipulation en passant par de véritables appels au meurtre et à la délation, tout était permis et en toute impunité dans le cadre de leur conception du «devoir d"informer» dans sa version manichéenne à l'algérienne. Il faut avoir l'honnêteté de dire que les moyens utilisés pour enfoncer le clou de la désinformation ont revêtu un caractère redoutable. Ces plumitifs nous ont fourni, pour reprendre une journaliste le «modèle le plus achevé de désinformation », modèle qui devrait être enseigné dans les hautes écoles des sciences de la Communication. Nous sommes loin de la devise universelle si chère aux journalistes dignes : « Le respect des faits et le respect de l'autre ». Services spéciaux et organes de «presse » douteux se donneront la main pour servir une présentation irrationnelle, tronquée et truquée de la tragédie algérienne. Et ces titres prospéreront allègrement à l'ombre de la guerre, l'amoncellement des cadavres leur servira de vigoureux stimulant. L'ouvrage de notre compatriote El Hadi Chalabi, est assez éloquent et explicite sur cette presse de conditionnement pavlovien et sur son terrorisme intellectuel. La virulence des insultes et autres insanités de cette même «presse » et de certains «chargés de mission » réactivés pour la cause suite à la parution de cet ouvrage, ne sont d'ailleurs qu'à la mesure des vérités amères assénées par cet intellectuel probe.

Le deuxième vecteur de la désinformation sera constitué par la «société civile ». Une faune d'alphabètes de service, de cas sociaux et de pantins politiques sur lesquels le peuple ne s'était jamais trompé à travers les très rares consultations électorales libres, qui sera érigée par décret du diwan Etalihine en représentante exclusive de la société. Constituée plus particulièrement de la minorité élitiste francophile (que nous ne confondons nullement avec les francophones), maîtrisant parfaitement l'histoire de ses maîtres Outre-Méditerranée mais ignorant somptueusement celle de ses ancêtres, elle jouera à la fois le rôle de commissaire politique, de commando médiatique et de diplomate parallèle et sillonnera l'Europe et plus particulièrement la France pour vomir des contre-vérités sur la tragédie que vivait la Nation algérienne meurtrie. La France officielle et les réseaux du lobby néo-colonial y prêteront main forte dans cette ouvre d'insalubrité politico-médiatique. Plateaux de télévision et salles de meetings lui seront grandement ouverts à Paris dans cette présentation honteusement simplificatrice du drame algérien, comme nous le verrons par la suite.

Presse aux ordres et «société civile » s'uniront pour jeter l'anathème sur tout ce qui ne s'inscrivait pas en droite ligne avec la «pensée dominante », la leur ou plutôt celle de leurs Maîtres. Que d'hommes politiques (Aït Ahmed, Mehri, Ali Yahia, Benyelles, Taleb.) et de personnalités intellectuelles (S. Ghezali, Harbi, Addi, Zehouane, Khelili, Chalabi, Sellam.) subiront leurs foudres et leurs insultes.

Intellectuels et Politiques : tares, lâchetés et trahisons.

Tout comme durant la guerre de libération nationale, les intellectuels mettront encore une fois en exergue leur trahison historique. En dehors de quelques individualités dignes à l'intérieur du pays ou vivant en Europe qui prendront courageusement position en faveur d'un règlement politique de la crise et dénonceront les atteintes à la dignité humaine, beaucoup verseront dans l'ignominie en cautionnant l'arrêt du processus d'autodétermination et participeront honteusement au discours propagandiste de l'oligarchie pour faire perdre la raison au peuple et tromper l'opinion internationale.

L'histoire nous a toujours enseigné que le rôle de l'intellectuel, producteur d'idées, est d'être à la fois à l'écoute de la société et à la pointe de ses revendications, tout comme elle nous a enseigné aussi que l'intellectuel qui faisait de la politique (au sens noble du terme) gênait les régimes despotiques et totalitaires. L'histoire relativement récente des «démocraties populaires » nous en a apporté les preuves. La résistance d'intellectuels probes (Havel, Geremek, Mazowiecki, Antall, Kundera .) en Europe de l'Est contre le totalitarisme communiste ne semble pas avoir retenu l'attention de beaucoup de nos alphabètes, plus préocuppés par la promotion sociale bassement acquise que par les nobles idéaux de liberté, de dignité humaine et de participation à la chose publique. L'engagement des intellectuels tchèques, polonais et hongrois auprès de leur peuple, leur refus de toute compromission honteuse visant à les intégrer dans un système corrupteur et leurs sacrifices ont permis non seulement l'accélération de l'effondrement du totalitarisme communiste mais aussi de mener leurs sociétés vers les rivages de la transition démocratique calme et sereine, loin des soubresauts sanglants que nous connaissons. Le goulag, la prison et les «hôpitaux » psychiatriques communistes n'ont nullement été des obstacles dans leur noble combat.

Cette stérilité, résultat de près de quatre décennies d'étouffement certes de la pratique intellectuelle par le pouvoir en place mais aussi et surtout de honteuses compromissions (est-ce une tare congénitale de l'intellectuel algérien ?) a privé tout un peuple de cette lumière nécessaire pour éclairer sa longue route ténébreuse en ces moments difficiles. Et le résultat affligeant de cette compromission entre un pouvoir porteur d'idées mortes et d'une «élite » porteuse d'idées mortelles, pour reprendre un penseur algérien, est là devant nos yeux, se passant de tout commentaire. Dramatique Algérie !

Il en est de même de la «classe » dite politique. De par leur faiblesse, les partis politiques ayant un certain ancrage populaire seront facilement minés avant d'être laminés par la force et l'intrigue. Le FIS réduit par la force, le FLN et Nahda ramenés au bercail par des «complots scientifiques », le FFS déstabilisé et affaibli, il ne restera sur la scène que les «partis» ornementaux concoctés dans les laboratoires, sans autonomie aucune. Qu'il s'agisse des «partis » procréés au lendemain de la supercherie démocratique d'octobre 88 ou du parti-éprouvette de 1997, ils constitueront le nouveau paysage politique de la façade démocratique décorative du régime régénéré (ou dégénéré, c'est selon). C'est ce que nous avons appelé les nouveaux SNP (sans nature politique) de la démocratie spécifique. Une minorité dite politique qui, ayant toutes les faveurs et les moyens du système, donnait l'impression d'être, à travers les organes médiatiques de désinformation, une majorité. C'est ce que les spécialistes de la propagande nomment l'effet de masse.

Il serait intéressant de s'appesantir un peu sur cette nouvelle «classe politique » issue de la recomposition artificielle au lendemain du coup d'Etat de 1992 pour dire ce qui nous semble être des vérités. Purs produits des officines, comme nous l'avons dit précédemment, ces appareils appelés pudiquement «partis » s'articulent généralement autour de chefaillons autoritaires, le plus souvent ex-opposants des années 70 - 80, retournés par les «services » lors de leur séjour à Lambèse ou Berrouaghia ou ex-auxiliaires de l'oligarchie à la retraite, ayant traversé tous les régimes et mangé à tous les râteliers. Tous sont façonnés à la même école : celle du populisme, de la servilité et de l'opportunisme. Domiciliés au Club des Pins et se déplaçant à bord de véhicules blindés, pour se protéger de leur propre peuple qu'ils sont sensés défendre et représenter, ces prétentieux chefaillons, véritables schizophrènes politiques, décrétés «leaders»  dans les coulisses d'El Mouradia ou les appartements d'El Achour, se caractériseront par leur profonde compromission et leur allégeance aveugle à leurs géniteurs. De par leur asservissement clanique et leur aventurisme, ils participeront grandement au discrédit de la chose politique en Algérie. Qu'il s'agisse des «démocrates ripoux-blicains » ou des islamistes «tolérés», adeptes de la Nifak politik, tous s'abreuveront aux mêmes sources de l'appareil militaro-financier, celles de l'intrigue, de la falsification et du mensonge. Incapables de produire des idées et de s'adapter aux réalités nationales et aux attentes citoyennes, ils se lanceront, collés aux basques de leurs maîtres dans une fuite en avant suicidaire, pratique vile qui démonétisera pour longtemps la politique aux yeux des citoyens.

Autoproclamée détentrice du label de la démocratie et de la République, cette nouvelle «classe politique » issue des laboratoires des hauteurs d'Alger sait au fond d'elle-même et pertinemment quelle est la place que lui accorderait le scrutin populaire librement exprimé. C'est pour cette raison que sa conception de la «démocratie» est assez particulière. Le peuple étant à ses yeux de la vulgaire piétaille, du «ghachi», ne sachant voter ni s'autodéterminer, elle considère que la représentativité doit donc tout naturellement lui revenir et que la majorité (ghachi) doit s'incliner devant elle. Si par malheur le peuple votait «mal », les blindés seraient en droit d'intervenir pour renverser les urnes et sauver la «démocratie » d'un éventuel pouvoir des «gueux ». C'est ce que nous appelons ici la démocratie spécifique à l'algérienne.

Elle fournit l'alibi au régime pour rester au pouvoir, en contre-partie de quelques strapontins mités et de quelques miettes de la rente.

La vacuité et la fatuité de cette «élite » politique toute aussi spéciale que les «services » qui l'instrumentalisent et la faiblesse de l'opposition réelle qui continue à s'enfermer dans la stratégie tracée par le pouvoir, expliquent aisément la persistance, pour ne pas dire l'approfondissement de la crise et l'impasse politique suicidaire dans laquelle est engagé le pays.

Rôle de la France officielle dans le conflit en général et dans la désinformation en particulier

Parler de ce que certains ont appelé déjà la «seconde guerre d'Algérie » et de la désinformation, c'est parler inéluctablement du rôle de la France officielle et du lobby néo-colonial dans la tragédie algérienne.

Il est indéniable que la France officielle a joué un rôle non négligeable dans la prolongation de la guerre, par son soutien inconditionnel à la politique répressive de l'oligarchie. Il est important ici d'ouvrir une parenthèse pour clarifier certains faits. Pour lever d'emblée toute équivoque, nous distinguerons clairement dans notre analyse la France officielle du peuple de France. Si nous persistons à dire que la France officielle et ses réseaux mafieux politico-financiers ne sont pas étrangers à l'aggravation de la guerre, nous insisterons aussi sur le fait que l'écrasante majorité du peuple français s'est réfugiée dans une indifférence teintée de compassion.

De l'aide militaire à l'aide financière en passant par la vaste campagne diplomatique de soutien de l'oligarchie au sein des institutions politiques et financières internationales, la France officielle aura joué pleinement son rôle néo-colonial. En tant que militants des droits de l'homme, nous garderons à l'esprit l'impressionnant travail de coulisses que déployèrent ses «agents » lors de la session de la commission des droits de l'homme de l'ONU à Genève, durant le printemps de l'année 98. Alors que des preuves irréfutables de violations massives des droits de l'homme se trouvaient entre les mains des experts internationaux de la dite commission, les représentants français déployèrent des efforts surhumains pour éviter une motion de condamnation de l'oligarchie d'Alger. Les querelles et fréquentes scènes de ménage, savamment entretenues entre Alger et Paris, par médias interposés, ne sont en fait que des montages grossiers des communicateurs des deux rives. L'intrication des intérêts de l'oligarchie militaro-financière et de certains milieux politico-mafieux français n'est plus à démontrer et certaines vérités doivent être crûment dites aujourd'hui.

L'esprit colonial n'a jamais quitté l'Algérie malgré les apparences et la notion de colonisabilité n'est pas une simple vue de l'esprit. De part et d'autre de la Méditerranée se sont tissés des liens plus que douteux entre une minorité algérienne de nostalgiques de l'Algérie des bachaghas, atteinte d'une francophilie névrotique qui vire depuis quelques mois à une véritable francofolie, et un lobby néo-colonial hexagonal avec ses réseaux extrêmement bien structurés, constituant de puissants groupes d'influence et de pression économique et politique.

La répartition des rôles se fera avec une admirable synchronisation. Ce lobby aura ses hommes politiques  (Pasqua et ses réseaux, Marsaux, Bonnet, Stasi, Sarre, Lang, Audibert, Chesson, Soulier..) ses journalistes attitrés (Taveau, Schemla, Adler, Paul-Marie de la Garce, Nahon, Kahn, Leconte, Benyamin, Ghozlan, Julliard ....), ses intellectuels (Glucksman, Lefort, Henri-Levy, Herzog, Finkelkraut, Brukner, .). Français et algériens dignes connaîtront tous, les honteux rôles joués par les acteurs de ce lobby dans la guerre de désinformation menée durant les six premières années du conflit. Doit-on rappeler pour l'Histoire, le tristement célèbre CISIA et son indigne.indignation sélective, l'odieuse partialité du député André Soulier au sein de la commission européenne en visite en Algérie lors des massacres, les multiples meetings de soutien à la politique d'éradication tenus à la Mutualité, qui constituaient de véritables encouragements au terrorisme d'Etat et au meurtre, l'ignoble émission de désinformation de plus de 4 heures d'Arte, sous la direction de Daniel Leconte qui soulèvera l'indignation des journalistes français, les reportages et autres écrits télécommandés de certains philosophes de l'imposture qui joueront le rôle d'envoyés «spécieux » en Algérie sous la garde très rapprochée des services spéciaux. Doit-on aussi rappeler les grossières provocations et machinations policières contre certains opposants politiques réfugiés en France et les nombreuses arrestations arbitraires qui se termineront au bout de quelques années par des non-lieux, tout comme les pressions exercées contre certains avocats et magistrats français, pratiques indignes de la patrie des droits de l'homme. Pour la France officielle, spécialiste dans l'élevage des dictatures en Afrique, la raison d'Etat et la protection de ses affidés prenaient encore une fois le dessus sur les valeurs et les principes universels de défense de la personne humaine dont elle était sensée en représenter la patrie.

Tout comme à Alger et en parfaite coordination, les acteurs médiatiques et intellectuels de ce lobby Outre-Méditerranée descendront en flammes tout ce qui ne s'inscrira pas en droite ligne avec la «pensée dominante». Des personnalités comme Burgat, B. Etienne, Guillard, Césari, Joxe.ou des journalistes comme Tuquoi, Garçon, Simon en savent quelque chose.

Dans une correspondance datant de 1997, un ami intellectuel français qui ramait courageusement durant cette période de désinformation à contre-courant de la «pensée dominante » m'écrivait à juste titre : « L'Algérie depuis 166 ans, nous sert à nous français, à nous unifier, à nous rassurer quant à l'avenir, à nous persuader que nous sommes dans la bonne voie (alors qu'en vérité nous en doutons). Notre hymne national dit :''Qu'un sang impur abreuve nos sillons !''. Depuis 1830, nous avons décidé que l'Algérie serait le ''sang impur'' que nous pouvions faire couler à loisir. Le FIS fut le bouc émissaire de nos pêchés, et il ne s'est rien passé d'autre, ces quatre dernières années que ce qu'avaient connu l'Emir Abdelkader ou Mourad Didouche. C'est toujours la même histoire ! ». Sages et courageuses vérités qui expliquent beaucoup de choses en ces temps d'imposture intellectuelle !

La militarisation de la société.

La création des milices armées et la militarisation de la société furent une forme de privatisation de la guerre et de sous-traitance à la Colombienne de la violence pour tenter de faire basculer et plonger irrémédiablement la Nation dans une guerre civile dont le seul arbitre serait l'oligarchie qui paraîtrait alors comme la force «salvatrice » de la patrie. C'était sans compter sur la maturité de ce peuple, sur lequel notre «élite » se trompait grandement.

Là aussi beaucoup a été dit sur ces milices. Nous avions tous en mémoire les appels hystériques de certains boutefeux, tant officiels que partisans, pour la création de ces formations paramilitaires et toute la campagne de préparation psychologique y afférente. Et les Algériens savent comment les potentats, petits et grands, les seigneurs du trabendo et du trafic et tous ceux qui avaient mauvaise conscience s'empresseront de s'armer et de monter de véritables milices pour protéger leurs biens et privilèges mal acquis.

Qu'en était-il de ces milices ?

Il est vrai que certains villages aux prises aux menaces de mort de certains groupes armés et aux atteintes à leur dignité (kidnapping de femmes, viols, racket) avaient pris les armes pour défendre leur vie et leur honneur et c'était leur droit le plus absolu d'assurer leur sécurité devant l'absence de l'Etat.

A côté de ces groupes que l'on peut à juste titre qualifier de groupes de légitime défense, il y avait les milices à proprement dites, qu'il s'agisse de celles à connotation partisane ou mafieuse. Et avec le recul, leurs crimes et méfaits commencent à être connus de tous et tout un travail est en cours d'élaboration en ce sens. Sous couvert de lutte «anti-terroriste », elles dresseront de faux barrages, racketteront, tueront et kidnapperont en toute impunité. Les exemples de certaines bandes de la Mitidja, de Kabylie et de Relizane ne sont que la partie visible de cet iceberg. Et là aussi, des faits, des dates et des noms existent.

Ayons l'honnêteté et le courage de dire que beaucoup de villageois refuseront de se constituer en milices. Ils recevront en représailles, la visite des sinistres «GIA » ou seront l'objet d'actions punitives des supplétifs du régime (massacres, destructions de biens et embargo total de certains villages). Et là aussi des témoignages concrets et des dates existent.

Un dernier point enfin et non moins important. Ces milices officiellement sensées assurer la protection des populations contre les «terroristes », n'empêcheront pas les massacres par ces derniers de familles et de villages entiers, sur des lieux où elles marquaient avec force leur présence (Raïs, Bentalha, Blida, Relizane, Meftah.). Là aussi se pose la question : Que faisaient-elles au moment des massacres ?

L'infructueuse opération de religitimation de l'oligarchie

Parallèlement à la politique de terreur, de manipulation et de militarisation de la société, l'oligarchie s'emploiera à se religitimer et à tenter vainement d'effacer la tâche indélébile du 11 janvier 1992. C'est la phase de recomposition artificielle du paysage politique et de «parachèvement de l'édifice institutionnel» pour reprendre la phraséologie officielle, sous-entendant la mise en place d'une façade démocratique décorative avec une carte politique factice et des institutions préfabriquées suite à des élections truquées dignes de Naegelen.

De l'intronisation du «candidat indépendant » en la personne d'un général en retraite au sommet du système, aux «élections » municipales, en passant par la nouvelle Constitution et la loi-camisole sur les partis politiques confectionnées sur mesure, tout était factice. Une suite de mystifications qui ne trompait personne.

Cet ensemble de replâtrages et d'élections frauduleuses permettait, outre la façade décorative qu'elle donnait, de cadenasser la vie politique et de prévenir les cas où le «ghachi» se trompait encore une fois dans son choix. Mais le «ghachi » que nous sommes, savions qu'il ne s'agissait que d'une série de fumisteries pour donner à l'opinion publique internationale, une image en trompe-l'oil de l'Algérie car nous savions aussi que l'oligarchie recherchait toujours sa «légitimité » à Paris et Washington, faute de l'avoir de son propre peuple. Et ces puissances, à leur tour, se suffisaient de cette supercherie pour apaiser leur mauvaise conscience et continuer en toute quiétude à dilapider l'Eldorado saharien.

Cet «édifice institutionnel » laborieusement préfabriqué, s'effondrera comme un château de cartes trois ans plus tard, pour la simple et modeste raison que les fondements sur lesquels reposaient les solutions imposées par ceux qui dirigeaient le pays en sous-main étaient erronés. Une crise éminemment politique ne pouvait être réglée militairement.

La guerre des clans qui aboutira à l'éviction pitoyable du général en retraite et de son clan mettra à nu à la fois la fragilité et la stérilité des institutions factices.

L'énième mascarade électorale présidentielle d'avril 99 n'échappera pas à la règle. La campagne électorale où émergèrent de véritables hommes d'Etat (Aït Ahmed, Taleb, Hamrouche), loin des lièvres auxquels nous étions habitués, démontrera encore une fois aux incrédules qu'il existait, malgré la persévérante action de dévalorisation et de laminage de l'action politique, des personnalités d'Etat dignes. L'affolement du pouvoir fut à la hauteur du degré de maturité de la population, de sa forte mobilisation, de son engouement à la chose politique sérieuse et de sa soif de paix. Le retrait des six candidats la veille du scrutin et au vu de la grotesque fraude qui se préparait, fut un geste d'une grande portée démocratique et d'une haute tenue éthique d'hommes politiques qui refusaient de jouer les faire-valoir et de cautionner cette énième opération de mépris d'un peuple. L'oligarchie avait encore une fois imposé son choix. Au moment où le monde entrait dans le XXIe siècle, elle faisait revenir l'Algérie quelques décennies en arrière : à «l'âge d'or» de l'imposture !

Et c'est sous couvert de cet amalgame de terreur, de manipulations, de FMI, d'institutions factices et de potiches politiques que les réseaux de la corruption et les groupes d'intérêt de l'oligarchie continueront allègrement à se renforcer et à prospérer en toute quiétude.

Quel bilan peut-on faire, neuf ans après le processus de «sauvegarde» de l'Algérie de la «barbarie intégriste» ?

Outre l'effroyable bilan humain connu et sur lequel nous ne reviendrons jamais assez, qu'a apporté sur les plans politique, économique et social, l'arrêt du processus d'autodétermination de janvier 1992 ?

En élaborant dans leur fuite en avant suicidaire, une stratégie de préservation du pouvoir et des privilèges, nos kleptocrates ignoraient peut-être, de par leur indigence et inconscience qu'ils échafaudaient en réalité une véritable stratégie du chaos et du désespoir.

L'implication directe de l'institution militaire dans le conflit par les oligarques aura été une erreur monumentale. Son instrumentalisation par la poignée d'aventuriers à l'origine du désastre national creusera un profond fossé entre l'institution et la population. Encore une fois, nous ne tomberons jamais dans le piège de l'amalgame savamment et volontairement entretenu entre l'institution militaire et l'oligarchie militaro-financière, amalgame qui arrange beaucoup de gens et sert beaucoup d'intérêts en ces moments troubles. Tout comme la majorité des citoyennes et citoyens, cette institution et beaucoup de ses cadres supérieurs seront tout aussi meurtris par cette folie guerrière.

Avec la prolongation de la guerre, cette instrumentalisation risque de toucher à la cohésion de l'institution et de provoquer de sérieuses divisions aux conséquences dramatiques pour le pays. Des signes qui ne trompent pas ont commencé à apparaître : désertion et exil d'officiers, assassinats très suspects d'officiers supérieurs, création d'un mouvement d'officiers libres, dissensions notables lors des élections présidentielles au sein de la hiérarchie où pratiquement trois candidatures étaient cooptées par des groupes d'officiers supérieurs.

Sur le plan politique, il est clair que le stratagème concocté depuis le 11 janvier 1992 a lamentablement échoué sur le terrain. Qu'il s'agisse de la politique d'éradication avec son lot de morts, de sang et de larmes ou qu'il s'agisse du replâtrage institutionnel et de la recomposition artificielle du paysage politique, ce fut un tragique fiasco sur toute la ligne.

Ni la politique d'éradication ni son appendice de la «paix des braves » à l'Algérienne que constitua la «concorde civile » n'auront arrêté la guerre. Présentée comme le sésame de la paix, cette mesure juridico-policière aura montré très tôt ses limites. Préparée depuis 98 par le clan de la solution finale, réchauffée politiquement par le nouveau pouvoir apparent et douteusement approuvée par la minorité dite éradicatrice, cette loi qui évacue totalement le côté éminemment politique de la crise, ne pouvait être la solution idoine à la tragédie que nous vivons.

Même si l'intensité de la violence a baissé, il reste néanmoins que près de 200 citoyens algériens - tous bords confondus - continuent en moyenne chaque mois d'être des victimes de cette guerre. Il est vrai que pour les piètres stratèges du «plan global d'action», il s'agit là d'un «seuil tolérable », ne s'agissant bien sûr pas de leurs enfants et de leurs proches ! Nous entrons ainsi dans une banalisation de la violence et de la guerre qui ne dérange nullement les locataires du Club des Pins et de Sidi Fredj.

Le caractère factice des institutions mises en place n'est plus à démontrer. L'édifice institutionnel ainsi préfabriqué aura, lui aussi, montré très tôt ses limites : les représentations dites nationales s'avéreront être des chambres d'enregistrement sans plus. Quant aux assemblées locales, elles seront totalement paralysées par des querelles idéologiques et partisanes, pour ne pas dire claniques ou personnelles, loin des attentes citoyennes O combien grandes !

Les très rares partis ayant un ancrage populaire et qui auront échappé à l'implosion programmée, resteront en butte à des opérations de déstabilisations sans fin. Par les intrigues, infiltrations et autres «complots scientifiques », ils seront réduits à leur portion la plus congrue, les confinant à de la figuration forcée dans le cadre de la démocratie spécifique. Le FFS en est un exemple édifiant. Le parti Wafa, dirigé par le Dr Taleb et qui se veut une symbiose de deux des trois principaux courants politiques (nationaliste et islamique) sera l'objet d'une large campagne de tracasseries administratives et de dénigrement de la part des plumitifs zélés actionnés par les officines. La forte personnalité de son principal responsable et sa popularité dérangeront l'oligarchie, plus habituée aux Schtroumpfs de ses laboratoires qu'à un tel profil. Quelles que soient les critiques que l'on peut apporter au parcours de cet homme et en particulier la caution intellectuelle et morale qu'il aura apporté inconsciemment aux imposteurs au pouvoir de 1965 à 1988, il restera, en ces temps d'indigence et de basses et honteuses compromissions, l'une des rares compétences politiques et intellectuelles honnêtes et dignes, en mesure de rassembler la Nation, de mener le pays vers un compromis historique et de le sortir de cette impasse sanglante.

Ne restera donc sur le terrain que la pseudo-opposition décorative. Après avoir chevauché toutes les chimères de ses fantasmes et du haut de son mépris du peuple, il ne lui restera qu'à contempler le désastre auquel elle aura amplement participé. Après avoir rempli ses multiples «missions » durant cette guerre, elle finira par rejoindre honteusement et tout naturellement le giron de ses géniteurs. N'est-il pas dit dans la langue d'El Moutanebi que le «retour aux sources est une vertu » (Eroudjoua ilal asli fadhila) ? Triste fin pour ceux qui s'étaient trompés de peuple mais dont le peuple ne s'était jamais trompé sur leur nature !

Si l'arrêt du processus d'autodétermination n'a sauvé ni l'Algérie ni la démocratie, il aura par contre sauvé les privilèges d'une oligarchie sortie plus renforcée que jamais tant sur le plan du pouvoir que de l'avoir.

Après avoir renversé l'urne par le blindé, elle renforcera son pouvoir par la terreur sous couvert de la lutte dite «anti-terroriste ». Une bonne partie de l'argent du rééchelonnement et de la manne pétrolière ira au renforcement des différents appareils de répression dont les effectifs augmenteront de façon substantielle. Cette guerre permettra à tous les apparatchiks hideux (au sens propre et au sens figuré) que les enfants d'octobre 88 avaient fait fuir par les fenêtres, de revenir, toute honte bue, par la grande porte. Recyclés dans la tchippa de l'import et reconvertis à la démocratie spécifique, ils nargueront superbement les Algériens. Le silence imposé au peuple par la terreur, l'attrait de l'argent du rééchelonnement et les «largesses » de l'économie de Souk permettront le renforcement des groupes d'intérêts du système et le développement de véritables mafias, au vu et au su de tout le monde. Du sommet à la base, ils étendront, telle une pieuvre, leurs bras tentaculaires vers tous les secteurs économiques et sociaux du pays.

Désormais, grâce à l'économie de Souk et à la démocratie spécifique, tout s'achète et se vend. Du permis de conduire au permis de construire. Et même les âmes ! Apparatchiks, «élus»-fraudeurs du peuple, chefs de milices, responsables locaux, entrepreneurs véreux mettront sous coupe réglée wilayate et communes, qu'ils dépècerons sans vergogne sous le regard impuissant des citoyens. C'est la démocratisation du trafic et de la tchippa, cette corruption à l'algérienne.

Et c'est là que revient avec insistance la question que se posent avec le recul certains observateurs avertis des arcanes du système  : et si ce qu'on nous a présenté comme étant la révolte armée des «islamistes » n'était autre qu'un scénario admirablement bien ficelé ? Et si la répression sauvage et aveugle entamée à large échelle au soir du coup d'Etat n'avait pas été conçue en vue de provoquer une contre-violence dans laquelle les militants islamiques et une partie de la jeunesse déboussolée fonceraient tête baissée ? Une manière de justifier par la suite la terreur pour pouvoir privatiser le pays et partager ce qui reste de ses richesses.

Observons avec lucidité la situation et posons-nous quelques questions : qui a réellement souffert de cette guerre et qui en a profité ? Les apparatchiks et autres «pontes» de l'oligarchie ont-ils été les principales victimes ? Ont-ils perdu un iota de leurs privilèges ?

Bien au contraire !

Nous voyons bien que cette guerre a permis aux différents clans de se renforcer sous couvert et prétexte de la «lutte anti-terroriste » et de s'accaparer plus de richesses. Et nous voyons clairement aussi qui a payé le prix fort de cette guerre programmée et qui en a grandement tiré profit.

Nous verrons qu'aux moments les plus durs et les plus troubles, ceux qui géraient les fortunes amassées du temps du socialisme spécifique à Paris, Monaco et autres reviendront «investir » dans les créneaux juteux de l'économie informelle dite de souk, sans crainte aucune. Ils s 'accapareront de tous les monopoles de l'importation. Ils créeront leurs propres milices pour protéger leurs biens illicites. C'est durant ces mêmes moments durs que l'on fera passer le pays sous les fourches caudines du FMI, que seront concoctées les lois de bradage de ce qui restait de viable de notre malheureuse Algérie et que sera mis à mort le secteur public. Dans ce plan machiavélique, il ne restait plus que le gâteau du foncier à se partager. Et les massacres auront partiellement déblayé le terrain..

Que reste-il de la politique de désinformation ?

Les citoyennes et citoyens se rendent maintenant compte, après tant d'années de terreur et de mensonges, de la supercherie, tant sur le plan sécuritaire que politique.

Aujourd'hui, et au bout de neuf ans de guerre, une partie du voile est tombée sur cette tragédie programmée. Le schéma simpliste qui a été longtemps entretenu par l'oligarchie et par ceux qui ont relayé son discours en Europe et en France en particulier, ne tient plus la route et ne fait plus recette. Ce qui continue à se passer en Algérie n'est ni une guerre idéologique ni une guerre religieuse. Il n'y a pas les «démocrates républicains » (les bons) d'un côté et les «intégristes islamistes » (les mauvais) de l'autre. Le grand mythe d'une «élite » et d'un pouvoir «républicains », défendant les valeurs de liberté et de démocratie face à la déferlante «intégriste» défendant le retour à l'âge de la pierre s'est pitoyablement effondré.

Il s'avérera avec le temps que les horribles crimes n'étaient pas seulement commis par les groupes dits «islamistes ». Des preuves irréfutables ont été apportées par des familles de victimes et des déserteurs réfugiés en Europe. De nombreux proches de victimes s'interrogent aujourd'hui ouvertement sur les véritables auteurs de l'assassinat de leurs parents, victimes qui furent durant plusieurs années utilisées comme fonds de commerce par les charognards politiques. Le cas Matoub, dont ces derniers auront, durant des années, outrageusement exploité sa naïveté politique en est un exemple des plus éloquents.

Que reste-t-il des campagnes hystériques politico-médiatiques menées Outre-Méditerranée ? Que reste-t-il du zèle d'un certain André Soulier et du clabaudage du couple Glucksman-Levy et de leurs acolytes qui, à grands renforts de glissements sémantiques avaient tenté vainement de tromper l'opinion publique ? Que de contre-vérités déversées durant ces années de braise ! Ils ignoraient - tout bardés de titres ronflants et pompeux qu'ils étaient - cette modeste mais immuable leçon de l'Histoire que nous rappelait l'Emir Abdelkader dans ses écrits : « C'est par la vérité qu'on apprend à connaître les hommes et non pas par les hommes qu'on connaît la vérité ». Les feux de la rampe se sont éteints. Les porte-voix du lobby néo-colonial et de ses relais indigènes se sont tus. Et la Vérité, tôt ou tard, poindra à l'horizon. Et les surprises sont à venir ! La mode de la «pensée dominante » a fait son temps dans la «patrie des Droits de l'Homme » du moins en ce qui concerne l'Algérie. Les philosophes de l'imposture et autres mercenaires de la désinformation se sont allés honteusement ailleurs à la recherche de nouvelles proies.

Délabrement économique et clochardisation sociale

Par des manipulations statistiques, les économistes de service font accroire aux algériens de la bonne évolution de leur économie durant ces 9 années de guerre. De quelle embellie peut-on parler quand cette économie reste tributaire de 2 variables : la météo et le prix du baril de pétrole et quand nous observons quotidiennement la montée inexorable de la pauvreté et de la misère dans les rues de nos villes et villages ?

L'équilibrisme macro-économique auquel se livrent certains technocrates serviles depuis près de six ans sur injonction des institutions internationales de la finance, n'a en réalité et de l'avis des spécialistes en la matière qu'un but : garantir aux institutions bancaires internationales la remboursabilité de la dette et de son service. Et ce ne sont pas les propos incantatoires et les satisfecit des responsables du F.M.I. qui nous convaincront du contraire. Les discours triomphalistes ne trompent plus personne. Les miracles de l'embellie économique s'avéreront comme au temps du socialisme spécifique, être encore une fois, des mirages.

L'économie nationale se réduit en pratique à trois choses : vendre du pétrole pour survivre, rembourser la dette contractée par nos kleptocrates ventrus et garnir les comptes bancaires de Paris, Monaco et du Liechtenstein. Toute autre dissertation ne serait que palabre stérile.

Et ce ne seront ni les appels au bradage national ni le projet de transformation de l'Algérie en un vaste comptoir néo-colonial par nos nouveaux coopérants techniques ultra-libéraux venus de Paris et de Washington qui changeront les choses et qui assureront le décollage économique de l'Algérie.

La paupérisation de la société et sa clochardisation, ainsi que le laminage de la couche moyenne frileuse ne sont pas là aussi une simple vue de l'esprit. Certaines pratiques (mendicité, prostitution, suicide, drogue) ont pris une ampleur inquiétante. La prostitution est devenue dans certaines régions (Kabylie, Oranie, Mitidja) un nouveau créneau juteux pour nos gros trabendistes, exploitant sans foi ni loi la misère et le désespoir des familles. Des images terribles et choquantes - au vu et au su de tout le monde - sont régulièrement rapportées des différents coins du territoire national, images qui n'existaient pas même du temps de la colonisation. Quant au chômage qui atteint un seuil intolérable (plus de 30 %), il plonge chaque jour un peu plus notre jeunesse dans le désespoir. Le suicide, pratique étrangère à nos valeurs et qui prend des proportions alarmantes, reste le meilleur signe d'une société ayant perdu tous ses repères.

Quel avenir  et quelle alternative ?

Sur le plan des Droits de l'homme

Les Algériens auront connu lors de cette dernière décennie, des atteintes gravissimes et à grande échelle des droits de l'homme, qu'ils n'avaient pas connu depuis la guerre de libération nationale. Des algériens ont tué d'autres algériens et le chiffre provisoire des victimes est de 150 000. Des dizaines de milliers d'algériens auront connu pour leurs idées politiques, l'arrestation arbitraire et les jugements iniques prononcés par une justice d'exception violant les règles les plus élémentaires du droit. Des algériens ont déporté 15 000 autres algériens dans les camps de concentration de l'extrême-Sud durant quatre années. Des algériens ont torturé d'autres algériens et nous estimons le chiffre des victimes de ces pratiques inhumaines et dégradantes à 35 000. Des algériens ont kidnappé et fait «disparaître » d'autres algériens et les chiffres provisoires en notre possession sont de 6000 cas. Des milliers de vieillards, de femmes et d'enfants ont été horriblement massacrés par d'autres algériens. Et près d'un millier d'algériennes ont été violées par leurs concitoyens.

Devant ce tableau d'horreurs et alors que certaines de ces pratiques criminelles continuent, des voix douteuses s'élèvent pour demander au nom d'une paix toute aussi douteuse de tourner la page et d'oublier. Doit-on, sans connaître la vérité, toute la vérité sur les tenants et aboutissants de ce drame, sur les exécutants et les commanditaires de ces horreurs, pardonner et oublier ? Doit-on tourner la page sans la lire et comprendre son contenu ? Quelle paix recherche-t-on au juste ? Celle des esprits et du cour ou celle des cimetières ?

Il ne peut y avoir de paix réelle et durable sans justice et de justice sans vérité.

Nous devons rester vigilants quant aux manouvres de l'oligarchie et de ses complices de l'exclusion et de l'éradication qui, par une mesure juridico-policière qu'est la défunte loi dite de concorde civile, tentent d'effacer tous les horribles crimes commis depuis 1992 et par la même assurer l'impunité à leurs auteurs et commanditaires. Toutes les atteintes aux droits de la personne humaine, sans classement ni sélection des auteurs et des victimes doivent être révélées et leurs auteurs et commanditaires jugés et punis. Nous sommes en droit en tant que citoyens et militants des droits de l'homme d'exiger que toute la lumière soit faite sur les assassinats d'innocents, les massacres, les viols, la torture institutionnalisée, les exécutions sommaires de dizaines de milliers de citoyens. Notre peuple doit savoir exactement le nombre de victimes et quelle est la part exacte des islamistes, des services de sécurité, des milices et des escadrons de la mort dans cette odieuse comptabilité macabre.

Tout comme nous devons rester vigilants devant les manouvres juridiques faites autour des milliers de disparus. Les tentatives de convocation des familles de «disparus » entamées par certaines juridictions du territoire national pour leur faire délivrer des jugements de déclaration d'absence ne sont qu'un grossier stratagème pour tenter de clore définitivement ce dossier par la voie juridique, en délivrant cinq ans plus tard un jugement de décès judiciaire. Sous la fallacieuse prétention de régler par cette procédure des problèmes d'héritage et de papiers administratifs, se cache en réalité deux faits très importants :

- Mettre un terme aux procédures pénales entamées par les familles contre ces enlèvements pratiqués par les divers appareils de répression,

- Et par delà, assurer l'impunité aux auteurs et commanditaires de ces actes criminels.

Et là aussi nous sommes en droit d'exiger toute la vérité sur le sort de plus de 6000 «disparus » et dont un nombre important d'exécutants de ces rapts sont connus des familles. Nous sommes en droit de savoir aussi qui sont les commanditaires de cette programmation diabolique pour qu'ils soient traduits devant la justice quelque soit leur bord et leurs rangs

Militants des droits de l'Homme et intellectuels doivent réfléchir dès maintenant aux mécanismes de mise en place de la future commission nationale de Vérité. « La société n'est forte que lorsqu'elle met la Vérité sous la grande lumière du soleil ».

L'organisation (à ne pas confondre avec l'instrumentalisation) des victimes et des familles de victimes des atteintes aux droits de l'homme et autres crimes contre l'humanité doit être l'une des préoccupations des militants des droits de l 'homme et des intellectuels dignes. Il est de notre devoir d'aider les victimes ou leurs familles à s'organiser, à l'instar des familles de «disparus », pour que justice soit faite et que réparation morale soit obtenue. Seule l'épreuve de la Justice permettra de mettre fin au statut d'impunité dont jouissent tortionnaires et criminels de tous bords et acabits, impunité qui a conforté en grande partie les dérives les plus ignobles.

L'évolution du droit international en matière de crimes contre l'humanité et d'atteintes aux droits de l'homme a permis l'effacement des frontières en ces domaines. Il est clair, aujourd'hui que ceux qui ont institutionnalisé la torture, les exécutions sommaires, les massacres à grande échelle, les «disparitions » et les monstrueuses campagnes de viols ne sont plus à l'abri de la JUSTICE, sur n'importe quel point de notre village planétaire.

Devant cette avancée, certes timide, du Droit international concernant les atteintes aux droits de l'homme, certains reliques despotiques et dictatoriales d'Afrique et du Moyen Orient (derniers bastions de la dictature), évoquent, pour vainement se protéger, une fallacieuse souveraineté et de prétendues spécificités nationales. Autre imposture de personnages qui se trompent d'époque ! Existe-t-il une souveraineté nationale sans souveraineté du peuple ? Et quand on sait que cette dernière est superbement bafouée dans les pays qu'ils dirigent ! De la tragi-comédie ! De quelles spécificités parlent-ils ? Doit-on comprendre par-là que l'atteinte aux droits de l'homme peut être licite pour les peuples d'Afrique et du Moyen-Orient, considérés par leurs propres «gouvernants » d'immatures et arriérés qu'il faudrait de temps à autre «corriger » ? La dignité humaine est une et indivisible.

Sur le plan politique :

De par leur indigence politique qui n'est plus à démontrer, l'oligarchie et son appareil répressif se complaisent bruyamment dans leur triomphe militaire contre une partie de leur propre peuple. Quelle glorieuse victoire  pour ceux pour qui la violence et le meurtre politique ont toujours fait partie de leurs lois non écrites imposées à leurs concitoyens ! Faudra-t-il leur rappeler Chabani, Khemisti, Khider, Krim, Mecili, Boudiaf et Hachani.  Et la liste des «GIA» reste ouverte ! En décuplant leur cruauté, ils ne font en réalité que précipiter leur déclin, disait un proverbe anatolien. En sont-ils conscients ? Ce peu glorieux «triomphe » qui les aveugle ne leur permet pas de se rendre compte que dans le même temps, de par leur nature clanique et donc de leurs divisions inéluctables, ils ouvrent à la programmation de leur propre destruction. Les galonnés de l'oligarchie, ne semblent pas se défaire de leurs fantasmes éradicateurs, malgré l'échec patent de leur sanglante aventure. Ils filent droit vers leur suicide. Dieu Fasse que leur suicide n'entraîne pas celui de la Nation !

Nous ne sommes pas dupes pour croire que les «prouesses » militaro-policières dans la répression aveugle et sauvage, le bricolage institutionnel et les mirages d'embellie économique soient les meilleurs moyens et signes de sortie de crise. La crise demeure et demeurera tant que ce système, véritable tumeur maligne qui ronge le pays et la société restera en place. Et ne nous gargarisons surtout pas d'illusions d'une réforme du système de l'intérieur. Ceux qui ont détruit et ruiné le pays durant 40 ans, ne peuvent aujourd'hui prétendre le reconstruire.

La situation est dramatique. L'effondrement des valeurs morales, la décomposition sociale, la structuration mafieuse rampante, la déliquescence du système politique faisant fonction d'Etat, la corruption généralisée, le délabrement économique, la guerre meurtrière qui perdure, le discrédit de la classe dite politique et la couardise de la classe dite intellectuelle ne poussent certainement pas à l'optimisme.

Certains de nos compatriotes, fatalistes, nous diront alors que ce tableau peu réconfortant de la situation et cette gangrène avancée rendent fort aléatoire tout effort prospectif, tout espoir d'éveil des consciences et d'alternative démocratique. Mais est-ce une raison suffisante pour ne pas entreprendre ? « Les seuls combats qu'on risque de perdre sont ceux qu'on n'ose pas engager » disait un intellectuel et homme d'Etat tchèque.

Nous sommes de ceux qui pensent que même si l'Algérie a atteint les bas-fonds de l'horreur et de la misère morale et physique, rien n'est totalement perdu tant qu'il existe encore des femmes et des hommes dignes. Et Dieu merci, il y en a encore. Il n'est de richesses que d'Hommes !

Des exemples éloquents de par le monde de pays détruits par la bêtise humaine et reconstruits grâce à la volonté de leurs enfants dignes et honnêtes, existent. Mais faudra-t-il pour autant une prise de conscience sincère de la véritable élite nationale, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays afin d'insuffler une dynamique saine qui soit capable de mobiliser la population et de bousculer le désordre établi.

Nous sommes de ceux qui pensent aussi que les Droits ne s'octroient pas ni s'arrachent. Ils ne sont que le corollaire du Devoir et donc se méritent. Lorsque les politiques et les intellectuels dignes, se comporteront en éclaireurs avancés de la Nation dans les ténèbres de la tragédie que nous vivons et se hisseront, au prix des sacrifices exigés, au niveau des espérances et des attentes de notre peuple meurtri par trente années de mépris et une décennie de manipulations sanglantes et criminelles, ce jour-là alors, nous oserions espérer changer sérieusement les choses.

Une minuscule lueur dans ces ténèbres mais qui ne trompe pas : à un moment où l'oligarchie dans sa fuite en avant et son aveuglement, perd sa raison, les femmes et hommes dignes de notre patrie retrouvent - lentement mais sûrement - mémoire et courage, après des années de terreur et d'avilissement.

Une maturation lente mais certaine s'opère au sein de la population. Les algériennes et algériens ne sont pas dupes. Ils ne croient ni aux supercheries des «gouvernants » ni aux discours creux et stériles d'une certaine «classe » politique compromise et démonétisée. Ils savent discerner les véritables hommes politiques des pantins et troubadours de la «boulitique ». Nous restons persuadés qu'ils sauront, demain, se mobiliser lorsqu'ils auront à leur tête ou à leurs côtés une véritable élite digne et sincère, tant intellectuelle pour les guider que politique pour les gouverner. Ils l'ont déjà démontré à chaque fois que les conditions s'offraient à eux.

Tout comme des personnalités politiques et intellectuelles authentiques ont montré que la pratique politique pouvait se faire sainement en dehors des intrigues, du larbinage et de la basse compromission. Le contrat national de Rome, véritable programme de sortie de crise et la déclaration de Genève d'intellectuels en sont des preuves éloquentes. Cette réunion d'universitaires de tous bords qui, il y a à peine quelques années s'observaient en chiens de faïence et qui ont fini par se rencontrer pour débattre sereinement de la dramatique situation du pays montre encore une fois que rien n'est perdu dans notre pays. Tout comme les politiques hier à Rome, des intellectuels dignes ont appelé à la paix des cours et des esprits dans une Algérie de tous les Algériens sans exclusion ni exclusive. Et encore une fois ce ne sont pas les insultes d'une poignée de plumitifs zélés aux abois ni d'une volée de chauve-souris politiques, réfractaires à toute lueur de paix qui modifieront la portée de ces événements, ni arrêteront ces volontés honnêtes et sincères d'aller de l'avant pour jeter les bases d'une véritable paix et tracer les voies de l'autodétermination.

Nous restons persuadés que la longue et douloureuse marche depuis 1962, des algériennes et algériens dignes vers l'autodétermination, sur un chemin jonché des cadavres de leurs meilleurs fils, ne sera pas vaine, et que tôt ou tard, les chaînes de l'oppression se briseront et qu'après la longue nuit d'injustice et de hogra, le jour se lèvera.

Nous appartenons à ces intellectuels et politiques dignes qui refusent les fausses solutions et encore moins, les honteuses compromissions. Devant la gravité de la situation, nous devons faire preuve de pédagogie et d'honnêteté envers notre peuple, longtemps trompé et considéré par les troubadours de la «boulitique» comme un bendir qu'il fallait chauffer pour la cause. Sans concessions ni complaisance, nous devons poser les véritables problèmes de fond et proposer des solutions réalistes d'une authentique sortie de crise.

Nous demeurons convaincus que la solution à la crise nationale se trouve en Algérie, entre les mains des algériennes et algériens dignes qui se battent pour une Algérie de toutes et de tous, une Algérie de Droit, de dignité et de libertés. Nous ne devons compter que sur nos capacités et nos propres forces. Et elles sont grandes si nous en prenons conscience.

Nous ne devons pas nous leurrer au sujet de la bonne conscience de l'Occident et de son «aide» dans la résolution de la crise. Et nous continuerons avec notre habituelle «naïveté» à nous interroger s'il existe des atteintes à la démocratie et aux droits de l'homme qui offensent la conscience occidentale et d'autres pas ?

Les occidentaux ont encore une fois démontré qu'ils avaient une vision très élastique de ces principes et valeurs universelles. Démocratie et droits de l'homme en deçà et intérêts au-delà. C'est leur conception de la politique, ce n'est pas la nôtre. C'est de bonne guerre. Et tant qu'à leurs yeux la valeur du baril de pétrole est supérieure à celle de la dignité humaine, nous ne devons rien attendre de leur côté. Nous n'en faisons pas un drame mais ayons au moins la lucidité et l'honnêteté d'en tirer les leçons. Et le drame que nous vivons nous en donne énormément !

La décomposition de la société, la déliquescence du système et les atteintes gravissimes aux droits de l'homme ne sont nullement des écueils pour la France et les Etats-Unis, pour ne citer que ces deux pays à titre d'exemple. L'essentiel pour eux est que l'oligarchie et son système répressif tiennent bien en main leurs «autochtones », protègent l'Eldorado saharien et laissent grandes ouvertes les portes de l'économie de souk pour installer leurs comptoirs néo-coloniaux. Tout le monde ainsi y trouvera son compte, tant l'oligarchie rentière que les puissances prédatrices.

Soyons francs et honnêtes. Nous ne devons rien attendre de l'oligarchie. Cette dernière n'a jamais souhaité un règlement politique de la crise. On se demande même si elle n'est pas entrain de l'entretenir. Elle l'a prouvé à maintes occasions et il ne faudrait se faire aucune illusion sur cela. La réunion de Rome des principales forces politiques en est une preuve irréfutable. A une déclaration de paix faite par les principaux partis, a répondu une déclaration de guerre du régime qui a mobilisé ses réseaux de l'intérieur et de l'extérieur. L'assassinat d'Abdelkader Hachani est une autre preuve de son allergie à toute perspective de règlement politique juste. Et ce n'est pas la «paix des braves », cet accord opaque entre le bras armé du système et le prétendu bras armé du FIS qui constituera la solution à la crise.

Soyons clairs et levons d'emblée toute ambiguïté. La véritable société, sans exclusion ni exclusive a, seule et en toute souveraineté, le droit légitime de choisir ses représentants et ses gouvernants. Elle n'a besoin d'aucun tuteur, ni en col blanc ni en képi pour lui dicter une morale ou des règles dans la conduite de son destin.

Tout comme la paix véritable, celle des cours et des esprits, ne retrouvera sa place dans le pays que si la politique, la véritable politique, au sens noble du terme, avec son éthique et sa morale, sera restituée à la Nation, pour lui permettre de régler pacifiquement les conflits qui se posent à elle, sans recours à la violence.

Nous devons plaider haut et fort pour cette véritable PAIX et l'imposer sur le terrain après que la minorité agissante de l'éradication et de l'exclusion, actuellement totalement compromise et décrédibilisée, malgré ses gesticulations et son tapage médiatique (qui ne sont en réalité qu'un sursaut de désespoir) ait prêché durant toutes ces années, la paix des cimetières.

Tout comme nous devons réfléchir aux meilleurs mécanismes politiques pour permettre l'autodétermination des citoyennes et citoyens et pour que toutes et tous, soient maîtres de leur destin. La population est lassée par les discours populistes et ringards et les simagrées clownesques d'un autre temps. L'Algérie meurtrie n'a besoin ni d'un «Mehdi » ni d'un «homme providentiel », mais seulement de tous ses enfants libres et dignes, pour la relever de cette tragédie programmée. Elle en a les moyens pour peu que tous prennent, encore une fois, leurs responsabilités.

Il est de notre devoir donc d'appeler de manière pressante à la mobilisation et au rassemblement de toutes les potentialités intellectuelles et politiques dignes et sincères afin d'aller vers un COMPROMIS HISTORIQUE qui puisse aboutir à cette PAIX juste et à l'AUTODETERMINATION réelle des citoyens.

Notre action ne devra pas cependant se limiter à des discours et à des pétitions. « Les volontés précaires se traduisent par des discours, les volontés fortes par des actes » disait un sociologue. Il nous faudra donc unir l'acte à la parole.

Comment sortir de ce cercle vicieux d'un POUVOIR SANS LEGITIMITE ET D'UN PEUPLE SANS SOUVERAINETE ?

Nous devons, avant tout, briser la stratégie du régime qui consiste, depuis toujours à imposer les termes et les limites du débat politique et participer activement à la libération de la société. Certes, les choses sont plus aisées à dire qu'à réaliser, mais rien n'est impossible. Les intellectuels de l'ex-Europe de l'Est l'ont démontré hier. Et nos frères intellectuels tunisiens du CNL, malgré une répression féroce, nous le démontrent à leur tour aujourd'hui. Ils constituent des exemples éloquents et hautement significatifs de la grandeur et de la force de l'acte intellectuel de résistance honnête et sincère qui fait prendre conscience à une classe politique longtemps compromise, de sa lâcheté et qui fait reculer les états totalitaires et policiers.

Le verrouillage de la vie politique par l'intrigue et la terreur ne doit nullement être une raison valable pour que les intellectuels et les hommes politiques dignes se taisent. Car se taire et rester inactifs devant la tragédie et la mainmise de l'oligarchie sur le pays c'est participer inconsciemment à la perpétuation de la dictature et des malheurs de la Nation.

L'opposition réelle ou du moins ce qui en reste, certes éreintée par les coups de boutoirs déstabilisateurs des officines, doit-elle pour autant demeurer empêtrée dans des luttes idéologiques stériles et des clivages doctrinaux paralysants que nous considérons comme indécents au regard des souffrances de toute une nation en voie de décomposition, laminée par une paupérisation et une guerre programmée ?

Ce qui reste comme partis politiques autonomes, les personnalités politiques et intellectuelles dignes doivent sortir des sentiers de la passivité, de l'incantation creuse et de l'indétermination. La politique de division des diverses forces de la société a certes produit ses effets en atomisant toutes les potentialités. Arabophones contre francophones, sociaux-démocrates contre islamistes, nationalistes contre gauchistes, berbérophones contre arabophones, l'Est contre l'Ouest.. Nous nous sommes tous, à un moment ou un autre, trompés de cible. Nous devons maintenant tous, reconnaître nos erreurs et prendre nos responsabilités devant notre peuple, quels qu'en soient les sacrifices pour sortir l'Algérie de cette tragédie et libérer la société de ses imposteurs et de ses aventuriers.

Les principes de base devant nous réunir sont ceux de toute société policée : le respect des valeurs civilisationnelles de la Nation, le respect des droits de la personne humaine, le respect de la souveraineté du peuple, seule source de légitimité et le respect de la pratique démocratique comme moyen de gestion de la cité (élections libres, alternance politique, pouvoir de la majorité, respect de la minorité.).

Nous devons sortir de nos querelles byzantines et de chapelle, nous libérer de nos complexes intellectualistes de colonisés et nous adapter aux véritables réalités nationales.

Le fait islamique en Algérie est l'une de ces réalités. Il constitue une donnée socio-politique incontournable. Les vaines tentatives de diabolisation de cette réalité se sont toutes soldées par un échec cuisant. Ses racines sont trop profondes pour que des blindés ou des baïonnettes puissent les arracher. Et ce ne seront pas les thèses fumeuses de certains universitaires occidentaux en service commandé et les analyses fantasmagoriques de la minorité élitiste confondant ses désirs avec la dure réalité qui nous ferons croire du contraire.

Le courant islamique originel qui n'est pas un courant théocratique, a sa place en Algérie, tout comme le courant nationaliste, le courant social-démocrate et tous les autres qui respectent les valeurs civilisationnelles de la Nation et la souveraineté du peuple. L'Algérie appartient à tous les Algériens sans exclusion ni exclusive. Même la minorité élitiste, malgré ses errements historiques, ses compromissions suicidaires et ses dérapages tragiques, a sa place dans cette société, pour peu qu'elle consent accepter sa véritable place accordée par le peuple à travers le suffrage universel et non dans le cadre des quotas des officines et à l'ombre des blindés.

Abane Ramdane  disait en 1956 : « La libération de l'Algérie sera l'ouvre de tous les Algériens et non pas celle d'une fraction du peuple algérien quelle que soit son importance ». Près d'un demi-siècle plus tard, nous pouvons dire de même de la reconstruction de notre pays détruit par quatre décennies d'imposture.

Que certains de nos compatriotes du courant islamique comprennent que la démocratie au sens universel du terme n'est ni une religion ni une idéologie ! La pratique démocratique n'est qu'un moyen, le moins mauvais dans ce monde, pour gérer pacifiquement la Cité et choisir ses gouvernants. C'est la souveraineté du peuple dans le choix de ses dirigeants, l'alternance politique, le pouvoir de la majorité et le respect de la minorité. Etant, de par nos valeurs civilisationnelles, la Nation du juste milieu, nous refusons les discours de ceux qui veulent nous excommunier et nous exclure de ce monde tout comme les discours de ceux qui veulent nous séparer de Dieu. « Travaillez pour ce monde comme si vous alliez y vivre éternellement, et travaillez pour l"Au-delà comme si vous alliez mourir demain » (Hadith) semble être la meilleure réponse à ces extrêmes.

Il faut aussi que certains de nos compatriotes sociaux-démocrates cessent de se considérer comme les oracles de la démocratie et de regarder leurs concitoyens des autres courants de manière hautaine quant à cette question. Cette décennie de sang et de larmes mais aussi de riches leçons d'Histoire, nous aura appris qu'il y avait d'authentiques démocrates aussi bien chez les islamistes, les nationalistes que les sociaux-démocrates pour ne citer que ces trois tendances les plus importantes de l'échiquier politique national. Elle nous aura aussi appris et par des faits précis et concrets, qu'il y avait aussi de très dangereux fascistes aussi bien chez ceux qui s'autoproclamaient démocrates que dans les rangs des autres courants.

Que nos compatriotes du courant nationaliste prennent conscience que la guerre de libération a été - à divers degrés certes - l'ouvre de tout un peuple, n'en déplaise aux imposteurs d'Oujda et Ghardimaou ! Il ne doivent pas tomber dans le jeu malsain de certains faussaires de l'Histoire, qui se sont accaparés du monopole du patriotisme et de la libération du pays, pour en faire un honteux fonds de commerce. Le FLN originel qui a conduit la Nation vers la libération, fut le creuset de tous durant la guerre et appartient à la mémoire de tous, aujourd'hui. La conduite éhontée de certains opportunistes au lendemain de l'indépendance et dont les pratiques malsaines perdurent à nos jours, a grandement porté atteinte aux valeurs et aux symboles de la guerre de libération et de la Nation. Une véritable trahison de l'Idéal des martyrs. Au point où, pour les enfants de l'indépendance, le terme «d'ancien moudjahid » est synonyme de tchippa et de mensonge, ce qui est une extrême insulte à la mémoire de ceux qui se sont sacrifiés pour ce pays.

Nous devons tous comprendre, une fois pour toute que nul n'a le monopole de l'Islam, de la démocratie ou du nationalisme.

 

Ceux qui dirigent l'Algérie en sous-main doivent comprendre que les algériennes et algériens dignes ont compris les véritables enjeux politiques et que leur silence n'est point ignorance des réalités ou soumission mais que souverain mépris. Vous avez et sans succès, usé et abusé de tous les stratagèmes. Vous avez transformé en moins de 40 ans ce pays aux potentialités humaines énormes et aux richesses incommensurables en un vaste douar de misère et de désespoir et placé près de la moitié de la population en situation de survie. Vous avez même réussi la prouesse d'hypothéquer l'avenir d'algériens qui ne sont pas encore nés. Vous avez déclenché l'un des conflits internes des plus meurtriers de cette fin de siècle. Vous avez sacrifié des figures illustres qui ont façonné l'histoire de notre pays et déterré des cadavres politiques, pour tenter de sauver vos privilèges. Mais en vain !

Faudra-t-il vous le répéter : la crise sanglante est toujours là, interpellant la conscience de tous !

Repentez-vous, du moins pour ceux d'entre vous qui ont encore une conscience et les mains non souillées du sang des enfants de leur peuple. Le tribunal de l'Histoire a irrémédiablement et sévèrement condamné votre système. Dans votre entêtement et votre attachement névrotique au pouvoir, vous courez non seulement à votre perte mais à celle de toute la Nation. Oubliez un instant vos containers sur les ports et vos comptes Outre-Méditerranée. Regardez la réalité en face et soyez un moment lucides, le temps d'une courte réflexion. Revisitez l'Histoire. Que sont devenus tous les régimes qui ont fondé leur pouvoir sur l'injustice et le mépris de leurs peuples ? Que sont devenues toutes les dictatures sud-américaines ? Qu'est devenu l'empire totalitaire soviétique, la monarchie iranienne, la dictature chilienne ? Que sont devenus les Bokassa, Mobutu, Mengistu, Vidéla, Duvallier, Papadopoulos, Rédha Pahlavi, Ceauscescu, Pinochet, Salazar, Caetano, Stroessner, Marcos, Suharto et autres despotes qui avaient terrorisé leurs peuples ? N'avaient-ils pas eux aussi la force des armes et de l'argent ? Et pour certains l'intelligence en plus ? Aviez-vous songé un seul moment au sort que leur a réservé  l'Histoire ?

Votre régime est appelé à disparaître. Il durera peut-être encore quelque temps, le temps pour vous de ruminer les illusions de pérennité de votre pouvoir mais aussi et surtout le temps de comptabiliser vos crimes et méfaits contre votre propre peuple, avant de répondre tôt ou tard de vos actes. L'exemple récent de Pinochet et de Suharto est là pour vous le rappeler. « Il ne suffit pas de prendre un fusil pour devenir le maître légitime d'un pays ».

L'Algérie n'est ni mieux lotie ni moins lotie que d'autres pays qui ont traversé des crises aussi graves que la nôtre et connu des régimes aussi totalitaires. Les exemples du Nigeria, de l'Indonésie, des Philippines et plus récemment du Sénégal ont montré qu'une véritable alternance démocratique pouvait avoir lieu dans les pays longtemps soumis au joug totalitaire, sans basculer dans une tragédie sans fin.

Avec un peu plus d'exigence morale et intellectuelle et beaucoup de courage politique, faisons, de par notre engagement honnête et sincère auprès de notre peuple meurtri et notre action pour le triomphe du Droit et de la justice, que cette tragédie se transforme en une véritable résurrection et que la mémoire des victimes innocentes de ce drame ne soit pas trahie, comme l'a été celle des martyrs de la guerre de libération nationale par ceux qui ont confisqué l'indépendance et fait plonger l'Algérie dans ce brasier d'enfer. Car pour reprendre le philosophe Jean Guitton. « On ne sait jamais, dans la vie humaine, ce qui est semence et ce qui est poussière et si ce que nous appelons des catastrophes n'annoncent pas des résurrections ».

Que Dieu soit témoin de nos paroles et de nos actes !

 

 

Retour 

algeria-watch en francais 

 

 
Version imprimable
 
www.algeria-watch.org